François-Gabriel-Thibault de La Brousse, marquis de Verteillac, baron de La Tour-Blanche
Paris (Saint-Sulpice), 17 janvier 1763 - Vouneuil-sur-Vienne, 26 octobre 1854.

Possessionné en Poitou mais Parisien d'origine et de résidence, le marquis de Verteillac est en grande partie absent du Poitou sous l'Empire. Aussi, il apparaît tardivement parmi les notables de la Vienne : seule attestation mais conséquente, son nom figure en quatrième position sur la liste de 1813 des trente principaux contribuables du département. Sa famille, issue du Périgord, a été anoblie par lettres patentes d'octobre 1644 pour services rendus à la monarchie. À partir de cette date, ses ancêtres avaient acquis une position considérable dans l'appareil de l'État : son arrière-grand-père Pierre de La Brousse avait été intendant de La Rochelle, son grand-père Thibault de La Brousse gouverneur et grand sénéchal du Périgord, de même que son père César-Pierre de La Brousse (Périgueux, 1729-Dourdan, 1807). La famille royale avait signé son contrat de mariage le 20 mars 1759 avec Marie-Louise-Alexandrine de Saint-Quentin de Blet; il devenait ainsi le beau-frère du marquis de Simiane. François-Gabriel-Thibault s'oriente comme ses aïeux vers une carrière militaire : il entre en 1777 dans la compagnie des gendarmes de Monsieur, où son père était alors capitaine ; il est reçu au rang de capitaine au régiment de maître de camp général cavalerie le 12 juillet 1781, puis passe au régiment de Ségur-dragons ; enfin, le 1er juin 1789, il passe dans les chasseurs à cheval de Bretagne. Il mène alors une existence sans doute dissolue, puisque par sentence du lieutenant civil du Châtelet de Paris du 29 décembre 1786 son père l'a mis en interdit. Lorsque la Révolution éclate, il n'émigre pas mais fait partie des défenseurs de Louis XVI aux journées du 20 juin et du 10 août, aux côtés du marquis de La Roche du Maine, son futur beau-père, qui périt guillotiné en 1794. La période est cependant pour lui l'occasion de s'affranchir ; il obtient la levée de son interdit le 18 février 1792, alors que son père a émigré ainsi que son unique sœur, Françoise-Louise-Angélique, épouse d'Auguste-Joseph de Broglie de Revel, prince du Saint-Empire, « mestre de camp en second du régiment de la couronne infanterie ». Il se cache sous la Terreur et attend la Convention thermidorienne pour épouser l'héroïque orpheline de Charles-Gabriel-René d'Appelvoisin de La Roche du Maine, maréchal des camps et armées du roi, chevalier de Saint-Louis, et d'Adélaïde-Louise-Félicité Chaspon de Verneuil. Ce mariage, célébré à Paris le 19 germinal an III (8 avril 1795), est à l'origine de son enracinement poitevin : Charlotte-Jeanne partage le 24 floréal an VII (13 mai 1799) chez Me Gibé à Paris, avec sa sœur Aglaë-Louise, les biens échus de leurs parents, grands-parents, tante et sœurs. La jeune marquise de Verteillac obtient le château du Fou à Vouneuil-sur-Vienne et la terre de Plessis-Bosnay (Deux-Sèvres) avec vingt-deux métairies. Cette puissance foncière dont elle reste maîtresse s'ajoute à un autre héritage, immatériel celui-là: le pouvoir d'influence prêté aux siens. Son père, le marquis de La Roche du Maine (Poitiers, 1743-Paris, 1794), avait déchaîné les passions ; un des chefs de la noblesse du Poitou, partisan de l'abolition des privilèges, ses idées avancées et ses allures de grand seigneur avaient indisposé beaucoup de petits gentilshommes. Il n'avait pas réussi à être élu aux états généraux et avait dû se contenter d'être député suppléant. Dans l'opinion publique, il apparaissait comme lié à la Cour et tout-puissant : son beau-père, Eusèbe-Félix Chaspon de Verneuil, grand échanson de France, avait su y nouer de solides contacts. En juillet 1789, une rumeur prétendait que soixante gentilshommes se réunissaient dans son château du Fou pour préparer une réaction nobiliaire. La milice de Châtellerault lui confisqua, par mesure de prudence, d'antiques canons qui devaient orner son château. Cette suspicion populaire ne calma pourtant pas les ressentiments aristocratiques contre lui; il renforça les haines implacables des petits nobles en devenant le plus gros acquéreur de biens nationaux du département : 291 580 livres d'achats constitués par les biens du couvent de Lencloitre, la terre de Montgamé, les prieurés de Savigny et de Chitré. Sa participation à une coalition secrète, contre-révolutionnaire dès 1791, ne leva pas les préventions des privilégiés contre lui, mais expliqua en grande partie son exécution sous la Terreur. Verteillac et sa jeune épouse sont donc tous les deux coupés de leur milieu au moment de