Situation :

Voici le seul de nos châteaux classiques qui soit en milieu « urbain » le long de la grand-rue du Château, au nord du gros bourg cantonal de Mareuil-sur-Belle.

Ce type de maison à cheval sur la ville et la campagne procure toujours la merveilleuse impression d'un filtre de sagesse qui métamorphose la vie : par une rue agitée, vous pénétrez dans une austère cour quadrangulaire volontairement froide, régulière et pavée, encore animée des bruits de la ville et enfumée du passage des voitures; vous franchissez le seuil grisâtre de la maison, légèrement rasséréné déjà par le cœur de pavage qui vous accueille et vous ressortez, après un boyau d'ombre fraîche, sur une resplendissante terrasse où tout est floral, sourire et repos. Jusqu'à l'horizon, la verdure emporte votre respiration...

Particularité architecturale :

L'Hôtel Dereix est de loin la plus récente de nos huit demeures. Son plan simple en profondeur est un peu archaïque, bien que la galerie longitudinale soit un artifice qui tende tout de même à le doubler... Mais l'écriture de l'édifice est en revanche très fidèle à la modernité du moment, celle du 1er Empire, dans le grand courant du Néoclassicisme. Il n'est guère douteux que l'auteur du dessin fut cet ami de la famille du Reclus, Mathurin Salat dit Blanchard, l'architecte de Rastignac au sujet duquel le chartiste Noël Becquart a fait de brillantes découvertes en 1973. Blanchard est né à Nontron en 1755. Formé à Bordeaux il construit d'abord en Gironde (église de Blanquefort en 1806), puis on le retrouve à Mareuil où il est installé avant 1811 comme « architecte-ingénieur ». Ses deux principales œuvres sont l'Hôtel Dereix terminé vers 1811 et le château de Rastignac, commencé la même année, bien connu pour sa ressemblance avec la Maison Blanche. Il donna aussi les plans du palais de justice et la sous-préfecture de Ribérac.

Côté cour l'Hôtel Dereix affiche clairement le goût des néo-classiques pour les colonnades et les portiques. Le corps central est longé par un porche en portique alignant 6 colonnes toscanes et soutenant une balustrade sur un entablement denticulé privé d'architrave. Le mur maître de la maison sous cette galerie est la seule partie qui ne soit en pierre de taille. Comme la porte d'entrée qui le perce et comme les boiseries de la salle à manger, il est un témoignage de la maison du XVIIIe siècle qui a précédé l'actuelle construction.

Les deux ailes de communs qui clôturent latéralement la cour ont été reprises à la même époque par Blanchard et traitées avec la même précision. Leur liaison avec le logis ne se fait pas par une accroche jointive, mais angle à angle, avec un délardement concave plein de saveur, pour permettre une issue directe avec le jardin d'un côté, une seconde cour de l'autre.

Côté jardin, la façade est moins contrastée. La perfection du parti général a autorisé Blanchard à jouer la carte de la simplicité. Seules les ailes ont reçu un traitement de faveur des verticales : les angles sont ornés de bossages à anglet, et la travée unique est inscrite dans un subtil ressaut corsé par une corniche.

Quant aux horizontales, elles instaurent, autour d'un simple bandeau intermédiaire, un dialogue très mesuré entre la balustrade de couronnement et celle qui sert de garde-corps à la terrasse du jardin. Les baies sont disposées sans ostentation, leur seul luxe consistant en appuis à angles vifs soutenus par des modillons.

Aux abords de la maison règne une ambiance d'une profonde quiétude, telle qu'on peut la deviner sur la photo de couverture de ce tome: rien n'a été négligé dans la proportion des espaces, des axes et des différences de niveau. Le résultat infuse une sorte de placide enthousiasme au promeneur. Bien des influences fusionnent dans cette vision d'un jardin de douceur dont l'idée n'est pas tout à fait italienne, ni vraiment anglaise, ni complètement angevine, ni réellement versaillaise... ce qu'elle caractérise peut-être vraiment, c'est cette atmosphère modeste et tempérée, mais forte et chaleureuse des plus beaux petits jardins du Périgord, province médiane.

Famillés :

Les Reulhie.

La maison qui a précédé l'Hôtel Dereix était fort sans doute trop petite mais déjà élégante si l'on en juge par les éléments qui en subsistent. Elle appartenait aux Reulhie, sir. de Roffies, du Perchet, alliés aux familles de Sescaud, de Médac, Gay... Jean Reulhie, avocat au parlement, la lègue avec de nombreux autres biens à sa fille Françoise Reulhie qui a épousé en 1772 Jean du Reclus, sr. de Lascaut, originaire de Nontron et fils lui-même d'un avocat au parlement.

Les du Reclus.

Leur fils Jean-Baptiste du Reclus sera un très riche propriétaire grâce à l'héritage maternel surtout et épousera vers 1800 à Bordeaux Rosalie Praire de Montaut, fille d'un maître de forges. Le ménage du Reclus reconstruit l'actuel Hôtel Dereix, mais arrondit en même temps ses propriétés et achète en 1825, comme nous l'avons vu, le château de Clauzurou.

Sans enfants, les du Reclus recueillent leur nièce Marie-Eugénie Praire de Montaut qui sera leur héritière et qu'ils cherchent à marier selon les mérites de leur fortune.

Les Dereix de Laplane.

Le prétendant idéal, les du Reclus vont le trouver en la personne de Philippe-Octave Dereix de Laplane dont la famille du côté paternel et maternel s'est fait connaître dans la politique. Son père Pierre-Alexandre Dereix, maire de Mareuil et député de la Dordogne a appartenu à la fameuse Chambre Introuvable. Sa mère Marie Pourteyron est la fille du dernier subdélégué à Ribérac de l'intendant de Guyenne, l'homme omnipotent et respecté, courtisé même, représentant de Mareuil à Ste-Aulaye le pouvoir royal. Son oncle l'abbé Pourteyrou fut même quant à lui conseiller au grand conseil du roi depuis 1774.

Parmi les enfants du ménage Dereix de Laplane, trois se marièrent. Charles qui hérita de Clauzurou et de Gaillard est la souche des Dereix de Laplane actuels; il épousa Melle Aubin de Jaurias.

Sa sœur Alix fut accordée à Oscar Bardi de Fourtou qui sera ministre des Travaux Publics (1872) des Cultes (1873) de l’Instruction Publique et enfin ministre de l'Intérieur où il joua un rôle prépondérant en 1877. L'autre fille, Marie-Françoise épousa son cousin Jules Dereix, de la branche de Puyremale, qui sera trésorier-payeur-général de la Haute-Marne. C'est cette dernière qui hérita de l'Hôtel Dereix. Octave et Léon Dereix leurs enfants épousèrent les filles de l'Amiral Conrad et firent souche en Colombie. C'est Charles Dereix, un troisième fils, qui s'installa à Mareuil. Il était capitaine d'infanterie lorsqu'il épousa en 1903 à St-Pardoux-la-Rivière la fille du baron Lagarde. Veuf très rapidement, il se remarie dans une fort ancienne famille de chartrons bordelais avec Marie-Louise Ferrière.

L'Hôtel Dereix est actuellement habité par leurs filles, Madame Le Bescond de Coatpont et Melles Dereix.

Source : Vieilles demeures en Périgord, de Dominique Audrerie.