A Nontron est élu maire en décembre par suffrage restreint, M. Pastoureau de Labesse, en remplacement de M. de Labrousse de Lagrange, démissionnaire. Mauvaise année agricole ; l'hiver s'annonce glacial. Les Nontronnais plaident pour extérioriser leur hargne, ou comme dérivatif. Ces mesquines querelles détourent l'attention bien à propos des catastrophes menaçantes. La lutte est générale : les Nontronnais plaident ! Un cas entre vingt. Mme veuve Forien des Places, Marthe Arbonneau, rappelle aux juges du tribunal du district, qu'elle possède « dans la grande rue, une maison acquise au sieur Vieillemard, homme de loi, par contrat devant Me Grolhier ». Cette maison était séparée de celle de Me de Laborderie par un andronne ou ruette. M. Pastoureau de LAbesse, ayant acheté ce dernier lot il y a une dizaine d'années, a fait démolir la maison ainsi qu'un toit à cochons se trouvant dans l'andronne et il se dispose à élever un nouvel appentis en le surmontant d'une petite pièce, le tout « contre le mur de la maison, des éviers et latrines de l'exposante et avec un transport d'une immensité de pierres » ; elle accuse son voisin de vouloir diminuer la valeur de sa maison en la privant de jour, car elle comptait justement élargir l'étroite fenêtre d'une chambre fort obscure ; elle lui reproche de s'agrandir aux dépens d'une pauvre veuve chargée d'enfants et presque sans fortune, alors qu'il possède, de l'avis de tous, la maison la plus vaste et la plus commode de la ville. Elle revendique à tort la propriété de la ruette, s'en prend à son vendeur qui lui a garanti une paisible jouissance et cherche à faire intervenir le maître maçon Desport qui exécute ses travaux et ceux de la partie adverse. Elle fait monter des piles imposantes pour soutenir les tuyaux de descente de ses éviers et latrines, et fait boucher trois trous préparés pour une pose de solives, profitant pour cela d'une absence du sieur Pastoureau qui le lui reproche violemment. Elle réplique « qu'elle ignorait très certainement qu'il eut été à Toulouse conduire son fils dans une pension gratuite... » Et parce qu'il paraîtrait que le Sr Pastoureau aurait dit qu'il voulait plaider et avait 10.000 Fr. à mettre dans cette affaire, l'auteur de la requeste, Me Ribadeau du Mas, neveu de l'exposante, se laisse entraîner par le lyrisme de cette curieuse époque. « Le temps heureusement où les procès s'éternisaient à la faveur de la fortune d'un adversaire puissant, n'existe plus ; nous sommes tous devenus égaux aux yeux de la loi. Elle est aussi favorable à celui qui occupe une chaumière qu'à celui qui vit somptueusement sous des lambris dorés. » Les pièces s'entassent : tout un dossier pour une si mince affaire ! Elle a débuté ainsi : « Cejourd'hui, second du mois de décembre mil sept-cent quatre-vingt onze, environ les 10 heures du matin en la ville de Nontron et dans la maison du sieur Excousseau aîné où nous tenons ordinairement notre bureau de paix et d'audiences, par devant nous, Léonard Grolhier des Virades, est comparue Dlle Marthe Arbonneau, veuve de feu sieur Forie tant en sa propre qualité qu'en celle de tutrice et curatrice de ses enfants... » Celle-ci réédite donc son éxposé ; celui du Sr Pastoureau est encore plus long. Le sieur Pierre Vieillemard et le maître maçon Desport sont convoqués. « Attendu qu'il s'agit d'une propriété et d'un droit de servitude qui sont des droits rééls », le juge de paix se déclare finalement incompétent et renvoie les parties devant le tribunal de conciliation. Plusieurs notables ont été consultés, mais la situation est délicate ; la solution sera fera longtemps espérer. Les adversaires ont les même relations, la même parenté plus ou moins proche, et les élections ont eu lieu ! M. Pastoureau de Labesse, maire, demande 100 livres de dommages-intérêts reversibles à l'Hôpital. Mme Forien des Places en demande 600 applicables à toute maison gênée ou à tous les citoyens de la ville ayant une nombreuse famille... M. Pastoureau de Labesse épousa Marguerite Marcillaud du Genest dont : un fils, lieutenant-colonel d'artillerie, marié à demoiselle Lapeyre de Bellair ; un fils, officier des Eaux et Forêts, marié à Dlle Marguerite de Labrousse du Bosfrand ; et deux filles représentées au XIXe siècle par le marquis de La Garde, les Marcillaud de Goursac, les de Grandillac et de Jaurias. La veuve Forien des Places ne parvenant pas à s'entendre avec son voisin, a pris le parti de se dessaisir de sa maison. Son acquéreur, le citoyen Fonreau — fin 1792, il n'y a plus que des citoyens — transige à l'amiable le 24 décembre : « Entre les citoyens soussignés, Pierre Pastoureau Labesse et Pierre Emeric Fonreau, tous deux habitants de la ville de Nontron, il a été arrêté et convenu ce qui suit : savoir que pour éviter toutes discussions et terminer en même temps les différents survenus entre la citoyenne Marthe Arbonneau, veuve Forien, actuellement représentée par le cit. Emeric Fonreau, comme acquéreur de la maison de la dite citoyenne veuve Forien qui avait donné lieu aux contestations entre le citoyen Pastoureau et elle relativement aux jours qu'elle prétendait éclairer les appartements de sa maison... » etc. etc. Trois pages de concessions, de mutuels engagements : « De bonne fois... L'An 1r de la République. » Les deux fils de la plaignante, Augustin et Pierre, mariés à Nontron An XI et An XII avec Elisabeth Cuttet et Louise Bignon, quitteront leur ville natale pour s'établir dans la Haute-Vienne où leur nom se déformant deviendra Faurien.

(Nontron dans l'Histoire)