10 septembre 2015

Des rives de la Charente à celles de l'Artibonite

L'émigration angoumoisine, qui se dirigeait presque exclusivement vers le Canada (6) depuis 1650, s'en détourna au milieu du XVIIIe siècle, sitôt que s'y précisa la menace anglaise. Dès lors, le flot des colons charentais s'écoula vers les Antilles, avec une nette préférence pour Saint-Domingue.

Certes, les Angoumoisins n'avaient point attendu la guerre de Sept ans pour fréquenter cette île, mais la période s'étendant de 1753 à 1774 marque vraiment l'apogée de leur immigration. Durant ces vingt années, on partit pour les Isles d'Amérique comme, cent ans plus tard, on allait s'embarquer pour la Californie ou le Klondike. Mais, dans cette préfiguration de la ruée vers l'or, celui-ci était représenté à Saint-Domingue par la canne à sucre, le pétun, le café, la cacao et l'indigo.

Les archives notariales de la Charente nous ont permis de suivre l'évolution de cet exode et d'en mesurer l'ampleur.

Dans les dernières années du règne de Louis XIV, quelques précurseurs avaient pris passage pour les Antilles, après avoir minutieusement réglé leurs affaires en France, pour le cas, toujours possible, d'une disparition prématurée, car les mers étaient peu sûres et le climat torride des îles passablement meurtrier. Plusieurs de ces pionniers y avaient effectivement trouvé une mort obscure. D'autres, plus heureux, après y avoir édifié leur fortune, étaient revenus en France pour y acquérir de bonnes terres, comme ce capitaine Gabriel Delavigne, commandant du Cul-de-sac-François, à la Martinique, qui s'était offert, vers 1700, pour 65.000 livres, la belle seigneurie de la Mothe- Charente, en Angoumois.

D'aucuns, désireux d'étendre leur exploitation, avaient chargé quelque correspondant de la Métropole de leur recruter de la main-d'œuvre spécialisée. Ainsi, s'était conduit Alexandre Cazeau de Roumillac, gendre de François Benoit des Essards, riche marchand de soie et banquier d'Angoulême. Installé dans l'île de Grenade, sur la côte de Saint-Domingue, il avait confié à son beau-père la mission de lui procurer des ouvriers.

Les colons se recrutaient dans toutes les classes de la société, mais à leur tête venait naturellement la noblesse, plus soucieuse généralement de rétablir une fortune dangereusement ébranlée par le système Law ou le faste de Versailles, que véritablement tentée par le risque de l'aventure.

Ces gentilshommes, qui fournissaient les cadres du gouvernement, de l'armée et du clergé coloniaux, constituaient l'élite de cette société policée, frivole et aimable qui s'était organisée au Cap-Français, à l'image de la Cour.

L'aristocratie de l'Angoumois y était très honorablement représentée, si l'on en juge par ceux de ses membres que nous connaissons.

Charles de Devezeau, chevalier, seigneur de Rancogne, était lieutenant de marine à Saint-Domingue lorsqu'il s'engageait, le 24 avril 1701, à y transporter, sur les vaisseaux du Roi, les 6.074 livres de marchandises acquises par Louis Guiton, écuyer, seigneur du Tranchard et de Fleurac (en Angoumois), et à les écouler dans cette île, moyennant participation aux bénéfices réalisés.

Charles de Devezeau se maria en 1702, à Saint-Domingue, avec Marie-Charlotte de La Place, que nous présumons apparentée à l'ancien gouverneur de la Tortue, Frédéric de La Place. Il avait eu un fils, François-Louis de Devezeau, né et mort à la colonie (1704-1750).

Charles Guyot, chevalier, seigneur de la Mirande, gouvernait pour le Roi au Port-de- Paix, en 1710.

Pierre de Mons commandait au quartier du Port-au-Prince. Sa fille Marie-Louise- Jeanne, qu'il avait fait élever aux Tiercelettes d'Angoulême, se maria en 1765 avec Charles-Henry David, comte de Lastour, officier au régiment de Boulonnais.

