Dans la commune d'Eymouthiers, le 16 août, jour de la Saint-Roch, chaque maison fait lire un évangile pour conjurer la peste bovine et les autres maladies du bétail. Le prêtre, en surplis blanc, accompagné du chantre el d'un enfant de choeur portant le bénitier et l'aspersoir, va de ferme en ferme, pénètre dans les étables et bénit les animaux. Le sort des récoltes, perpétuellement menacées de gelée, de grêle ou de sécheresse, fait la préoccupation constante de ces pauvres gens qu'une mauvaise année réduit aux privations et presque à la misère. Le jour de la Pentecôte, après la messe, les gens, porteurs d'une fiole pleine d'eau bénite, se répandent par les champs et aspergent de cette eau les froments en fleurs. Aux jours d'orage, ils ferment les volets de leur maison, allument un cierge bénit conservé au fond de l'unique armoire, et brûlent dans la cheminée un fragment de buis bénit qu'ils ont gardé depuis la fêté des Rameaux dernière. A Eymouthiers, sitôt que s'élève l'orage à l'horizon, un sonneur désigné à l'avance, ou un homme de bonne volonté, se rend à l'église et sonne la cloche à toute volée. On sonne en même temps la petite cloche d'une chapelle élevée dans un village voisin, à Chez-Manot, et qui jouit, disent les paysans, d'uue vertu particulière pour la dispersion des orages, à la condition qu'on ne la sonne pas trop tard. Tant que dure l'orage, sous le ciel noir et menaçant, les voix des deux cloches tutélaires, l'une grave et forte, l'autre argentine et grêle, se mêlent, se répondent et montent comme deux prières vers les nuées qui fuient. Le sonneur, qui doit encore sonner l'angelus du soir, reçoit 12 francs par an pour sa peine; puis, à l'automne, quand les blés sont battus et les châtaignes en grange, il va par les villages avec un long sac de toile, et chacun lui donne, qui, une mesure de châtaignes, qui, quelques poinées de blé.

(Le Pays d'Ouest, 1911)