Agronome et agromane érudit, le marquis André Alain de Fayolle (1765- 1841) fut une grande figure de notable périgourdin sous l'Empire et la Restauration. Grand propriétaire terrien (539 ha dans la commune de Tocane), c'est une des plus grandes fortunes du Périgord; à partir de 1828, il anima la Société d'Agriculture du département comme vice-président; il fut aussi président du comice agricole de Montagrier, dès sa fondation, en 1834. Introduisant cultures nouvelles (betterave, colza, mûriers), développant les prairies artificielles sur ses terres, il multiplia les communications à la Société d'Agriculture; sa compétence dans le département était indiscutée. A partir de 1830, il eut tout le temps de se consacrer à l'agronomie; rallié à Napoléon dès 1804, il refusa de prêterserment à Louis-Philippe, et ne fut plus ni conseiller général, ni maire de Tocane.

Sa Topographie était destinée à la Société d'Agriculture de la Seine, dont il était correspondant depuis 1799, et répondait à un concours organisé sur ce thème. Deux ans avant la grande statistique des préfets de l'an XI, Fayolle dressait un tableau sans complaisance de la situation agricole du département. Selon lui, la situation était aussi catastrophique en 1801 qu'à la fin du règne de Louis XV, à l'exception de la diffusion de la pomme de terre. Le manuscrit de soixante dix neuf pages présente les mêmes têtes de chapitres que les statistiques de l'époque (Population, Propriétés naturelles du sol, Economie rurale, Arts et Métiers et commerce). Ce plan sera - à peu de choses près - celui des statistiques des préfets et celui de l'enquête de Cyprien Brard en 1835. Fayolle ne dit rien de ses sources, mais il est facile de les imaginer : notes prises durant ses déplacements (il n'a pas émigré sous la Révolution), sa position de notable (il est en 1801 membre du Jury de l'Instruction publique, conseiller général; il fait partie de l'entourage du préfet) l'a mis en contact avec les différentes enquêtes et rapports faits sur le département depuis la Révolution.

L'exposé est clair, particulièrement riche dans la partie consacrée à l'agriculture, même s'il convient d'examiner les chiffres avancés avec précaution (lui-même les juge peu fiables). Ne se contentant pas de décrire, Fayolle expliquait longuement la médiocrité de l'agriculture périgorde : pauvreté des sols, mauvaise rotation des cultures, mode d'exploitation des terres. Le système du colonat en vigueur ne développait pas l'esprit d'innovation : sans bail de durée déterminée, le colon était dans une situation trop précaire pour sortir de sa routine.

Discours d'aristocrate éclairé, mais critique à l'égard de la Révolution qui, il est vrai, avait désorganisé la vie économique du département, discours de propriétaire terrien provincial désireux d'attirer l'attention de ses collègues parisiens sur la grande misère de son département, le propos a certainement noirci le tableau (en particulier en ce qui concerne les abus consécutifs aux défrichements encouragés par l'édit royal de 1766). Il n'en reste pas moins que les faiblesses de l'agriculture périgourdine ont été confirmées par des travaux ultérieurs : enquêtes agricoles de la première moitié du XIXe siècle (dont celle de Brard), recherches d'historiens contemporains.

Source : La modernisation du monde rural en Aquitaine.