leur mariage. Le jeune couple profite dans un premier temps des relations nouées par la famille maternelle de Charlotte-Jeanne. Sa tante Marie-Pauline Chaspon de Verneuil, épouse de Louis-Victor-Hippolyte Luce de Montmorin, maire et gouverneur de la ville de Fontainebleau, lui apporte un atout décisif : ses liens d'amitié formés dès l'Ancien Régime avec la future impératrice Joséphine. Cette dernière assure à madame de Montmorin sa protection financière durant tout l'Empire : elle lui alloue la plus grosse des pensions de sa clientèle. L'influence de cette tante est probablement décisive pour l'engagement tardif mais réel de Verteillac sous l'Empire. Nommé membre du conseil d'arrondissement de Rambouillet (Yvelines) le 14 juillet 1812, il profite de la politique de ralliement de l'ancienne noblesse menée par l'Empereur qui le fait chambellan par décret du 29 mars 1813 puis comte d'Empire par décret, non suivi de lettres patentes. En janvier 1814, il est nommé chef de la légion de la Garde nationale du département de Seine-et-Oise. Le dernier jour de l'Empire, le 5 avril 1814, il obtient la Légion d'honneur et, présent à Fontainebleau, témoigne avec panache de son « dévouement sans bornes » à l'Empereur. Une correspondance privée, celle d'Alexandre Dauvillier, payeur de la Vienne, illustre sa réputation de bonapartiste en se faisant l'écho de rumeurs ; il écrit le 10 avril, au sujet de l'impératrice : « [...] elle est au château du Fou chez M. de Marsillac [sic], gendre de M. de La Roche du Maine, qui était son premier écuyer ». Cet engagement patent ne l'empêche pas de revenir en grâce lors de la première Restauration. Présenté en 1814 au comte d'Artois, lieutenant général du royaume, celui-ci lui déclare avec ambiguïté : « J'aimais beaucoup votre père. » Il est nommé officier de la Légion d'honneur le 17 août 1814, nette confirmation de la décision impériale si récente. Pour obtenir la croix de chevalier de l'ordre de Saint-Louis, il est recommandé en octobre 1814 par le major général comte Dessolle, l'inspecteur général de la Garde nationale à cheval, le comte de Castries, le maréchal de camp comte de Talleyrand. Il rappelle alors l'émigration de son beau-frère et les campagnes menées par ses trois neveux dans l'armée russe, morts l'un à Austerlitz, un autre à Leipzig. Le seul survivant, Alphonse-Gabriel-Octave de Broglie, prince de Revel, rentré en France en 1816, deviendra en 1826 commandant de l'école de Saint-Cyr et renouera des liens étroits avec Verteillac. Ce brillant rétablissement est rompu par les Cent-Jours. Contre toute prudence, il est élu député par l'arrondissement de Rambouillet le 12 mai 1815, avec 34 voix sur 45 votants et 86 inscrits. Son fils aîné César-Augustin, âgé de 17 ans, dans le même temps sert dans les pages de la Maison impériale. Aussi la seconde Restauration lui est-elle moins favorable. Il lui faut attendre janvier 1817 pour devenir chevalier de Saint-Louis et obtenir le grade honorifique de chef d'escadron sans appointement ni pension. Il faut dire que dans un opuscule, publié en 1818, Observations sur la note secrète, il dénonce les ultras, et récidive les deux années suivantes dans de courtes publications. Aussi la carrière militaire de ses fils est freinée, malgré ses sollicitations inlassables et vaines dans sa correspondance au ministère de la Guerre, rappelant les bravoures de ses aïeux et les martyrs familiaux de la Révolution et de l'Empire. César-Augustin de Verteillac, bien que polytechnicien et ayant fait la campagne d'Espagne en 1823, reste lieutenant jusqu'en 1830 ; il est promu capitaine au lendemain de la révolution de Juillet. Durant cette période, les séjours de Verteillac dans son château du Fou se prolongent, au point de devenir presque définitifs après 1828, lorsqu'il eut marié sa dernière fille. Seule consolation due à son rang, le sous-préfet appuie fortement et avec succès sa candidature comme maire cette même année. Là encore, il fait figure d'opposant et est révoqué par décision du ministre de l'Intérieur le 1er juillet 1830. L'arrêté est abrogé dès le 17 août et il est rétabli dans ses fonctions par le nouveau régime. Consécration tardive, il est élu en 1833 membre du conseil général de la Vienne dont il devient ainsi le doyen. Il exerce ses fonctions jusqu'en 1848. Ses soucis ne sont plus désormais que d'ordre personnel : la mésalliance de son dernier fils Victor-Gabriel avec une roturière, veuve et plus âgée. Mais surtout son impécuniosité chronique, sans doute explicable par son train de vie. Il emprunte 130000 francs à la famille Barentin de Montchal par acte du 10 juin 