Jean-Jacques Crevelier
Confolens 25 avril 1764 - Aarau (Suisse) 9 février 1818.

Fils d'André, tisserand, et d'Anne Vergnaud. Elevé au collège de Poitiers aux frais d'un oncle prêtre, il refusa d'entrer dans les ordres et ouvrit une maison d'éducation privée en 1786. Un notable qui n'est pas fils de notable et sort du peuple. Il adopte à fond les idées de la Révolution et fonde à Confolens un Club des Amis de la Révolution. En 1791, il est élu administrateur du district de Confolens, puis membre du directoire. En septembre 1792, à La Rochefoucauld, il est dans un premier temps élu dernier député suppléant du département, mais Memineau ayant fait connaître qu'il refusait son mandat, l'assemblée électorale qui n'était pas encore dissoute procéda sur le champ à son remplacement en élisant Crevelier (8 septembre). A la Convention, il allait voter avec les Montagnards, dont il fut l'un des plus fermes soutiens ; en particulier il se prononça pour la mort du roi en ces termes : "Les attentats du tyran, voilé mes motifs. Je vote pour la mort et l'exécution du jugement dans les 24 heures". De Paris il adressait aux sans-culottes charentais des lettres d'engagement avec la formule : "Salut et vigueur permanente". Cependant, sur le plan local, il aurait contribué à faire libérer Memineau, détenu au château d'Angoulême. Aux élections de l'an IV, Crevelier ne fut pas repris parmi les 2/3 des sortants. Il devint alors commissaire du gouvernement auprès de l'administration municipale du canton de Confolens. Après Fructidor, un arrêté du directoire exécutif de Paris le faisait entrer en même temps que Desprez (Jean) à l'administration centrale du département (octobre 1797). A peine installé, il supplée le commissaire en titre Marvaud, et prononce des discours d'une teinte républicaine plus marquée, glorifiant le Dix-Huit Fructidor et invitant les administrateurs à faire respecter et appliquer les lois de sûreté publique de manière plus ferme et plus rigoureuse (voir son discours du 24 vendémiaire - 15 octobre 1797). Au bout de quelques semaines, son zèle s'apaise. En floréal an VI (mai 1798) Crevelier est élu représentant du peuple et il passe au Conseil des Cinq Cents. En Brumaire an VIII, il accepte le coup d'Etat et se rallie à Bonaparte ; "ses opinions s'adoucirent à tel point que le gouvernement de Bonaparte l'admit au Corps législatif" (Babaud-Laribière) . A ce moment il joue ou veut jouer un rôle important en Charente, multipliant les interventions et les recommandations lors de la mise en place de la nouvelle administration du Consulat, tant au niveau du département qu'à l'intérieur de l'arrondissement de Confolens. Lui-même devait rester au Corps législatif jusqu'en 1803. Il entretient alors avec le secrétaire général de la préfecture, Lavauzelle, une correspondance qui nous éclaire sur l'état d'esprit du département après la scission qui s'est faite chez les républicains : ceux qui ne pardonnent pas à Bonaparte le coup d'Etat, avec Dubois de Belle Garde, et ceux qui s'y sont ralliés.

A ce moment la carrière de Crevelier pose une énigme. En effet, à sa sortie du Corps législatif en 1803, il allait rester inemployé par le régime impérial jusqu'en 1814. Néanmoins, en 1808, le préfet l'avait ajouté à la liste des candidats possibles pour présider le collège électoral de l'arrondissement de Confolens, en quatrième position, avec cette mention : "Crevelier Jacques, négociant, pris hors du collège ; son attachement au gouvernement et les diverses fonctions qu'il a remplies depuis 89 ont déterminé le préfet à le proposer". Il est aussi membre du conseil municipal de Confolens (annuaire de 1812).

En 1815, pendant les Cent Jours, il joue un rôle ultime et éphémère, réagissant à la manière de beaucoup d'anciens républicains, tel Carnot ; il accepte de servir le régime au poste de sous-préfet de Confolens, où il se montre très actif. Atteint par la loi d'exil de 1816 contre les régicides, il se cache à Paris pendant un an avant d'être arrêté et conduit à la frontière belge.

Crevelier de Confolens et Desprez d'Angoulême ont beaucoup d'analogies : origine familiale humble, compensée par l'instruction et les circonstances favorables, maîtres d'école avant de servir la Révolution, itinéraire idéologique et politique identique, dans leurs interventions même discours au style ampoulé et abstrait et qui écorche l'éloquence ; la promotion de ces deux notables, sans antécédents ni fortune, préfigure longtemps à l'avance les réussites beaucoup plus nombreuses à compter de la IIIe République. Un descendant de Crevelier, inspecteur d'académie en Haute-Vienne, a publié en 1927 un roman où intervient son arrière-grand-père, le conventionnel.

De son mariage avec Marie Loudin, Crevelier avait eu un fils, Jean-Diogène ; et une fille, Hortense, qui alla en Suisse soigner son père dans les derniers mois de sa vie. La déclaration de succession en 1818 à Confolens indique : en mobilier, 4 000 F dont un fonds de boutique ; en immeubles, 15 875 F.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.