Situation :

Entre La Belle et La Nizonne, le Périgord Blanc se parre d'une pointe d'austérité septentrionale qui annonce déjà les étendues, plus sauvages du Nontronnais. C'est là, au milieu d'üne vaste forêt parcourue de ruisseaux et pontuée d'étangs que Marafy est venu déployer sa volubilité toute méridionale.

Particularité architecturale :

La demeure est un bijou ciselé en pierre de taille, un des plus beaux morceaux de modénature du Périgord, un exercice de style. Nous sommes devant l'un de ces plantureux exemples d'architecture tempérée où la sagesse du classicisme français se laisse séduire par le goût plus oriental des baroques, par l'abondance des jeux d'ombre et de lumière sur les façades au moyen de décrochés multiples, de corniches, de bandeaux, de pilastres, et de grasses moulurations; sans rien lui concéder de son infini respect pour la pierre, certes, et pour la tradition séculaire en France d'une stéréotomie cultivée ! Si le maître d'œuvre a subi une tentation, il n'a pas suivi la tradition de l'Espagne, de l'Italie, de toute l'Europe Centrale où l'on exprimait tous ces jeux de surface par des maçonneries de briques revêtues de stucs et d'enduits, matériaux tellement plus dociles et plus souples il est vrai, face aux caprices de l'architecte ! A Marafy, dans un grand élan de conciliation et de synthèse il est parvenu à faire chanter des volumes bien connus, sur un plan en H bien rodé, avec la fantaisie des baroques et la rigueur des classiques. Et ceci, il faut le dire, malgré les recommandations du grand maître français considéré comme le père du classicisme naissant, Philibert Delorme, qui se lamentait : « Je vois quelquefois que nos seigneurs qui font édifier, s'arrestent plus à vouloir faire de beaux ornements enrichis de pilastres colonnes, corniches, moulures, frises, basses tailles et incrustations de marbre et autres qu'à congnoistre la situation et nature du lieu de leurs habitations... »

A Marafy tout est ressaut, relief, retrait... Une véritable hiérarchie des avancées vient animer une façade entièrement conçue pour les caresses du soleil.

Sur le registre des verticales, nous pouvons distinguer trois degrés de hiérarchie. Les avancées majeures que sont les deux ailes du H, les avancées intermédiaires, constituées par les six pilastres, qui sur chaque façade soulignent les ailes et esquissent un semblant d'avant-corps central, enfin les neuf avancées mineures dans lesquelles s'inscrivent les baies et qui dessinent les travées.

Sur le registre des horizontales, après un soubassement discret et un bandeau séparant le rezde-chaussée du premier, nous admirerons la pléthorique richesse du couronnement. D'abord l'architrave, d'une incroyable virtuosité : elle exécute un mouvement d'accompagnement non seulement pour les pilastres et les travées mais aussi pour les clefs saillantes des linteaux cintrés sur les baies. Ainsi l'architrave s'avance et se retire à angle droit 48 fois sur chaque façade. Audessus de l'architrave vient la frise bombée, ce magique attribut si en vogue au XVIe siècle, recommandé par Palladio pour le toscan, par Scamozzi pour l'ionique, que F. Mansard utilise ensuite si volontiers d'après Hautecœur, et auquel les vagues successives des ressauts viennent donner ici une apparence de vibration, surtout dans la lumière rasante du crépuscule. Au-dessus, la corniche s'assagit malgré la vigueur de son profil; du moins côté cour ne suit-elle plus les ressauts que sur les ailes. Côté terrasse non seulement la corniche suit chaque ressaut, mais la frise ellemême amortit les clés saillantes. Enfin, la balustrade aveugle vient couronner le tout; elle est formée de grands blocs monolithes dans lesquels les balustrades sont sculptées en refouillement comme à Vendoire et à La Vassaldie.

Le prodige de Marafy est aussi d'avoir prolongé cette féerie de pilastres et de frises bombées avec le même souffle sur les deux ailes des communs et jusque sur le portail latéral d'entrée. Les lucarnes qui ornent le brisis de l'aile nord-est sont, elles aussi, remarquables dans leur modénature et la variété de leur vocabulaire.

Si aucun document d'archive ne nous permet de dater scientifiquement Marafy, du moins admettrons-nous qu'il se rapproche plus des critères de la Renaissance et du Classicisme que de ceux du néo-classicisme. On a pu dire que Marafy était une demeure Louis XVI : cette opinion, que nous avons longtemps partagée, paraît sans fondement même si la ressemblance est frappante dans la volumétrie — et dans la volumétrie seulement – avec l'Hôtel Dereix à Mareuil, construit en plein néo-classicisme comme nous allons le voir.

Pour nous Marasy peut être une construction du siècle de Louis XIV, ou plus vraisemblablement du début du XVIIIe siècle. Les nombreuses modifications des aménagements intérieurs ne nous aident guère malheureusement à préciser notre opinion. Le grand escalier a été refait de façon disproportionnée au XIXe siècle, mais l'escalier de service en bois, la plupart des huisseries, comme les deux cheminées de pierre qui subsistent militeraient plutôt pour les années 1720-1740...

Familles :

Les Pindray.