1833, ce qui l'oblige à hypothéquer la terre du Fou, avec toutes ses annexes situées sur les communes de Vouneuil-sur-Vienne, Moussay, Cenon, Naintré, Saint-Cyr, Dissais. Cette terre était déjà grevée d'hypothèques remontant aux années 1808, 1811, 1822, 1832 ; l'emprunt de 1833 a pour but essentiel d'éteindre les dettes précédentes, d'autant plus qu'à la même période le marquis de Verteillac et son épouse vendent leurs biens patrimoniaux. Pour elle, la terre d'Appelvoisin dans le département des Deux-Sèvres, et pour lui, le restant de la forêt de Saint-Jame en Périgord. Enfin en novembre 1833 le couple vend aux enchères une partie du domaine du Fou, commune de Saint-Cyr. En partie ruiné, Verteillac concentre ses activités sur la gestion de son domaine poitevin. Ultime geste politique du vieillard, le 15 octobre 1852, revêtu de son habit de cour, il accueille le prince-président en gare de Châtellerault et l'exhorte à rétablir le trône de son oncle. Au total, un parcours politique semblable à celui de son beau-frère Achille-Louis-Eustache-François, baron de Borne de Saint-Sernin (1761-1820), grand notable du département de l'Indre-et-Loire : même milieu militaire à l'origine, même ralliement à l'Empire caractérisé par les mêmes honneurs à la Cour, même train de vie entre Paris (Verteillac demeurait 5, rue des Saints-Pères) et la province, mêmes fluctuations en 1814 et 1815, soldées par la même amertume. Ressort commun à leurs destins, ils tiraient leur fortune des deux sœurs La Roche du Maine, épousées à quelques jours d'intervalle. Le contrat de mariage de Verteillac, signé le 18 germinal an III, 7 avril 1795, marque cependant des limites : « [...] la future épouse se marie dans tous les biens et droits qui lui appartiennent. » C'étaient les successions attendues de sa mère pour une moitié - celle de son père étant alors sous séquestre -, le quart de celle de son grand-père, le sixième de celle de sa tante ; le contrat établit la liste de ses meubles parmi lesquels la bibliothèque, de toute évidence paternelle, caractérisée par l'abondance des livres historiques et des livres de géographie. Car la famille de La Roche du Maine sans doute méfiante sur la réputation du futur marié, avait imposé la séparation des biens. Aussi, dans son château du Fou, le marquis de Verteillac n'est qu'un usufruitier ; assez symboliquement il disparaît peu de temps après le décès de son épouse, survenu à Paris le 21 janvier 1854. Les trois enfants survivants s'empressent de vendre le château l'année suivante, rompant ainsi les liens avec leurs ascendances poitevines. La déclaration fiscale faite en 1855 estime les mobiliers à 22000 francs (après inventaire fait en mars 1854 par Me Champigny, notaire à Châtellerault, non déposé) et le capital du château et du domaine encore conservé à 329 740 francs. Le marquis de Verteillac laissa de son mariage quatre enfants dont trois conclurent de prestigieuses alliances : Césarine-Fortunée-Marie-Charlotte (Paris VIIIe, 17 avril 1796-5 août 1885), mariée à Paris Xe le 8 juillet 1822 à Amédée-Jean-Antoine de Gars, vicomte de Courcelles. Leur fille Marie-Élisabeth-Antoinette épousa à Paris en 1853 Marie-Anne-Antoine Ysoré d'Hervault, marquis de Pleumartin, noble du Poitou. Angélique-Herminie (Paris, Ier, 17 juin 1797-VIIe, 31 janvier 1881), épousa en premières noces le 10 avril 1828 à Paris Marie-François-Félix Chevalier de Bourbon-Conti, maréchal des camps et armées du roi, fils reconnu de Louis de Bourbon, prince de Conti, et en secondes noces à Paris Xe le 18 août 1841 Louis-François Sosthènes de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville ; sans postérité de ces deux mariages, Herminie de Verteillac fut poétesse et journaliste. César-Augustin (Paris Ier, 14 décembre 1798-VIP, 10 octobre 1887), capitaine d'artillerie puis rentier, marié en premières noces à Versailles le 10 juin 1844 à Caroline-Ferdinande-Adélaïde-Louise de Montalembert d'Essé, et en secondes noces par contrat de mariage du 3 juillet 1850 chez Me Charon à Anderluen (Belgique) avec Marie-Henriette de Leuze. Sa fille unique du second lit épousa en 1872 le duc de Rohan-Chabot. Victor-Gabriel comte de Verteillac (Paris Ier, 1er juillet 1800-Naples (Italie), 18 février 1850), marié à Toul en 1828 (contre la volonté de son père) avec Marie-Josèphe Vincent, veuve de François Balland, quitta la carrière militaire à l'occasion de ce mariage. Sous la monarchie de Juillet, il fut sous-préfet de Rochechouart, La Tour-du-Pin et Saint-Omer, et enfin préfet de la Haute-Saône de 1847 à 1848. Sans postérité.

Source : Louis Bergès, Guy Chaussinand-Nogaret.