30 décembre 2015

Rebellion au paiement de l'impôt

A Saint-Martin-le-Pin, le dimanche 10 juillet 1791, au cours de la messe, la lecture d'une lettre relative au paiement de la dîme aux propriétaires provoque des murmures et des protestations. Cholet jardinier du sieur Texier crie que les paysans étaient bien sots de payer la dîme à leur maître qui partageait déjà tout avec les métayers. Le tumulte se poursuit après la messe devant l'église où se produit une altercation entre Pierre Lavaud dit «Petit Mosieur», 63 ans, métayer du sieur de Verteillac à Chez Thomas et Patoureau des Cases le maire qui rappelle que la dîme doit être payée au maître. Lavaud rétorque qu'il aimerait mieux donner 12 sols au curé qu'un seul sol au maître, ajoutant qu'il ne fallait pas payer non plus la rente (fermage), prélevée avant le partage (le maître payait aussi la moitié de la rente) affirmant aussi qu'il ne fallait plus payer la taille. Puis, rentrant chez lui à Chez Thomas, il continue à tenir les mêmes propos à Marie et Arnaud Durand ajoutant d'après Pierre Janvier (tous de Chez Thomas) que si on voulait le croire, on tuerait tous ces messieurs à commencer par le curé, le propriétaire, le maire et que si toutes les paroisses en faisaient autant, les paysans deviendraient les maîtres... Le 14 juillet suivant, jour de la fête de la Fédération, durant la messe, Lavaud et quelques autres sortent de l'église pour ne pas prêter le serment civique ; le curé et le maire essaient de les faire rentrer, mais Lavaud fait celui qui n'a pas compris étant un peu court d'oreilles et recommence à dénoncer dime, rente et autre taille pour finalement colleter le maire en le secouant avec force. Lavaud est arrêté et conduit à la prison de Nontron où il est inculpé de crime de sédition et d'émotion populaire (Pierre Janvier dira que Lavaud et les autres paysans étaient de sales bêtes...).

Source : Nontron et le pays nontronnais, de Jacques Lagrange.

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23 décembre 2015

Les boulangeries de Nontron en 1817

Les boulangers de Nontron demandent que la taxe au kilogramme soit fixée à 57 centimes 1/2 pour le pain blanc, 47 1/2 pour le pain second, 35 pour le pain noir de seigle et méteil. Cette taxe est acceptée par le maire et le sous-préfet mais, pour la compenser, une souscription permettra de distribuer aux pauvres environ 160 livres de pain gratuit. La nouvelle majoration de 1 liard par livre, prise le 7 avril 1817 et nécessitée par une hausse successive des grains pendant plusieurs marchés, met Nontron en effervescence. D'abord plainte est portée pour défaut de cuisson. Pendant que le maire Bussac escorté de son adjoint, du juge de paix, des gendarmes, saisit des tourtes de pain litigieuses dans les boulangeries, la foule que les femmes surexcitent l'injurie. Le pain confisqué est distribué séance tenante, aux indigents — il était donc comestible ! — et une accalmie se produit de courte durée. Des énergumènes envahissent la mairie et exigent une baisse immédiate de 2 liards jusqu'à la Saint-Jean. Le rétablissement de la taxe de la veille n'est pas agréé par les meneurs. Le maire se retire. Les ouvriers de la ville et quelques paysans des environs l'escortent, le menacent et assiègent sa maison, tandis que le tocsin sonne. Bussac fils serait décidé à frapper d'un sabre les émeutiers qui réussiraient à enfoncer la porte que les coups ébranlent. Il est désarmé par Tourny qui, vu du dehors l'épée en mains, détourne sur lui la fureur. La foule se précipite chez lui, pille les provisions de bouche, monte de la cave une barrique de vin qu'elle n'a pas le temps de vider en entier, chassée qu'elle est par le sous-préfet et le juge de paix. Le conseil municipal consent aux réductions imposées. L'émeute s'apaise dans les cris de joie. La taxe de la veille néanmoins est maintenue pour les étrangers de la commune ; « elle est réduite de 3 liards et ramenée à 4 sols 1 /2 en pain second pour la classe la moins aisée qui se munira de bons à la mairie et la commune paiera la différence des 3 liards ». Un mandat d'amener n'en est pas moins signé le 16 avril contre 13 accusés dont Martial Groslhier. Une agitation larvée se prolonge et proteste contre la fabrication du pain de troisième qualité, « préparé avec du son », affirme-t-on. La mairie se soumet aux injonctions et saisit douze sacs de son chez deux boulangers, pour qu'ils soient employés « au profit de la classe indigente », qui alors n'aurait plus protesté de manger gratuitement du son ! Cependant les boulangers rentrent en possession de leurs sacs, sur preuves que le son était réservé à leurs cochons. La répression de l'émeute du 7 avril par la justice est rapide. Le tribunal exceptionnel de la cour prévôtale, en vigueur en ce temps, se réunit le 16 mai suivant, sous la présidence du colonel de Montille. Neuf prévenus sont relaxés pour charges insuffisamment prouvées ; Marmiton, de la Maladrerie, est condamné aux travaux forcés à perpétuité ; Guérin dit Bourguignon, à dix ans de réclusion ; Jean Fargeas à six ans et Péry à cinq ans de la même peine. Le 17 mai tous les quatre sont exposés au carcan, devant une foule immense venue même des communes les plus éloignées de l'arrondissement.

