Pierre Agard de Roumejoux est originaire d'Eymoutiers-Ferrier, paroisse de l'ancien diocèse de Limoges, réunie aujourd'hui à celui d'Angoulême. D'après M. l'abbé Denise, il serait né à Bussière-Badil, paroisse limitrophe de la précédente et qui était aussi du diocèse de Limoges.

Lorsqu'il fut prêtre, il exerça le ministère en qualité de vicaire à Ecuras, puis, le 28 janvier 1749, il fut installé curé-archiprêtre de Rouillac, diocèse d'Angoulême.

En 1789, il assistait à l'assemblée du clergé de la sénéchaussée d'Angoulême, étant aussi chargé d’y représenter le curé d’Echallat et celui de Genac.

Au moment de la Révolution, il crut pouvoir prêter le serment de la Constitution civile du clergé, ce qu’il fit le 30 janvier 1791. Mais plus tard, comprenant toutes les conséquences de cet acte de faiblesse, il le rétracta le 2 juillet 1792. Dès lors, il tombait sous le coup de la loi de déportation; comme il était sexagénaire, cette peine fut remplacée par la prison.

Il fut enfermé a Angoulême, avec les autres prêtres non assermentés sexagénaires, dans l’ancien couvent des Carmélites, où on les laissait manquer de tout. Malgré les plaintes qu'ils adressèrent à différentes reprises, et en particulier en octobre 1794, au directoire du district, ils ne recevaient rien. Cependant, le froid sévissait avec rigueur dans le couvent des Carmélites, exposé en plein au vent du Nord. Alors ces malheureux prêtres, demi-nus, accablés par la vieillesse, les infirmités, les maladies, prirent le parti de pétitionner encore en s’adressant au département. Voici le texte de leur pétition :

Des Carmélites, le 13 nivôse an III (2 janvier 1795).

Aux citoyens administrateurs du département de la Charente.

Citoyens, les détenus de la maison commune, dépouillés de tout, conséquemment dans l’impossibilité de pourvoir à leurs besoins les plus urgents, sollicitent, depuis plus de trois mois, sans aucun succès, près des autorités constituées, quelque petite provision de bois à brûler et de la lumière pour s’éclairer. Ils ont répété si souvent leurs instances prés de l’administration du district que celle-ci, fatiguée de leurs plaintes, pour réponse leur a renvoyé leur dernière pétition ci-annexée. Les pétitionnaires, à ce rebut, ont jugé que sans doute elle n’était pas chargée de cette sollicitude. Ils s’adressent donc au département pour en obtenir où leur liberté et la remise des objets dont ils ont été dépouillés, ou des secours proportionnés à leurs besoins, notamment du bois à brûler, que l'humanité ne peut leur refuser dans la rigueur continuelle du temps. Ils espèrent tout de sa justice. — Pierre Agard, curé de Rouillac; François Barbier, curé de Saint-Germain de Confolens; Jean-Baptiste Dessain, curé de Saint-Christophe de Confolens; Jean Fonréaux, curé de Saint-Clément de Nantes.

Je reproduis ici seulement la signature des quatre prêtres prisonniers qui intéressent le diocèse de Limoges. A la fin du mois de mai 1795, Pierre Agard fut mis provisoirement en liberté. En 1800, il revint à Rouillac, mais ne dut pas y continuer longtemps son ministère vu son âge avancé.

Source : Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges pendant la Révolution française, d'André Lecler.