Le repaire noble de Marafy appartenait dès le début du XVIIe siècle à la famille de Pindray, bien connue dans le pays de Mareuil où elle possédait de nombreux fiefs nobles comme Ambelle ou Sainte-Croix-de-Mareuil.

Simon de Pindray, sir. de Marafy vit en 1612. Sa sœur Isabeau a épousé Pierre de Bodin, et son neveu le conseiller d'état Joseph de Bodin est l'une des gloires de Périgueux dont il fut le héros pendant la Fronde. Élie de Pindray, éc., Sr. de Marafy (env. 1602-1672), son fils présumé, prit pour femme Catherine de Royère qui lui donna deux fils dont nous ne savons rien et trois filles mariées à Charles de Maumont, Jean de Saunier et Jacques Delage. Nous perdons alors, dès avant la fin du siècle, toute trace des Pindray de

Marafy.

Les Vatine et les Bellabre. Nous retrouvons à Marafy sous Louis XV le riche juge de Mareuil, Jean de Vatine, dont la famille nous est inconnue et dont on peut supposer qu'il fut un immigrant du Nord qui aurait adouci son nom en en supprimant le w.

Jean de Vatine a épousé vers 1710 Marguerite Aubin de Jaurias, fille de Léonard et de Catherine de Lavaud. Sans écarter totalement l'hypothèse d'une édification par les Pindray, nous considérons que le ménage Vatine-Jaurias est le constructeur vraisemblable du Marafy actuel.

« Jean de Vatine, seigneur de Marafy, juge de Mareuil, résidant à Marafy » s'éteint en 1746. Sa fille, Mme Ardant, mourrut pendant la révolution laissant une succession compliquée, recueillie par des familles à moitié en émigration : sa nièce de Bellabre du chef paternel, et ses cousins Aubin de Jaurias et de Boulouneix, de Ljdonne, du Chassaing de Fombressin, Pichon, de là Bernerie et Bertaud du Chazaud du chef maternel. Mais elle avait déjà vendu Marafy dans les dernières années de l'ancien régime à la famille de Bellabre de Chiliac qui lui était alliée. C'est ainsi que Marafy fut le théâtre de biens macabres événements rapportés par un contemporain, le chanoine du Chazaud:

« M. Belabre, oncle de celui mort sur l'échafaud à Bordeaux, auquel il avait résigné sa cure, s'était retiré au château de Marafie, non loin de Mareuil, dans sa propriété; il fut mis en réclusion à Périgueux, avec les autres vieux prêtres. Rentré chez lui après la Terreur, ses domestiques craignirent sans doute qu'il ne remarquât les vols dont ils s'étaient rendus coupables; au moins tels furent les bruits qui circulèrent alors publiquement, et le malheureux vieillard fut empoisonné avec de l'arsenic. Le fait fut constaté par l'ouverture du cadavre, opérèe par deux honnêtes chirurgiens; mais on était encore si imbu des idées de la révolution, qu'on faisait très peu de cas de la vie d'un prêtre. On ne trouva pas de preuves suffisantes et cet horrible crime resta impuni. Toute la contrée murmura néanmoins, car c'était un bien honnête homme, qui toujours avait dignement rempli les fonctions du sacerdoce et jouissait d'une grande estime. Il était né à Goûts, canton de Verteillac, et était âgé de 72 ans ». (La maison natale de l'abbé de Bellabre est la jolie demeure du milieu du bourg qui appartient de nos jours à la famille de la Clergerie).

Les Maillard.

Marafy passa alors à Alex-Guillaume de Maillard né au château voisin de Lafaye, marié en 1786 avec Renée Moreau de Servanches.

Jeanne-Pauline de Maillard de Marafy, leur fille, épousa en 1819 le baron de Bellussière et sera la grand-mère des Montéty, tandis que son frère Charles comte de Maillard de Marafy prenait pour femme en 1821 Élisabeth de Salignac. Ils eurent à leur tour un fils et une fille : Laure fut accordée au comte Ludovic de Vandière de Vitrac; Léon qui naquit à Marafy en 1829 fut un homme d'affaires plus ou moins heureux, il dut vendre Marafy sous le second Empire à M. Aubin de Jaurias qui habitait à Goûts-Rossignol son château de Jaurias, construction également classique mais des années 1770 et que nous aurons plus tard l'occasion d'étudier dans un chapitre concernant les châteaux classiques à plan massé. Ayant perdu son fils unique à la guerre de 1914, M. de Jaurias dut partager ses biens entre ses deux filles Mmes Palfray, tandis que ses petits-enfants relevaient le nom. L'une, Claire, eut Jaurias et sera la grandmère des Montéty, l'autre, Marie, eut Marasy.

Vendu par le fils de cette dernière Guy Palfray de Jaurias dans les années 50. Marafy vient d'être racheté par la fille et le gendre de Marie-Louise Palfray de Jaurias.

Ainsi, les nouveaux propriétaires de Marafy, M. et Mme Bernard de Montéty tiennent de près chacun de son côté aux deux clans qui ont possédé Marafy depuis 250 ans, celui des Vatine-Aubin de Jaurias et celui des Maillard.

Source : Vieilles demeures en Périgord, de Dominique Audrerie.