Soldat à l'origine, son premier devoir était de défendre les habitants de son fief ; ce qu'il fit à l'époque féodale : l'église et le logis seigneurial étaient les refuges naturels des paysans menacés ; par la suite, la maréchaussée et les soldats du roi suffisaient à assurer l'ordre intérieur.

Le seigneur devait toujours répondre à l'appel du roi ; lui-même et ses fils servaient souvent comme bas officiers, et nombres de cadets de la maison de la Rochette moururent au combat ou dans les hôpitaux : c'était l'impôt du sang.

Le seigneur de la Rochette devait aussi rendre hommage à son suzerain immédiat, le comte puis duc de la Rochefoucauld ; à chaque mutation il devait fournir le dénombrement de son fief.

Ainsi le 17 août 1606, Jehan Frotier rendit foi et hommage de son fief de la Rochette, à Angoulême.

Dans l'état du revenu des domaines du roi et duc de la Rochefoucauld, il est écrit pour l'année 1661 « La Rochette, Villars, Terrebourg et autres fiefs exploités en Braconne sont possédés par Roc Frotier Tizon seigneur de la Rochette et sont mouvants de sa majesté à hommage lige au devoir et commission de 8 sergents, et de M. le duc de la Rochefoucauld ; il plaira à la chambre de décharger le devoir ainsi qu'elle jugera à propos ; ledit hommage, adveu et devoir n'ont pas été faits depuis le 11 octobre 1476 ».

Leurs droits étaient d'abord honorifiques ; dans l'église, leur banc était au premier rang ; une litre funéraire, bande noire portant leur blason, faisait tout le tour de la nef. Ils avaient aussi un droit de sépulture dans l'église, comme nous l'avons vu. Leurs droits seigneuriaux étaient donc le cens, l'agrier ou champart et les lods et ventes ; s'y ajoutait le droit de prélation ou de retrait féodale ; le seigneur pouvait pendant cinq à dix ans racheter toute terre vendue dans sa mouvance, sous réserve d'en rembourser le prix et les « loyaux coûts  » ; en fait ce dernier droit fut vite acquis par les roturiers sous la forme de retrait familial.

Le seigneur seul possédait le droit de chasse ; son droit de pêche s'étendait depuis le gué de Villemalet jusqu'au pont de Coulgens, soit sur tout le cours de la Tardoire dans la paroisse ; au XVIIIe siècle, à la requête du seigneur de la Rochette, le maître des Eaux et Forêts d'Angoumois eut à sevir contre ceux qui pêchaient au tramail dans la rivière ; le seigneur seul pouvait posséder un colombier ; mais très vite ce droit cessa d'être exclusif.

Il ne levait pas lui-même ou par ses domestiques son droit de champart, il l'affermait.

Le 20 avril 1630, Roc Frotier Tizon affermait à Gérard Desforges, marchand, à Catherine Desbrandes sa femme et Denis Lurat leur gendre demeurant à Angoulême, tous les fruits revenus et émoluments de la seigneurie de la Rochette, Terrebourg et Villars, dans les paroisses de Saint-Ciers, Saint-Angeau, Coulgens et Villars ; ferme faite pour cinq ans et 2.200 livres par an ; le bailleur se réservait la maison seigneuriale et ses dépendances, le grand jardin, la vieille vigne, la gerenne, la fuye, le bois de chauffage dans la garenne et le moulin.

De même en 130, il affermait à un laboureur de Saint-Angeau, les petites dîmes qu'il partageait avec le curé de Saint-Angeau dans cette paroisse ; au temps des guerres de religion en 1568, les seigneurs de la Rochette et de Saint-Amand de Bonnieure avaient usurpé la majeure partie des dîmes de Saint-Angeau, et le curé du lieu les recouvrit imparfaitement après 1630.

Le 30 mars 1631, Roc Frotier Tizon affermait sa réserve, la métairie en face du logis, à Jeanne Jonquet et à Jean Benoit son gendre ; il leur fournissait plusieurs prés pour nourrir le bétail et des bois ; le produit des vaches, des cochons, des 40 chefs de brebis et des chèvres, serait partagé par moitié ; le preneur fournait au bailleur 4 pourceaux et 6 oies ; il lui paierait chaque année 6 boisseaux de froment, 6 de baillarge, 2 de seigle ou méteil, 6 d'avoine comble, 12 chapons à la Saint-Michel, 2 douzaines de poulets, 6 douzaines d'œufs et une douzaine de fromages. Tous ces produits seraient portés au logis, ainsi que la moitié des noix bien écallées ; le preneur ferait les charroix nécessaires au bailleur, mais pourrait en faire 4 par an, limités à 4 lieues, pour ses propres besoins ; le preneur paierait ses tailles et sa portion des rentes et agriers ; il porterait le fiant sur les terres de la métairie ; il planterait des arbres, et à son départ devrait laisser 4 journaux de terre en guéret ; les preneurs logeraient dans la métairie. Ferme faite pour cinq ans, 5 cueillettes consécutives, suivant la formule habituelle.

Il s'agit donc d'un métayage à moitié des fruits ou à peu près.

En 1642, Roc Frotier Tizon affermait pour un an à Roc Boissier, garde des Eaux et Forêts une partie des rentes de sa seigneurie pour 525 livres.

Roc Frotier Tizon mort en 1657, son fils Clément appelé le seigneur de Villars lui succéda ; sa femme Antoinette Catrix épousée en 1642 lui avait apporté en dot la maison noble et seigneurie de Barqueville. Antoinette Catrix mourra en 1653, trois semaines après un accouchement, peut-être d'infection puerpérale, laissant plusieurs enfants dont un Roc qui suivra.

Après le décès de sa feme, Clément Frotier Tizon aura de Ozanne Clément, sa servante maîtresse, originaire de Sainte-Colombe, plusieurs bâtards élevés au logis ; l'un d'eux Louis, Sieur de Savignac sera doté par son père.

Parmi les serviteurs du logis de cette époque, se trouvaient les régents successifs des enfants, Thomas Pradelle, puis Jean Bouyle et Joseph Ballet ; étrangers à la paroisse, ils y avaient été appelés pour l'instruction des enfants ; Pierre la Ramée était domestique, Barthélémy Dubois jardinier, et Marie Gourineau nourrice.

A Clément Frottier Tizon, succédera un autre Roc, son fils aîné ; ce Roc, épousera en 1666 Anne-Marie Chesnel ; mais déjà la seigneur de la Rochette avait de sérieux ennuis.

En 1674, il avait fallu échanger la seigneurie de Barqueville et Flaville, paroisse de Bonneuil, héritée de la grand'mère Antoinette Catrix, pour celle de Villars, de valeur moindre ; 7.000 livres étaient dues à divers créanciers et parmi eux Thomas de Girac ; et il fallait munir d'équipages, d'armes et de chevaux, deux fils cadets prêts à partir pour le service du Roi. Roc mourra en 1693.

Source : La Rochette, de James Forgeaud.