En me donnant sa fille en mariage, M. de la Vallade espérait retrouver en moi un fils, qu'il avait perdu bien malheureusement à Périgueux ; nous vécûmes toujours ensemble, de manière à prouver que ce n'était pas de sa part une vaine illusion. Ma femme avait été élevée dans un couvent, à Angoulême, sous les auspices de madame de Chabrol, sœur du respectable chevalier de ce nom, que j'eus depuis l'honneur de connaître beaucoup, et qui venait parfois dans mon voisinage voir la comtesse de la Ramière ; elle avait puisé toutes les vertus de son sexe, et toutes les qualités de bonne fille, de bonne épouse, de bonne mère, et de bonne maîtresse de maison. Depuis longtemps orpheline de mère, elle avait perdu son aïeul maternel, M. Lidonne de Puifranc, remarié, et ayant de son second mariage une autre fille, qu'il avait instituée son héritière universelle. M. Puifranc avait ainsi laissé deux filles ou leurs représentant, avec une assez belle fortune. D'après les lois peu libérales d'autrefois, il avait pu donner à sa plus jeune fille, madame de Lépine, les cinq sixièmes de cette fortune, tandis que l'autre n'en aurait qu'un sixième. Mais il était venu gendre chez sa première femme, au lieu noble de Lafarge (dans cette même maison qu'habite aujourd'hui ma bonne Vernille, ma fille aînée) ; il y avait fait beaucoup d'acquisitions particulières, qu'il s'agissait de distinguer des propres de son épouse ; de là un procès de liquidation : procès d'autant plus difficile, que le mélange et la confusion des biens remontaient à une époque déjà ancienne. Ce procès, après avoir été jugé en faveur de mon épouse, au siège seigneurial de Piégut, était pendant par appel au sénéchal de Périgueux, à l'époque de mon mariage ; il convenait de lui donner mes premiers soins ; je fus donc obligé de renoncer, pour ainsi dire, à ma clientelle de Limoges. Je remplaçai dans cette défense M. Latour, tandis que madame de Lépine, tante et partie adverse de mon épouse, était défendue par M. Bayle de la Grange, son parent, avocat du roi au présidial de Périgueux : par un abus que la révolution a supprimé, les gens du parquet pouvaient alors plaider ou écrire dans les affaires où le ministère public n'était pas intéressé.