Nous étions partis de Bergerac avec M. de Rastignac et son régisseur, pour venir coucher à Villamblard ; nous y trouvâmes plusieurs commissaires-voyers que Lakanal envoyait dans tous les cantons, pour presser l'exécution de son arrêté relatif à la réparation des routes. C'était l'auberge pleine ; malgré le nombre des voyageurs, le souper fut satisfaisant et surtout bruyant. On chanta force chansons patriotiques ; on dansa ensuite avec la demoiselle et les filles de l'auberge. Quand nous arrivâmes à Nontron, on y avait arrêté, depuis quelques heures seulement, deux officiers municipaux destitués (M. Duboffranc, ancien subdélégué et M. Mazerat, ancien juge). Nous étions porteurs de la parole du représentant, que tout devait rester en l'état, jusqu'à ce qu'il vînt à Nontron. Je fus appelé au comité pour attester la chose ; mais le comité persista à dire froidement : Nous avons le pouvoir de lier et non de délier. Par suite de cette arrestation précipitée, le malheureux Duboffranc alla peu de mois après porter sa tête sur l'échafaud. M. Mazerat, en sortant de prison, se retira à Paris, où il avait épousé une jeune femme, aussi honnête qu'elle était aimable et bonne ; il y fut nommé juge au tribunal de la Seine et mourut quelque temps après. A mon retour à Puiraseau, j'allai travailler à la corvée pour réparer les chemins de notre commune ; j'y avais amené dans un tombereau ma femme et mes enfans, pour qui c'était une fête. De son côté, madame la comtesse de Laramière, affublée d'un petit tablier de chambrière, s'était rendue avec sa fille, depuis madame de Wismes, à l'atelier le plus voisin. Ce grand œuvre devait être terminé au-bout de trois jours, et chaque canton en dressait procès-verbal. Dans celui de Bussière, comme sans doute dans tous les autres, les travaux étaient loin d'être achevés. Le rédacteur du procès-verbal hésitait à ce sujet, lorsque l'honnête voyer lui dit : Mettez que tout est fini, Lakanal le veut ainsi.