Adepte des nouvelles idées agronomiques, la comtesse de Verteillac souhaite, pour sa part, leur application sur ses terres périgourdines (1). En 1746, elle change de mode d'exploitation, délaissant « des fermiers [qui] sont des sangsues qui énervent tout au lieu de mettre en valeur » (2), pour un régisseur qui touche un revenu fixe et lui envoie plusieurs fois par an l'argent tiré de la vente des céréales (froment, seigle, avoine et maïs) et du vin issus de la réserve ou de parcelles en métayage. Dans sa première lettre à Allafort, la comtesse suggère un plan d'amélioration du domaine comprenant le renouvellement des pieds de vigne, la création d'une pépinière avec « glands, noyers, châtaigniers, ormes, tilleuls » et des labours fréquents car, écrit-elle, « [je] suis pérsuadée que plus on remue la terre, plus elle rapporte. Si vous voulez, pour satisfaire ma curiosité, essayer sur un journal de faire labourer quatre fois avant qu'on y sème du froment, je serai bien aise de voir comment cela réussira [...] » (3). Quelques mois plus tard, elle ajoute à une lettre de son mari une notice explicative pour épierrer les jachères, avec schéma à l'appui et précise en post-scriptum : « J'aime beaucoup les expériences et vous m'obligeriez infiniment en donnant vos soins à celle qui est expliquée par le papier ci-joint [...] (4). » Son vocabulaire révèle sa passion pour ces nouveautés qu'elle voit comme un jeu : « Amusez-vous à faire au plus tôt cette expérience » écrivait-elle déjà à l'automne précédent (5). Un net partage s'opère entre les époux ; à elle les innovations, à lui la gestion des intempéries, des prix et des litiges avec le régisseur. Ainsi, lors de la crise de 1747, le comte est soucieux — « je ne doute point que la misère soit grande et madame de Verteillac et moi, consentons volontiers que vous distribuiez aux pauvres les fèves qui vous restent » (6) — et la comtesse rêve encore de nouveautés : « je juge que les métayers peuvent exécuter cela aisément avec leurs familles et que si on les aide quand ils sont dans la disette, ils doivent, sans me rançonner, se prêter à cette experience que je veux faire » (7).

Notes

1. Combet (Michel), « Agronomes et agromanes en Périgord 1750-1850. Des amateurs aux pédagogues », dans La modernisation du monde rural en Aquitaine, FSHO, 1999, p. 111-131.

2. ADD, op. cit. Lettre de la comtesse de Verteillac au curé de Saint-Martin, 19/05/1746.

3. Ibid., Lettre de la comtesse, 22/09/1746.

4. Ibid., Lettre du comte et de la comtesse, 05/06/1747.

5. Ibid., Lettre de la comtesse, 22/09/1746.

6. Ibid., Lettre du comte, 10/03/1747.

7. Ibid., Lettre du comte et de la comtesse, 05/06/1747.

Source : Les élites et la terre du XVIe siècle aux années 1930, de Caroline Le Mao.