Roch Frotier-Tizon mourut en 1693 ; son fils aîné Clément lui succéda ; mais comme le remarquait le contemporain Vigier de la Pile, cette famille ne possédait plus qu'une partie des droits seigneuriaux de son ancien fief ; il avait été démembré, et les parties prenantes étaient nombreuses ; les fiefs du Roc et de Lagerie dont nous parlerons plus loin, possédaient des terres et des droits seigneuriaux ; le chapitre de la Rochefoucauld avait non seulement la moitié des dîmes mais aussi quelques journaux de terre et des droits seigneuriaux sur d'autres ; le prieuré de Saint-Florent avait des rentes ; les hospitaliers de la commanderie de Vouthon et Malleyrand avaient des rentes sur la prise dite de l'hôpital, près le village des Aillards.

Des terres étaient mouvantes des seigneurs voisins, parfois partagées entre deux ou trois seigneurs : le duc de la Rochefoucauld, les seigneurs de Coulgens, de Sigogne, de Saint-Mary, de Rivières ; les de Crozan rappelons-le possédaient le fief du Bois.

Des roturiers même avaient acheté des agriers ; les Fureau de Villemalet les avaient acquis des seigneurs voisins ou même du roi.

Un bon tiers de la paroisse étaient sorti de la mouvance des Frotier-Tizon.

Il restait de la seigneurie le logis et ses dépendances, la réserve faite de plusieurs journaux de terres, de prés et de bois, d'un seul tenant ou presque, des vignes ; une belle métairie à quatre bœufs en face du logis, et une borderie à deux bœufs sur la route de Coulgens ; métairie et borderie aux terres bien groupées étaient aussi les plus fertiles de la paroisse ; la seigneurie comprenait également un moulin sur la Tardoire au gué des Aillards.

Les terres restées dans la mouvance de la seigneurie, étaient sujettes au droit d'agrier au neuvième des fruits et portables, et au cens très amenuisé ; certaines terres, il s'agissait surtout des vignes, étaient dites en complant, car le tenancier devait les maintenir en culture.

A la fin du XVIe siècle, les Tizon de la Rochette avaient acheté les 2/3 de la seigneurie de Sigogne, mais elle était passée très vite en entier, aux mains d'un autre membre de la famille Tizon.

La petite seigneurie de Villars en Saint-Angeau, comprenant maison noble et terres appartenait au XVIIIe siècle aux Frotier-Tizon, ainsi que la moitié des dîmes inféodées de la paroisse.

Malgré cette relative richesse, la situation financière des Frotier-Tizon n'avait cessé de se dégrader.

En 1622, Roc Frotier-Tizon avait constitué une rente de 200 livres à Martin Constant, écuyer, intendant du Duc d'Epernon, qui avait prêté 3.200 livres.

En 1637, Roc Frotier-Tizon avait constitué pour sa femme Léonarde Laisné une rente annuelle de 70 livres à Messire Guillaume Martin, Sieur de Montgoumard, avocat au présidial d'Angoulême, qui leur avait prêté 1.400 livres.

En 1643, Roc Frotier-Tizon avait constitué à Philippe Arnaud, écuyer, conseiller du Roi à Angoulême, une rente annuelle de 440 livres pour une somme de 8.000 livres qu'il lui devait ; en clair, Roc Frotier-Tizon devait un capital de 8.000 livres et ne se libérera jamais de sa dette.

En 1651, Roc et son fils Clément avaient emprunté 3.000 livres à Louis Frotier, neveu de Roc, et devaient lui servir une rente annuelle de 150 livres.

De même, des rentes avaient été constituées au profit des héritiers Dulignon de la Rochefoucauld ; le capital emprunté, près de 2.000 livres ne sera jamais remboursé ; 1.300 livres comprenant le capital et l'arriéré des intérêts étaient dus aux administrateurs de la charité de la Rochefoucauld. 4.800 livres étaient également dues à Roc Benoit, procureur au présidial d'Angoulême.

