Il est remarquable qu'à Saint-Maurice la bourgeoisie était presque absente, à la différence de ce qu'on a vu à Tusson.

Sur le territoire que nous parcourons, on ne trouve guère qu'un notaire et un chirurgien. Il n'existe point de justice seigneuriale, par conséquent aussi point d'officiers y rattachant une existence qui participe de la vie urbaine. Pas de groupement de propriétaires vivant au centre du bourg, puisque les domaines sont agglomérés avec habitation centrale. Du reste, l'élément intermédiaire entre le cultivateur et le noble fait défaut. Nous venons de voir qu'il n'est pas facile au métayer de se hausser au rang de propriétaire; élever une famille nombreuse, là est le terme de son ambition. En revanche, devenir propriétaire, j'entends propriétaire d'un domaine, c'est ici, à ce qu'il semble, devenir seigneur. La constitution facile, ou, pour mieux dire, naturelle, des domaines isolés, et par suite, en un sens tout au moins, indépendants, a manifestement favorisé l'établissement d'un nombre considérable de fiefs ou maisons nobles. J'en compte cinq dans Saint-Maurice, trois dans Lézignac, un autre sur le petit territoire du Chambon, en outre de la commanderie. On sait qu'à Masson il n'y avait pas une seule maison noble, à part le prieuré. Ce ne sont pas de hauts et puissants seigneurs, loin de là; ils n'exercent aucune juridiction; ce sont, à proprement parler, des propriétaires indépendants, des soldats du roi. Ils sont chargés d'enfants et ne possèdent que des revenus restreints. Aussi, lorsqu'en 1689 le roi fait appel au ban et arrière-ban, voici quelles sont les déclarations présentées par nos modestes propriétaires ruraux :

— Barbarin fils, écuyer, sieur du Ponteuil, demeurant audit lieu, paroisse de Saint-Maurice-des-Lions, possède noblement les deux métairies du Ponteuil, pouvant valoir, avec les rentes et (limes qui en dépendent, trois cents livres de revenu au plus; huit enfants vivants, hors d'état de se mettre en équipage.

— Barbarin fils, écuyer, sieur de Laage d'Eschambon, de la paroisse de Saint-Maurice-des-Lions. Sept setiers de froment, seigle et avoine de rente, un moulin sur la rivière de Confolens, tenu à hommage du seigneur dudit lieu, de cent livres de rente; s'offre à marcher, mais prie qu'il lui soit alloué trois années sur le prix des bois.

— Barbarin de Fontéroux (Louis de), sieur de La Touderie, y demeurant, paroisse de Saint-Maurice, au service dans les armées d'Italie, où il a épuisé ses ressources pour subsister et a même contracté des dettes; Les deux petits fiefs de La Touderie et de Peunir, paroisse de Pressignac; revenu total, 600 livres.

— Dassier (Jean), chevalier, seigneur des Brosses, fils de feu François Dassier, en son vivant chevalier, seigneur dudit lieu, et de dame Marguerite Guimard, demeurant au château des Brosses, paroisse de Saint-Maurice, déclare que ladite dame Guimard est exempte du ban et arrière-ban, étant chargée de sept enfants mâles et trois filles, et que, d'ailleurs, quatre de ses fils sont au service, savoir Dassier, écuyer, sieur de Charzat, garde du roi dans la compagnie de Noailles; François Dassier, lieutenant au régiment des fusiliers, dans le bataillon de Bovincourt; les deux autres, qui sont Joseph et Paul, étant dans la compagnie des cadets qui tient garnison dans la ville de Tournay.

— La Cour de Rocquart, demeurant en la paroisse de Saint-Maurice, déclare posséder le fief du Petit-Pressac, qui peut valoir, tant en rentes que dîmes, cent livres de revenu, plus un autre fief dé la paroisse de Loubert de vingt livres, un autre de quinze livres dans la châtellenie de Chabanais.

— Rouziers (François de), écuyer sieur de Lézignac, prêt à partir, possède deux fiefs héréditaires, l'un dans la paroisse de Lézignac-sur-Doire, de la valeur de cinq cents livres de revenu, l'autre dans la paroisse de Sainte-Marie-la-Claire en Limousin, pouvant valoir vingt-cinq écus.

— Rouziers (Paul de), écuyer, sieur de Saint-Romain, demeurant à La Chenaud, paroisse de Lézignac-sur-Goire, déclare qu'il est prêt à servir, mais qu'il ne peut le faire à ses frais, n'ayant pas cent livres de revenu.

— Du Pin (Charles), écuyer, seigneur des Cozières, y demeurant, paroisse de Saugon, possède le fief de Lézignac, dans la paroisse de ce nom, de cinquante livres de revenu, un petit fief de cent livres dans Saint-Germain en Poitou, un domaine noble dans Saugon de cinquante livres.

Source : Monographie de Saint-Maurice-des-Lions, de Daniel Touzaud.