Chasteigner (Eutrope-Alexis, baron de), maire d'Angoulême (Bunzac 1786 - id. 1867). D'une très vieille noblesse, remontant au XIIe siècle, divisée en plusieurs branches, dont celle du Lindois, qui est la sienne, il est le fils aîné d'un électeur de la noblesse de 1789, qui émigra en 1792 et servit dans l'armée des princes, avant d'être fait prisonnier et fusillé lors de l'expédition de Quiberon. La carrière militaire étant de tradition dans la famille, le jeune Chasteigner participe aux campagnes napoléoniennes entre 1806 et 1809, comme officier de cavalerie légère, puis quitte le service et se marie en 1811. Il semble avoir exercé un temps dans la magistrature ou le barreau. L'ordonnance royale du 28-12-1825 le nomme maire d'Angoulême en remplacement de Thévet. Dès son installation officielle, le 9-01-1826 par le préfet, le marquis de Guer, ses discours sont marqués d'un légitimisme fort, «... Je ne négligerai... (pour)... favoriser les sages instructions qui doivent propager an sein de votre population, ces grands, ces éternels principes de religion et de légitimité qui subordonnent les ambitions privées à l'intérêt général... Vive le roi ». Mais l'opposition libérale était forte et active à Angoulême, et la politique du nouveau maire, par son côté ultra et clérical, va alimenter et renforcer cette hostilité au régime de la Restauration. Les opposants ont leur lieu de ralliement, le café des Colonnes, et son cercle littéraire où l'on se donne rendez-vous pour comploter, lancer des mots d'ordre, manier le sarcasme et l'ironie par le pamphlet contre le pouvoir et ses représentants qui, de leur côté, par leurs imprudences, leurs maladresses et leurs excès, prêtent le flanc à la critique. En 1827, avec la mission prêchée à Angoulême, c'est l'appui trop voyant de l'autorité municipale, toutes les occasions sont bonnes pour favoriser les cérémonies religieuses en mettant la ville en état d'inactivité économique. En 1828, un point culminant est atteint lorsque le maire décide d'interdire les représentations de Tartuffe au théâtre; bien entendu les libéraux avaient suggéré le choix. Le maire impose une pièce de remplacement, mais le jour de la représentation, le maire étant présent et la salle pleine à craquer, dès le départ c'est un chahut monstre qui rend le spectable impossible et le maire décide de faire évacuer la salle. Finalement c'est le préfet qui est obligé d'intervenir, et de faire rétablir la représentation de la pièce de Molière : désaveu du maire et victoire du camp libéral. Cette tension soutenue conduira à donner à la révolution de Juillet 1830 un aspect anticlérical à Angoulême, avec de petites émeutes, il est vrai sans gravité en février 1831. Sur le plan politique, lors des élections législatives de 1827, c'est le recul des royalistes au profit des libéraux et de leurs alliés constitutionnels. À deux reprises, il a fallu voter, une première fois en juillet, dans une élection partielle pour remplacer Terrasson de Montleau qui venait de démissionner bien inopportunément, et de nouveau en novembre dans les élections générales après dissolution de la Chambre. Chaque fois le baron de Chasteigner a été le candidat malheureux du gouvernement, battu honorablement la première fois mais écrasé la seconde par le candidat libéral Gellibert des Seguins. En 1830, lors des dernières élections législatives de la Restauration, il n'était plus question de présenter la candidature du maire d'Angoulême. Sous son administration, on reconstruit la façade de l'église Saint-André, on achève la construction du palais de justice, on commence celle de l'hôpital de Beaulieu, on refait le presbytère de Saint-André, on prolonge la rue de l'Arsenal. Au total, Chasteigner aura exercé une politique plus marquée que celle de Thévet, son prédécesseur. Lors de la Révolution de 1830, il quitte, dès la chute de Charles X, la mairie sans attendre d'être destitué, pour se retirer définitivement dans son château des Deffens, à Bunzac, à l'image des légitimistes qui se retiraient sur leurs terres pour se refermer dans une sorte d'exil intérieur. Il lui restait trente-sept années à vivre, au service des exigences d'une foi chrétienne très vive.

Source : Dictionnaire biographique des Charentais et de ceux qui ont illustré les Charentes, de François Julien-Labruyère.