En 1711, une grande partie des créances étaient passées entre les mains de Jean de Paris, conseiller du roi au présidial d'Angoulême. Clément Frotier-Tizon se débattait comme il pouvait, retardant l'inéluctable ; heureusement, la justice de ce temps était très, très lente.

En 1717, il prétendit que 30 journaux de terres près du logis étaient décimables à son profit, au titre de dîmes inféodées ; il chargea le curé Palissière d'attaquer les chanoines du chapitre de la Rochefoucauld qui pour lors jouissaient de ces dîmes. Mais les chanoines avaient des titres de possession bien en règle, et le seigneur de la Rochette en fut pour ses frais.

A cette époque, il prétendit même avoir des droits sur le fief du Roc. La maison noble du Roc et ses dépendances lui fut-il répondu, relèvent de sa majesté faute par le seigneur de la Rochette d'avoir pu justifier par titres qu'elles relèvent du fief de la Rochette.

Comme beaucoup de petits seigneurs terriens, les Frotier-Tizon prenaient peu soin de leurs intérêts matériels ; ils vivaient noblement sur leurs domaines, se déchargeant de leur gestion sur leurs fermiers qui évidemment tiraient avantage de leur travail ; les fils servaient à l'armée et il fallait les équiper ; il fallait aussi doter les filles, et la manne versaillaise ne tombait pas sur ces lointains hobereaux inconnus ; enfin les roturiers avaient grignoté une partie de leurs droits seigneuriaux. Les dettes s'accumulaient, et ils n'arrivaient même plus à en payer les intérêts.

La seigneurie de la Rochette fut mise en bail judiciaire et en 1719 elle était saisie réellement.

Par chance, si l'on peut dire, Clément Frotier-Tizon et Madeleine Rousselet son épouse, n'avaient pas d'enfants, et ils trouvèrent une solution honorable leur permettant de terminer leur existence selon « leur état et condition ».

Le 26 avril 1726, devant Jeheu, notaire royal à Angoulême, ils firent une donation entre vifs à Alexandre de Paris, Sieur du Couret et autres lieux et à Mélanie Nadaud sa femme, aux conditions suivantes : ils cédaient aux de Paris l'ensemble de leurs droits sur les seigneuries de la Rochette et Villars, y compris les dîmes inféodées de la paroisse de Saint-Angeau. Les de Paris leur assuraient une pension raisonnable leur vie durant ; à savoir l'usufruit de la seigneurie de la Rochette seulement, sans les dîmes inféodées de Saint-Angeau. Les de Paris se réservaient deux chambres dans le logis seigneurial, et des écuries dans l'ancien corps de logis. Anne et Marie Frotier, sœurs de Clément Frotier-Tizon jouiraient leur vie durant de leur maison du bourg et des quelques avantages accordés par leur frère ; au décès de la dernière des sœurs, leurs biens reviendraient à l'acquéreur de la seigneurie.

Les de Paris paieront aux créanciers les dettes s'élevant à 21.500 livres, et feront cesser toutes les poursuites en cours ; sur cette somme, ce qui relève de sa majesté a été licité à 9.500 livres et ce qui relève du duc de la Rochefoucauld à 12.000 livres. Et attendu que les présentes sont sujettes à contrôle, la totalité des seigneuries a été évaluée, savoir ce qui est de nature immobilière à 44.000 livres, et ce qui est de nature mobilière à 1.500 livres

Selon Vigier de la Pile, repris par d'autres auteurs, les dettes se seraient élevées à 60.000 livres, et les créanciers se seraient contentés de 40.000 livres, pris de la vente. Ces chiffres sont donc inexacts. Cette famille de Paris, d'une ancienne noblesse de robe, enrichie par les offices avait suivi la situation des Frotier-Tizon, ayant eu à en connaître au présidial d'Angoulême ; Alexandre de Paris était le fils de Jean de Paris, conseiller du roi.

