Guiot du Repaire,
Baron du Repaire, général de division

Guiot du Repaire (Jean) naquit à Alloue (arrondissement de Confolens) le 10 septembre 1755. Il entra au service comme gentilhomme volontaire dans le régiment d'Auvergne (17e d'infanterie) en 1773, ety obtint au mois d'octobre de l'année suivante le grade de sous-lieutenant. Il devint lieutenant en 1777, aide-de-camp du général de Voyer, et passa avec son grade dans la compagnie des canonniers gardes-côtes de l'arrondissement de Mortagne en janvier 1787. Promu capitaine, le 24 octobre 1788, dans la même compagnie, il devint aide-de-camp du général Beauregard de Saintes en 1792, et fit lacampagnede cette année à l'armée de la Moselle. Il gagna successivement tous ses grades sur les champs de bataille. Fait adjudant-général chef de brigade le 8 mars 1793, il fut employé à l'état-major de l'armée des Pyrénées-Occidentales, où il servit avec distinction sous les ordres des généraux Servau, Delbecq et Léonard Millier, en 1793 et en l'an II. Sa belle conduite à l'affaire d'Urdach, le 16 septembre 1793, lui mérita le grade de général de brigade que lui conférèrent les représentants en mission, par un arrêté ainsi conçu :

« Au nom de la République française une et indivisible, les représentants du peuple près l'armée des Pyrénées-Occidentales et les départements voisins ; considérant la conduite toujours soutenue et le civisme bien prononcé du citoyen Guiot du Repaire, adjudantgénéral chef de brigade ; considérant l'attachement singulier de l'armée pour la bravoure et les talents de cet estimable officier, qui s'est montré toujours l'ami sincère des lois de son pays, et qui a servi la République dans les armées du Nord et du Midi avec un zèle et une intelligence au-dessus de tout éloge ; considérant que les réformes nécessitées dans cette armée par l'incivisme ou la conduite équivoque de plusieurs officiers généraux exigent un choix de sujets capables et reconnus pour de bons patriotes, et que sous ce rapport personne ne mérite mieux que le citoyen Guiot du Repaire une attention particulière de la part des représentants du peuple ; considérant qu'il est temps enfin de rendre aux braves et loyaux deffenseurs de la République des places qui étaient devenues l'apanage d'hommes perfides et dissimulés, indignes de commander aux soldats d'une nation libre ; arrêtent que le citoyen Guiot du Repaire est nommé provisoirement au grade de général de brigade, pour exercer les fonctions attachées à ce grade, en porter les marques distinctives et jouir du traitement fixé par la loi ; arrêtent, en outre, que copie en forme de la présente nomination et promotion sera envoyée à la Convention nationale, au Comité de salut public et au Pouvoir exécutif, pour obtenir leur approbation et la confirmation du grade conféré au citoyen Guiot du Repaire. — A Bayonne, le 2 octobre 1793, l'an IIe de la République une et indivisible. J.-B. Monestier (du Puy-de-Dôme), Pinet aîné, Garran. »

