M. Jean Jézéquel présente à l'Assemblée des aperçus nouveaux sur la noblesse de robe dans l'Angoumois au XVIIe et XVIIIe siècles, d'après le fonds Mazière des Archives Départementales. (Série J/537-J/715). 70 liasses environ de cet ensemble épars et varié concernent les familles Arnaud de Ronsenac, Gervais et Sarlandie auxquelles est consacré le présent exposé (sans oublier d'autres documents du fonds qui concernent exclusivement l'Angoumois et essentiellement sous l'Ancien Régime).

3 familles distinctes :

— les Arnaud de Ronsenac, issus de Pierre Arnaud par son dernier fils Jacques, né d'un deuxième mariage, et dont les générations suivantes ont été : Pierre Arnaud né en 1668, André puis Pierre Arnaud (1731-1813). Tous membres du présidial d'Angoulême, soit comme Conseillers, soit comme Procureur du Roi (le dernier), le deuxième Pierre Arnaud est maire d'Angoulême entre 1721 et 1723... c'est la fonction municipale qui anoblit à deux reprises la famille, entre temps un édit royal de 1667 ayant révoqué le privilège attaché à l'Hotel-de-Ville.

— La famille Gervais et plus particulièrement Jean Gervais 1668-1733, lieutenant criminel de la Sénéchaussée et auteur du « Mémoire sur l'Angoumois » de 1725-1726. Il achète des lettres d'anoblissement en 1696 (6000 livres) noblesse ensuite révoquée, mais retrouvée par la mairie d'Angoulême de 1718 à 1721.

— Pierre de Sarlandie, autre officier, maître particulier des eaux et forêts de l'Angoumois, exerce lui aussi la fonction de maire entre 1744 et 1747, ce qui lui confère la noblesse.

La valeur de ces offices varie entre 26.000 I. procureur du Roi en 1752 et 40.000 I. (estimation de celui de lieutenant criminel en 1733) et 40.000 I. (vente de celui de maître particulier des eaux et forêts en 1773). Mais l'essentiel de l'activité n'est pas dans l'exercice de ces charges, plutôt dans l'exploitation de la fortune foncière, seigneuriale ou mobilière. Trois niveaux de fortune :

— Jean Gervais : l'ensemble de la succession estimée à près de 200.000 livres partagée entre le fils et la fille Marie Gervais, épouse de Sarlandie. Mais une succession grevée de fortes dettes et il faut réaliser deux seigneuries pour 70.000 I. au total. Meilleur observateur de la réalité géographique, économique et juridique de l'Angoumois que bon administrateur de ses propres biens, semble-t-il.

— Pierre de Sarlandie, plus un homme d'affaires qu'un officier de judicature, il tranche avec son beau-père : dans l'inventaire de ses biens, « des effets actifs » de l'ordre de 270.000 I. s'ajoutent aux 43.000 I. de deniers trouvés. La part mobilière prend ici des proportions inhabituelles par rapport au reste et il a des ennemis sur la place d'Angoulême « cet homme insatiable... près de 600.000 I. trouvées lui appartenant après sa mort... Cette fortune immense est le fruit des vexations et des concussions qu'il a toujours pratiquées dans l'exercice de sa charge... et des intérêts doublement usuraires qu'il percevait dans ses différents prêts d'argent... »

— La famille de Ronsenac : un 3e tableau de fortune considérablement développée au XVIIIe siècle sous André Arnaud † en 1782 et Pierre Arnaud mort en 1813, ce dernier ayant épousé la fille de Sarlandie. De nombreux domaines tant à l'Ouest qu'à l'Est d'Angoulême, de nombreux achats sur plusieurs décennies et en particulier un domaine en Périgord acheté 195.000 I. en 1776-78, d'un rapport de 15.000 I. vers 1786, sur 17 métairies, une seigneurie qui hisse cette famille au niveau des plus fortunées de l'Angoumois, surtout si l'on y ajoute de nombreux domaines spécifiquement seigneuriaux avec une gestion très bien menée qui évite le plus souvent la ferme habituelle.

Au total des exemples de fortune qu'il faut se garder de généraliser et qui représentent dans le cas de Sarlandie et des Ronsenac des réussites personnelle ou familiale. Les générations suivantes ne maintiendront pas ce niveau.

Une noblesse d'affaires ou sens du prêt, doublant dans certains cas (Sarlandie) la banque.

Une bonne gestion accompagnée de l'exploitation au maximum des possibilités du droit seigneurial, un train de vie plus calculé et moins dispendieux que dans la noblesse traditionnelle d'un même niveau de fortune.

Un mode de vie qui partage l'existence entre la maison de la paroisse Saint-André en ville et les demeures à la campagne, sans oublier des voyages d'affaires à Paris.

M. le Professeur Brunet, assistant à la faculté de droit de Poitiers, fait une intéressante intervention sur l'évaluation des rentes nobiliaires dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1975)