Source : La seconde restauration en Périgord, de Georges Rocal.

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Un soldat charentais à la bataille de Canope

Mots-clés : Pierre Poitevin (1775-1850), volontaires, bataillons, révolution (1789), La Rochefoucauld (Charente), Valenciennes (campagne), Vendée (insurrection), Italie (campagne), Égypte (campagne), sous-lieutenant (grade).

Pierre Poitevin est né le 1er avril 1775 à La Rochefoucauld en Angoumois. Son père, Pierre Poitevin (1728-1786), est notaire et procureur du duché de La Rochefoucauld. Sa mère, Marie Vidaud (1737-1791), est originaire d'Agris.

Le 17 octobre 1791 a lieu la formation du 1er bataillon de volontaires de la Charente (1). Il l'intègre comme soldat et se trouve au siège de Valenciennes en 1793, lors de la campagne de Flandre.

Il est ensuite envoyé combattre l'insurrection royaliste en Vendée, déclenchée la même année.

Capturé en 1795 par les Chouans, il est rapidement libéré, et peut participer aux campagnes de l'armée républicaine en Italie, de 1796 à 1797, puis en Égypte de 1798 à 1801.

Il est nommé officier (sous-lieutenant) après la bataille d'Alexandrie (2), le 29 mars 1801, pour une action d'éclat.

Le 20 décembre 1802 (29 frimaire an XI), il épouse Elizabeth Guerry-Duclaud, fille d'Antoine Guerry-Duclaud, marchand, notable, et Marie Migeon.

En 1803, il démissionne de l'armée, s'associe avec son beau-père et s'établit à La Rochefoucauld (3).

Avec sa femme, ils ont au moins une fille, Marie Poitevin, mariée le 18 septembre 1822 à La Rochefoucauld, avec François Migeon, originaire de Baignes, négociant, dont postérité.

Il meurt le 8 juillet 1850, à l'âge de 75 ans, au domicile de son cousin Cambois, rue Saint-Florent, à La Rochefoucauld (4).

Ce texte fait partie d'une série de cinq portraits réalisés par Julien Roland.

Notes :

1. Jean Léchelle (1760-1793), de Puyréaux, et Pierre Fureau (1760-1795), de La Rochette, en sont les lieutenants-colonels. Son bataillon prend le nom de 4e demi-brigade d'infanterie légère en 1796-1797 (an V) avec pour chef de brigade (colonel), Mathieu Lacroix (1761-1822), de La Rochefoucauld.

2. Dite Bataille de Canope, elle a lieu le 21 mars 1801. C'est une défaite française et la dernière bataille de la campagne avant le siège d'Alexandrie et le rapatriement des troupes. Les généraux français François Lanusse (1772-1801) et anglais Ralph Abercromby (1734-1801) sont mortellement blessés.

3. La maison de négoce est l'ancêtre de la fabrique de toiles et rubans Migeon-Poitevin, rue de Liancourt, à La Rochefoucauld, récompensée en 1859 à l'exposition de Bordeaux.

4. Registre d'État-civil, archives départementales de la Charente.

philip_james_de_loutherbourg_-_bataille_ de_canope_21_mars_1801 Illustration : représentation de la bataille de Canope, par le peintre Philippe-Jacques de Loutherbourg (1740-1812).

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