Il fut un temps, pendant lequel le cours de la justice avait été suspendu dans la Dordogne, en vertu d'un arrêté de je ne sais quel représentant. Tous les procès devaient être jugés par des arbitres ; et quand le litige existait entre des parens ou co-héritiers, les arbitres prononçaient en tribunal de famille. La régie avait mis sous le séquestre le château de Nontron et ses dépendances, comme faisant partie du domaine public. Cette propriété avait passé de M. de Laramière aux enfans mineurs Mazerat. Le procès devait être jugé par deux arbitres respectivement nommés et en présence du commissaire du pouvoir exécutif. La régie avait nommé pour son arbitre l'avocat Duchasseing ; je fus prié d'être celui des mineurs. Les temps étaient des plus mauvais ; je m'excusai auprès de madame Mazerat, tutrice de ses enfans (par ce motif qu'elle avait dans sa propre maison deux avocats bien capables de la défendre, M. Mazerat, son beau-frère et M. Delage). A mon premier voyage, j'allai lui renouveler mes excuses, sur des motifs généraux. Je dinais, ce jour-là, chez M. l'avocat Feuillade. A la fin du dîner, dans un moment où M. Feuillade et moi étions seuls à causer, madame Mazerat vint encore me renouveler sa demande. Cette fois, je lui parlai des deux défenseurs qu'elle avait à sa disposition... Voyant alors couler des larmes, je m'empressai de lui dire que je me chargeais de sa défense. Il me fut ensuite remis an bon nombre de vieux titres, provenant du Chartrier de Peucharnaud. D'après leur examen , la prétention de la régie me parut mal fondée, en ce que la baronnie de Nontron, vendue en 1600 par Henri IV à Elie de Collonges, provenait de Marguerite de Bourbon, sa sœur, au nom de laquelle Henri l'avait vendue. C'est en ce sens que je rédigeai un mémoire pour écarter la domanialité. La discussion eut lieu en présence du commissaire exécutif. Il y eut partage ; ce partage fut ensuite vidé à l'avantage des mineurs, et la saisie nationale fut annulée.