Devars a laissé dans ses papiers une longue déclaration qui se présente comme un discours fait à ses collègues de l'assemblée, dans lequel il répond aux quatre questions posées, développant chaque fois un raisonnement argumenté.

A la première question (la culpabilité) : «je ne suis point convaincu de tous les faits imputés à Louis, je suis convaincu qu'il y a eu une conspiration contre la sureté intérieure et extérieure de l'État... qu'enfin Louis est un des principaux chefs de cet horrible complot et le plus coupable de tous... en conséquence je le déclare coupable...».

A la seconde question (l'appel au peuple) : «... quelque soit la prépondérance de vos suffrages, jamais ils ne sauraient dominer ma propre conviction, ni me faire adopter, pour mon vœu, une mesure que je penserai effectivement contraire aux intérêts précieux qui me sont confiés... Je suis bien convaincu que l'opinion du renvoi au peuple pour faire sanctionner le décret... contre Louis ne prévaudra pas et qu'elle sera rejetée...».

Devars parle ensuite très longuement des pressions, des dangers et des menaces auxquels ils sont soumis: «au sortir de cette salle... encore hier au soir 100 ou 150 personnes... sur notre passage et nous poursuivirent par pelotons en nous apostrophant et en nous accablant... mais j'entends ma patrie alarmée qui me dit : si tu prononces sur le sort de Louis sans me consulter, tu me livres aux plus cruelles factions...»

Suit un long passage où l'on retrouve presque mot pour mot la déclaration de Maulde pour justifier l'appel au peuple. Nos deux conventionnels auraient-ils agi de concert ? ou l'un se serait-il inspiré de l'autre ?

A la troisième question (la peine): «...dans mon âme une conviction à laquelle je ne puis résister et qui me dit impérativement que la mort de Louis, bien plus que son existence, peut infiniment compromettre le salut et la gloire de ma patrie, que sa détention pendant la guerre et son bannissement à la paix sont deux mesures salutaires qui concilient parfaitement la sureté générale avec la grandeur, la dignité et la générosité de la Nation française... On ne m'accusera pas sans doute de faiblesse ni de pusillanimité puisque ceux qui ne votent point pour la mort de Louis sont horriblement menacés, que même leur vœu excite des murmures dans un certain côté de cette salle...».

Pour appuyer son choix Devars se réfère à une lettre de la Société patriotique d'Angoulême, à leurs députés Bellegarde et Guimberteau, se prononçant dans le même sens, à savoir l'emprisonnement et le bannissement.

A la quatrième question (le sursis) : «j'ai voté pour le renvoi au peuple, j'ai voté pour la réclusion... invariable dans mes principes, je ne puis que voter pour l'affirmation... en disant oui: et en cela je rends au peuple, mon souverain, le dernier et seul hommage qui me reste dans cette importante affaire. Car si mon vœu est rejeté, tout est fini ; si au contraire il est adopté, il (le peuple) pourra réclamer contre une mesure qui l'intéresse si essentiellement ou l'approuver par son silence.»

Finalement cette déclaration se présente comme un plaidoyer que le conventionnel charentais se forge lui-même, pour se guider dans les réponses aux questions posées. Sa déclaration publique, face à la question n° 3 n'est que le résultat logique de débats intérieurs, qui l'ont conduit à rejeter la peine de mort. Toute l'argumentation tourne autour d'un pivot central auquel le raisonnement le ramène chaque fois, à savoir le principe du peuple souverain qui doit s'exprimer ou celui de l'intérêt supérieur de la Nation qu'il s'agit de sauvegarder.

Comme ses collègues de la Convention Devars à aucun moment ne fait appel à des arguments traditionalistes, tel l'inviolabilité de la personne royale... ou d'autres d'ordre sentimental. Il reste dans le contexte légal du moment, en janvier 1793, où il n'y a plus de Roi et la France est une République.

Est-ce à dire que dans le fond de sa personne ne subsiste aucun attachement à la personne du Roi ou à la monarchie déchue ? Il n'est pas possible de répondre à cette question.

Au total un document humain, resté inédit jusqu'à présent et qui est à l'honneur du Conventionnel charentais. Il nous a été aimablement communiqué par des descendants directs de la famille. Nous n'en publions que des extraits essentiels et significatifs.

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.