Léonard Peyroche
Limoges (Haute-Vienne) 14 mai 1737 - Saint-Quentin-de-Chabanais 16 avril 1815.

Fils aîné, semble-t-il, de Jean-Baptiste Peyroche du PuyGuichard, bourgeois et marchand de Limoges, et de Catherine Baillot du Queroix. La plus grosse fortune de notable recensée en Charente, dont l'origine et une part importante restent limousines. L'administration plaçait ce notable, en 1804, au deuxième rang des douze plus grosses cotes foncières et au cinquième rang des trente plus imposés du département, avec une contribution de 3 985 F. Mais l'inventaire après décès, en 1815, révélait une face cachée de la richesse, avec un actif mobilier de près de 1 100 000 F qui place l'intéressé en tête des fortunes personnelles de la Charente.

Léonard Peyroche était né et avait grandi dans la bourgeoisie qui exerçait des charges consulaires à Limoges au XVIIIe siècle. Son père, après avoir été colonel de la milice urbaine (charge passée ensuite au fils), était devenu consul. C'est en septembre 1779, devant notaires parisiens, que Léonard Peyroche faisait l'acquisition de la terre et du château de Pressac à Saint-Quentin près de Chabanais, pour une somme de 300 000 livres dont 200 000 payables sous six mois. C'est l'accumulation pendant plusieurs décennies de dettes et d'obligations hypothéquées qui avait conduit à l'aliénation de cette seigneurie appartenant à Marie-Gabrielle d'Abzac, veuve du marquis d'Allogny, remariée à Guillaume Chaignaud de La Gravière. Peyroche, l'acquéreur, se substituait à la débitrice défaillante dans le règlement des créanciers, avec des opérations jusqu'en 1785. Désormais il partage son temps entre Limoges et Saint-Quentin, où il est le nouveau seigneur de Pressac ; ses affaires le conduisent aussi à faire des voyages à Paris. En 1789, il est électeur de la noblesse d'Angoumois, sans que nous connaissions la procédure de son anoblissement, lié sans doute à l'acquisition d'une charge de secrétaire du roi.

Une chose est sûre, même s'il y a eu par la suite achats de biens nationaux, la fortune est antérieure à la Révolution, faite à Limoges, et la part immobilière se situe dans les deux départements de la Haute-Vienne et de la Charente. En l'an XI, le total des contributions (foncière et personnelle, sans patente) se monte à 6 175 F. La notice du notable de l'Empire, inscrit sur la liste des soixante, mentionne la qualité de "négociant et agriculteur" et relate qu'il aurait présidé l'administration du canton de Chabanais. Nous n'en voyons aucune trace ; par contre il a été l'agent de la commune de Saint-Quentin en l'an IV et V, le maire entre 1808 et 1813. Il est aussi, de 1800 à 1815, le président du canton électoral de Chabanais et membre du collège du département.

Marié avec Valérie Barbout des Courières, et divorcé en l'an VII à la demande de l'épouse, pour cause d'incompatibilité d'humeur et de caractère, il est resté sans héritier direct. La fortune est partagée suivant la volonté du donateur entre les descendants d'un frère et d'une soeur.

Marie-Anne Peyroche, fille d'un frère cadet décédé, reçoit en dot de son oncle en mars 1815, à son mariage avec Pierre-Hypolite Martin de La Bastide, de Limoges, et futur grand notable de la Haute-Vienne sous la Restauration, la part charentaise de la fortune ; c'est le point de départ d'une lignée de notables qui ont laissé des noms connus dans les annales charentaises au XIXe siècle et du XXe siècle : le lieutenant-colonel de La Bastide (1824-1904) et son fils le commandant de La Bastide (1866-1957).

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.