Jean Marchais-Laberge
Champmillon 4 septembre 1758 - Angoulême 19 mai 1833.

Fils de Pierre, et de Catherine Rambaud de La Rocque. Le grand- père, Jean-Baptiste, était marchand orfèvre, juge consulaire, domicilie dans le faubourg de L'Houmeau. Le père, Pierre (21 avril 1730-7 janvier 1811), avec un frère exerçait la profession de négociant, avant d'être maire et capitaine de la ville d'Angoulême de 1772 à 1790, conseiller du roi ; il en a été le dernier maire sous l'Ancien Régime, anobli à ce titre après que l'édit royal de novembre 1771 eût modifié une dernière fois la composition du corps de ville. C'est en octobre 1789 que ce maire signe pour la dernière fois le cahier de délibérations alors que, sans la Révolution, il eût dû remplir son office pendant 20 ans, jusqu'en 1792. Sans mandat ni fonction dans la décennie révolutionnaire, à partir du Consulat son état de notable fait de Marchais-Laberge père un membre du conseil d'arrondissement d'Angoulême, jusqu'à son décès en 1811.

Le fils aîné, Jean, est né du deuxième mariage de son père, veuf d'Anne de Vars, avec Catherine Rambaud de La Rocque, de Bassac, fille d'un bourgeois, fermier de Châtellenies. Il est négociant de son état. Lors de son mariage en juillet 1784 avec Catherine Brun, la fille d'un homme de loi d'Angoulême, les parents ont fait de leur fils aîné leur héritier universel dans tous leurs biens présents et futurs, sous réserve de sommes à verser aux cadets, frères et soeurs, en guise de légitimes. En prairial an II, au plus fort de la Terreur, le représentant Romme l'avait nommé à la municipalité d'Angoulême. En l'an IX, il est inscrit sur la liste des notables communaux de l'arrondissement d'Angoulême, mais en 1804-1805 il devient un notable départemental, inscrit sur la liste des soixante, membre du collège du département ; il est en tête de la liste des trente plus imposés du département, avec une contribution de 5 433 F, classé parmi les plus gros contribuables fonciers. L'administration estime alors sa fortune à 600 000 F et il est proposé pour le conseil municipal en l'an XII. Finalement il n'y entre qu'en 1809

Il ne remplit pas d'autres mandats et c'est avant tout un notable du secteur économique. Alors que le père, du fait de son office de maire, et de la mentalité alors en cours avait évolué vers l'état de noblesse, le fils, lui, reste dans le monde des affaires et abandonne la particule, à la différence de bon nombre d'anciens révolutionnaires bon teint qui retrouvent les titres portés avant 1789 dans leur famille. Il figure sur la liste des négociants et manufacturiers les plus notables du département de la Charente en 1810, avec une erreur de prénom (Pierre au lieu de Jean) : "Il pratique tous les genres de commerce, les principaux partenaires sont le Nord de l'Europe, l'Angleterre en temps de paix, l'Amérique du Nord". Aucune indication de chiffre d'affaires, mais le capital de l'entreprise sous son nom propre est estimé à 450 000 F ; l'affaire est âgée de 45 ans. "Des opérations hardies de sa part n'ont pas eu toutes le même succès et l'ont fait accuser d'un peu de témérité. En particulier il y a six ans (vers 1804) il essuya un échec dans son commerce, sa maison eut quelque défaveur, mais de nouveau son crédit s'améliore et il lui serait rendu tout entier sans le retard du commerce". Ajoutons que l'universalité de ses activités commerciales en fait encore un négociant issu de l'Ancien Régime et des traditions du port de L'Houmeau sur la Charente, alors que la spécialisation est en marche et réalisée dans les eaux-de-vie. Il y a là une source de difficultés dont les effets ne tarderont pas à se faire sentir. La conjoncture commerciale semble s'être répercutée sur l'état de la fortune ; par exemple en l'an VI, Marchais-Laberge fils aîné et sa femme font l'acquisition d'un important domaine de 150 000 F, dans la région de Ruffec, qui ne figure plus dans le patrimoine lors de la donation de vivant de 1832 faite par le père, ancien négociant, veuf depuis l'an VII. De son mariage avec Catherine Brun étaient nés huit enfants, dont six vivent en 1832 : deux filles et quatre fils, dont deux sont aussi négociants et deux propriétaires. En 1832, le capital immobilier est estimé 270 000 F mais la fortune est grevée de dettes et d'obligations importantes, au point que les donataires sont autorisés à aliéner une partie des biens jusqu'à concurrence de 100 000 F. Le total mobilier approche de 64 000 F.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.