Le général Guiot se trouva le 25 frimaire an II à la déroule des Espagnols près de Saint-Jean-de-Luz, et aux affaires d'Urrugue et de Chauvin-Dragon, où 15,000 Espagnols furent battus par 5,000 républicains et laissèrent 1,200 morts sur le champ de bataille. Confirmé dans son grade de général de brigade le 25 germinal suivant, il se distingua encore le 29 floréal au combat du poste du Rocher, où les Espagnols, repoussés à la baïonnette jusqu'à leur camp de Berra, furent mis en pleine déroute et éprouvèrent des pertes considérables. Les nombreuses blessures que Guiot du Repaire avait reçues motivèrent, le 21 prairial de la même année, un arrêté du Comité de salut public, dont l'article 6 le concernant était conçu en ces termes : « Du Repaire cessera d'être employé, mais il est autorisé à demander sa retraite ; la cessation de son service n'ayant lieu qu'à cause de ses blessures et non comme destitution. » Cet arrêté lui fut notifié le 30, par les représentants du peuple. Il continua cependant de faire la guerre à l'armée des Pyrénées-Occidentales, et ce ne fut que le 21 germinal an III que la Convention lui accorda une pension de 1,200 fr. en récompense de ses services. Le général du Repaire ne resta pas longtemps dans cette position. Rappelé bientôt avec le grade de général de division, il obtint un commandement à l'armée des Pyrénées, et fut depuis chargé de missions importantes à Toulon, à Brest et à Tours. Il fut cité plusieurs fois à l'ordre de l'armée. Sa nomination de général de division porte la date du 25 prairial. Nommé d'abord à titre provisoire, il avait eu beaucoup de peine à obtenir de voir ratifier sa promotion à ce grade qui lui avait été conféré par les représentants sur le champ de bataille. Malgré sa conduite intrépide, malgré des services incontestables, le général du Repaire devait à sa naissance d'inspirer aux chefs du pouvoir de ne pas être partout et toujours en parfaite communauté d'idées avec les démocrates du jour. Cet état de suspicion qui pesa quelque temps sur lui nous explique cette lettre que l'adjoint du ministre de la guerre écrivait à ce sujet au représentant Neveu :

« La nomination provisoire du grade de général que toi et tes collègues avez faite en faveur du citoyen Guiot du Repaire, pour les services signalés qu'il a rendus à l'armée des Pyrénées-Occidentales, n'a point été confirmée, vu que ce militaire a le malheur d'appartenir à la caste ci-devant privilégiée ; les trahisons sans nombre dont nous avons été victimes depuis l'aurore de la Révolution justifient assez la sévérité de cette mesure. »

Ces obstacles durent bientôt disparaître, puisque nous voyons le général du Repaire employé en Vendée, en l'an III, en qualité de général de division, sous les ordres du général Willot. Le 11 nivôse an IV, il passait à l'armée des côtes de l'Océan commandée par Hoche, et servait encore en l'an V avec le général Hédouville. Réformé le 6 messidor suivant, du Repaire fut nommé membre de l'hospice civil et militaire de Toulon en l'an VIII, et appelé aux fonctions de commandant d'armes de la place de Brest le 17 fructidor an X. Créé membre et commandant de la Légion-d'Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il conserva son commandement à Brest jusqu'au 25 avril 1815, époque à laquelle il fut désigné d'office pour la retraite. La Restauration l'avait nommé commandeur de Saint-Louis. Définitivement admis à la retraite le 1er septembre 1815, conformément à l'ordonnance du 1er août précédent, il mourut à Saintes le 24 avril 1818.

Guiot du Repaire avait épousé, par contrat du 26 août 1776, reçu Matignon, notaire à Lignères, demoiselle Jeanne-Bénigne Boiteau des Pouges, dont il eut neuf enfants. Nous citerons :

1° Charles - Henri, baron, capitaine d'infanterie, chevalier de Saint-Louis et de la Légion-d'Honneur, né en 1781, mort en 1841 sans avoir été marié. Il avait fait dix-sept campagnes et reçu deux blessures ;

2° Mathieu-Paul-Louis, capitaine aux grenadiers à pied de la garde impériale, officier de la Légion-d'Honneur, né le 27 mai 1784 et blessé à mort sur le champ de bataille d'Essling, au moment où il emportait une redoute ennemie : « Non, non, dit-il à ses grenadiers qui voulaient le transporter à l'ambulance après qu'un boulet lui eut emporté les deux cuisses, ne diminuez pas les combattants de Sa Majesté ; je meurs pour la France, vive l'empereur ! » (Courrier de Brest, journal officiel du 8 juillet 1810.) Ce brillant officier, âgé de vingt-quatre ans seulement, avait fait neuf campagnes ;

3° Léon-Charles-Henri Guiot, baron du Repaire, le neuvième et dernier enfant du général, né en 1797, officier sous l'Empire et officier dans la garde royale de Louis XVIII et Charles X, démissionnaire en 1830.

Source : Biographie militaire de l'Angoumois et de la Charente, d'Edmond Sénemaud.