Gabriel Gros-Montemboeuf
Maisonnais (Haute-Vienne) 3 décembre 1769 - Marillac (Charente) 23 novembre 1853.

Fils de Michel Gros et de Marie Monnerie. Trop jeune pour exercer des responsabilités au début de la Révolution, il est cependant dès 1790 officier de la Garde nationale de Montemboeuf. Dans le rapport Penières, établi à la demande du représentant en mission en prairial an III pour relever les excès et les abus commis dans le district de La Rochefoucauld en 1793-1794, le jeune Gros-Montemboeuf est cité comme enchérisseur d'une superbe propriété nationale, travaillant pour le compte de Léonard Grosdevaux, président du comité révolutionnaire de La Rochefoucauld, devenu l'agent national du district et principal responsable des excès commis dans la contrée, qui s'est fait adjuger ce bien national de façon irrégulière et à un prix très au-dessous de la valeur réelle, avec la complicité de l'administration. Grosdevaux et Gros-Montemboeuf sont parents et un peu plus tard lorsqu'il s'agira de remettre en liberté surveillée, à domicile, Grosdevaux un moment emprisonné à La Rochefoucauld, Gros-Montemboeuf se portera caution pour lui. En l'an II - an III, Gros-Montemboeuf est l'agent national de la commune de Montemboeuf. Sous le Directoire, il est le premier président de l'administration municipale du canton jusqu'en germinal V où il démissionne.

De 1800 à 1831, pendant plus de trente ans, il est le maire de ladite commune, et président du collège électoral du canton à compter de 1805. En l'an XII il est nommé au conseil d'arrondissement de Confolens, dont il sortira par tirage au sort en 1805. Sa fortune est alors estimée par l'administration à 150 000 F. En l'an XIII il est sur la liste des soixante, avec une contribution de 1 369 F. De nouveau conseiller d'arrondissement entre 1820 et 1824 ... Voilà comment un notable de canton qui semble avoir commencé dans le sillage d'un révolutionnaire très marqué, est devenu un représentant de la droite la plus traditionnelle sous la Restauration, au point de perdre tous ses mandats sous la Monarchie de Juillet, où l'administration le classe dans les opposants de droite.

A présent on l'appelle Monsieur de Montemboeuf ; déjà sous l'Empire, dans ses notices administratives, on le présente comme l'ancien seigneur de la commune. Il est vrai aussi qu'en 1789 on le pare du titre d'écuyer à un moment où, très jeune, il semble déjà affilié à la franc-maçonnerie.

En 1804 il avait épousé Françoise-Marie-Magdeleine-Eulalie Briand, elle-même née du premier mariage de Françoise-Magdeleine Baynaud qui, veuve, s'était remariée avec Michel Gros, veuf de son côté. De ce mariage étaient nés quatre enfants, mais l'aîné décédé à 17 ans, il n'y a que trois héritiers au moment où en novembre 1837, Gabriel Gros de Montemboeuf, veuf, fait une donation partage entre ses enfants. Sa fortune est considérable, provenant à la fois de ses parents, dont il est l'unique héritier, et d'une tante. L'ensemble des revenus des immeubles en Charente et en Haute-Vienne s'élève à 13 350 F, soit un capital de 267 000 F, partagé en réservant au fils la quotité disponible, "par prêciput", les deux filles recevant chacune le quart. A son décès, en 1853, il ne restera à partager que des biens mobiliers pour 15 826 F. Le fils et les deux gendres sont des électeurs, gros censitaires vivant du revenu de leurs propriétés sous la Monarchie de Juillet. Le cens de Gros-Montemboeuf père, en 1835, avant la donation, était de 1 785 F, ramenée à 388 F en 1840-1841. Mais Gros-Montemboeuf fils à son tour paie un cens de 1 707 F.

Les deux gendres sont Louis de Maret, de Saint-Adjutory, et Louis Roux de Reilhac, de Cherves-Châtelard.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.