C'est moins sa force ou sa vitalité qu'une circonstance fortuite — la découverte d'une liste électorale censitaire sur laquelle la préfecture avait « pointé » les opinions de tous les électeurs  — qui nous amène à nous arrêter plus longuement sur le cas du légitimisme en Charente, et plus précisément à Angoulême. Dans l'arrondissement de Confolens, les légitimistes, bien que nombreux, étaient peu actifs; ce que confirme l'importance des abstentions aux élections (28 % des inscrits en 1839 et un nombre plus réduit ensuite, sans que le candidat légitimiste présenté ne dépasse les 40 voix); à Cognac, les légitimistes considéraient le député Hennessy comme un des leurs, tandis que le préfet écrivait à son sujet : « le trône et la charte n'ont pas de partisan plus dévoué » toutefois, le conseiller général qui lui succéda à sa mort était un avocat légitimiste, Guillet de Planteroche (1 217 francs de cens), lui-même remplacé au conseil d'arrondissement par un négociant légitimiste, Dupuy (1 082 francs de cens). Dans l'arrondissement électoral d'Angoulême, la lutte électorale se déroulait entre le centre gauche, très modéré, que représentait le président du tribunal Albert, avec l'appui intermittent des conservateurs. Sur les 60 imposés de plus de 1 000 francs dans l'arrondissement, il y a — non compris dans le tableau — 1 opposant de gauche (un propriétaire d'un canton rural) et 2 électeurs fonctionnaires, décédés au moment des notations du préfet. Nous pouvons constater la nette prépondérance des grands propriétaires chez les légitimistes, surtout dans les cantons ruraux; mais on trouve aussi parmi les plus riches milieux d'affaires des représentants de cette opinion : c'est ainsi que les Callaud-Beslile, des fabricants de papier d'Angonlème, ainsi que Laroche, sont considérés comme douteux, que le banquier Cordova est noté « Gillibert ou opposant de droite ». Les fonctionnaires légitimistes sont principalement des officiers, plusieurs en retraite. Une dernière indication enfin, fournie par ce document, c'est l'opinion des gros censitaires nobles ou pseudo-nobles. Sur les 60 plus imposés, 14 des 15 légitimistes ont une particule nobiliaire; 4 sur 20 des partisans du conservateur, parmi lesquels le comte Galard de Béarn, le plus gros censitaire du département (8 661 francs), tandis que son fils est noté comme légitimiste; 3 sur les 12 douteux, 1 seul des 9 électeurs d'Albert, encore s'agit-il du maire Norman de Latranchade, conseiller général conservateur, un ancien officier de cavalerie, noté par ailleurs comme attaché à tout régime d'ordre, et, pour cette raison, ayant plus de sympathie pour l'Empire et la Restauration. Parmi les électeurs de 200 à 1 000 francs. 29 des 65 légitimistes et seulement 7 des 196 conservateurs ont une particule ou un titre ajouté à leur nom. II est à noter enfin, si l'on considère l'Age des légitimistes, qu'il y en a très peu nés entre 1790-1799, 9 seulement, alors qu'il y en a 27 nés entre 1780-1789 et 24 entre 1800 et 1809. Il ne s'agit là encore que d'un exemple particulier à confronter avec les autres éléments de ce chapitre entrouvert des générations.

Source : Les grands notables en France (1840-1849), d'André-Jean Tudesq.