Le jour même de cette donation entre vifs, Alexandre de Paris céda devant le même notaire à M. de Bourdage, seigneur de Sigogne et conseiller du roi la petite seigneurie de Villars et les dîmes inféodées de Saint-Angeau, récupérant ainsi une partie de sa dépense. Les de Paris habitaient Angoulême, paroisse de Saint-André, où ils avaient leur chapelle ; leurs armes sont encore sur le rétable de l'autel ; pour eux la seigneurie de la Rochette était un domaine comme un autre avec son logis, à la campagne. Leur blason : « Trois étoiles posées en triangle et un croissant en pointe » ; leur devise est : « Mieux vaut trésoir d'honneur que de gloire ».

Clément Frotier-Tizon débarrassé de ses créanciers mourra en paix en 1729 ; sa femme Madeleine Rousselet sera marraine lors du baptême de la cloche en 1722 et mourra en 1756 âgée de 81 ans ; la bonne dame de la Rochette comme on la nommait, voulut par humilité être enterré au cimetière des pauvres ; elle avait dans son testament, distribué une partie de ses biens aux pauvres et à une église d'Angoulême ; le reste devenant à sa parente, Justine de Briconnet.

Les de Paris rendirent hommage de leur fief au roi, le 18 août 1734, et le 30 avril 1755, sur l'ordre du président trésorier de France lui envoyèrent le dénombrement de tout ce qui constituait leur fief. Entre temps, ils avaient agrandi leur domaine par l'achat de terres à Marie Fureau, veuve de Jean Frotier-Tizon de la branche cadette, et par l'acquisition de rentes seigneuriales de René Durousseau, seigneur de Coulgens.

Les héritiers de Paris, Paul, Benoit et François vendirent le 8 octobre 1752 le fief de la Rochette, à un de leurs parents, Messire Arnaud Souc de Plancher, chevalier de la Garélie, demeurant au château de Beauvais, paroisse de Lussat en Périgord. Ce dernier épousa le 9 juin 1753 une riche héritière Marguerite Magdeleine Chérade, fille de Etienne Chérade comte de Montbron ; elle apportait à son mari le fief de Boismenu à l'Isle d'Espagnac, et la baronnie de Manteresse.

Les Planchet de la Garélie rembourseront en trois fois 14.000 livres empruntées à cette occasion à Daniel Barraud de Lagerie ; ils habitaient surtout leur château de Beauvais et affermaient leur nouveau domaine. Leur blason : « d'argent à une souche de laurier à deux branches de sinople sur une terrasse de même, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or ».

Le 16 avril 1776, haute et puissante dame Magdeleine Chérade de Montbron, veuve de Messire Arnaud Souc de Plancher de la Garélie, demeurant au château de Beauvais, affermait pour 7 ans à Barthélémy Faure, marchand et à Demoiselle Marie-Anne Debesse, son épouse, demeurant à la Rochefoucauld, le fief et seigneurie de la Rochette ; la ferme comprenait tous les bâtiments du château, métairie, borderie, domaines, moulin et huile, prés, vignes, cens, rentes seigneuriales et secondes, les agriers, la moitié des droits de lods et ventes, le bétail, les semences et le matériel aratoire.

Les preneurs paieront les rentes seigneuriales et les devoirs royaux, sauf les 10e et 20e.

La dame de la Garélie pourra occuper tous les appartements nécessaires au château, lorsqu'elle le jugera utile pour elle, pour ses amis, ses équipages et ses chevaux.

Cette ferme continuait celle faite en 1769 à Jean Faure et Anne Colas, père et mère de l'un des preneurs ; le prix de la ferme était de 3.000 livres, payable en deux fois, à Noël et à la Saint-Jean Baptiste.

A la veille de la Révolution, leur père et mère étant morts, vivaient au logis de la Rochette, Elisabeth et Madeleine Honorée Souc Plancher de la Garélie, vieilles filles d'une trentaine d'années ; elles auront à affronter la période révolutionnaire pénible pour elles.

Source : La Rochette, de James Forgeaud.