Déjà le comité de Nontron avait envoyé plusieurs prétendus suspects à Paris, c'est-à-dire à l'échafaud. M. de Saint-Martial, ce nouvel avocat des pauvres, si bienfaisant, si recommandable à tous égards, fut long-temps défendu par sa popularité ; mais il était mal recommandé par sa fortune et son ancienne présidence d'une cour souveraine, il fut arrêté à son tour. Comme il était souffrant de la goutte, on l'avait déposé dans une auberge, sous la surveillance d'une garde particulière. J'allais l'y voir le plus souvent lorsque j'allais à Nontron. Il me témoigna un jour son impatience d'être jugé, n'ayant rien, disait-il, à se reprocher ; et qui le savait mieux que moi ? Je l'engageai à patienter le plus possible. Enfin son tour arriva lorsque Robespierre venait de tomber ; mais la cruelle guillotine avait gardé quelque temps encore son mouvement destructeur ! M. de Saint-Martial se trouva de la même fournee que le célèbre arrêtiste M. Sirey et M. Moulin de Périgueux, jeune avocat de si grande espérance ; et que MM. Pipaud, de Thiviers, et Lambertie, de Limoges ; ces trois derniers furent victimes, les deux autres eurent le bonheur d'échapper. M. de Saint-Martial, à son retour de cette boucherie, me fit l'amitié de venir me voir à la campagne ; combien j'eus de plaisir à embrasser ce pauvre ressuscité. Un peu avant les plus mauvais jours, j'avais fait avec lui un arbitrage, entre le vieux marquis de Chapt et la veuve d'Odet son fils unique, décédé sans enfans au château de Laborie près de Brantôme. Cette dame, née Debrosses, épousa ensuite M. le comte Trion de Montalambert, que je vis depuis, sous l'empire, questeur du corps législatif. Cette circonstance m'avait mis en relation avec le vieux marquis, dont le frère, archevêque, avait été septembrisé aux carmes de la rue Vaugirard. J'allai deux fois le voir dans son château de Bernardières dont parle Brantôme, pour avoir eu l'insigne honneur d'être assiégé par Duguesclin. Le marquis de Chapt, n'ayant point d'enfans, épousa dans la suite, in extremis, une jeune parente, née Chaban (aujourd'hui madame de Belussière), à laquelle il laissa de grandes terres, mais aussi avec de grandes charges.