La constitution civile du clergé l'avait divisé en deux partis très-opposés : les prêtres insermentés qu'on allait bientôt déporter et ceux qui crurent trouver le repos en prêtant le serment ; mais les habiles ne voulaient ni des uns ni des autres. Notre vénérable curé de Pluviers, M. Basset-des-Rivailles, m'ayant un jour demandé mon avis sur cette grande controverse, je sais, lui dis-je, combien vous êtes attaché à vos paroissiens, et vous savez combien vous leur êtes cher. A votre place, je me jetterais aux pieds de mon crucifix ; j'y prierais Dieu de m'éclairer, et si en me relevant, je n'éprouvais pas une forte répugnance à prêter le serment, je le prêterais. Ce bon pasteur resta ainsi dans sa paroisse ; mais les temps devinrent si mauvais qu'il fallut se retirer dans sa famille au Forestier. Le lendemain de son départ fut un jour de deuil dans la commune. Un grand nombre d'habitans et surtout de simples cultivateurs s'étaient réunie dans l'église. J'y allai moi-même pour observer ce qui se passerait ; madame Durepaire s'y était aussi rendue : au milieu de la douleur publique, elle m'engagea à monter dans la chaire pour donner à ces bonnes gens quelques paroles de consolation et d'espérance ; ce que je fis de mon mieux dans l'idiome du pays. Dès-lors les autels du Christ et de la Vierge furent envahis par les déesses de la raison. Mais ces misérables jongleries tombèrent enfin dans le dégoût, les vrais autels se relevèrent et notre bon curé revint. Lorsque dans la suite j'étais préfet à Chambéry, je me rappelle que cet excellent prêtre m'écrivait qu'il ne m'oubliait point dans les memento efficaces. Et certes il n'en est point en qui j'eusse plus de confiance que dans les siens. Le prieur Bourdeau avait fait comme M. Basset ; quand la place ne fut plus tenable, il s'était retiré dans mon petit castel de Ladomaise ; mais il était là trop près de Saint-Barthélemi. Il fallut se retirer dans sa famille à Rochechouart, non sans l'espoir de revenir un jour à son presbytère, ce qui n'a jamais pu se réaliser.