Jacques de Conan, seigneur de Fontenille (en Champniers, Charente), épouse Catherine-Pantaléon de La Flèche-de-Grandpré, dont la famille richissime résidait, en 1772, au quartier Morin, paroisse Saint-Louis à Saint-Domingue.

Joseph-Alexis-Jérôme Robuste, écuyer, seigneur de Frédilly, chevalier de Saint- Louis, fut capitaine du détachement de la marine à Saint-Domingue. Il mourut à Angoulême en 1744. Son épouse, Catherine-Rose Thomin de la Ville-Laroche lui avait donné un fils, Jean-Louis-Joseph, qui demeurait à Saint-Domingue, en 1772, auprès de sa tante une demoiselle Robuste, mariée au sieur Lecomte, frère du curé de Tourriers (Charente).

Louis-Honoré de Froger, chevalier de Saint-Louis, lieutenant du Roi à Saint-Domingue, se maria en 1765 à Louise Achard-Joumard-Tizon d'Argence.

Le chevalier Alexandre de Culant, né en 1726, officier de marine, mourut aux Iles d'Amérique, célibataire.

François Vidaud du Dognon, dit l'abbé du Carrier (1764-1845), vicaire apostolique à Saint-Domingue pendant la Révolution, finit son existence à Angoulême, étant chanoine de la cathédrale depuis 1828.

Jean-Bernard Desmier d'Olbreuse était lieutenant de la marine du Roi d'Espagne lorsqu'il tomba aux mains des Barbaresques. Captif à Alger, il fut racheté par Charles IV et passa à Saint-Domingue vers 1792, où il décéda en 1800. De Jeanne-Marie de Fieux, il avait eu un fils, Jean-Eugène-Bernard, qui se réfugia en Charente après le soulèvement de la colonie. Sa sœur, Félicité-Eléonore, avait épousé Jean- Jacques de la Martellière, sous-commissaire de la marine et secrétaire général du gouvernement de Saint-Domingue.

(Les Cahiers de l'Ouest, 1954)

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08 septembre 2015

Le chapitre collégial de Notre-Dame de La Rochefoucauld en 1791

Philippe Fouchier, doyen, et, en cette qualité, curé d'Olérat.
Charles Gautier-Duménieux, grand chantre.
Jean Albert aîné, dit Péruzet, prêtre. — Sec.
Mathieu Grassin, prêtre. — Sec.
Pierre Jaulin, prêtre.
Pierre-André Rambaud, prêtre.
Roch Dulac, prêtre, curé de S.-Cybard de La Rochefoucauld. — Sec.
Pierre Sibilet aîné, dit de Labrousse, prêtre.
Mathieu Sibilet puîné, dit de l'Isle, prêtre.
Pierre Thibaud, prêtre.
Jean-Baptiste Veyret-Laîaye, prêtre.
Pierre Albert puîné, dit du Vignaud, minoré.

(Le clergé charentais pendant la Révolution, 1898)

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03 septembre 2015

Gardes du corps du roi et des princes

La dénomination de gardes du corps, en anglais lifeguard, en allemand Leibgarde, se confond dans ces langues, en russe, etc., avec ce qu'on appelle chez nous et ailleurs garde royale ou garde impériale. En Autriche, on se sert de celle de gardes-nobles, trabans, etc., etc. En France, c'était un corps de gentilshommes montés, organisés en compagnies et faisant le service dans l'intérieur des châteaux royaux près de la personne du roi et des princes, qu'ils devaient en outre escorter à leurs sorties, suivre et accompagner dans tous leurs voyages ou déplacements. Les gardes du corps tenaient le premier rang dans la brillante maison militaire de nos rois. A la guerre, ils servaient comme corps de cavalerie, et ils se sont illustrés en plus d'une occasion, surtout pendant les guerres du règne de Louis XIV.

Charles VII institua la première compagnie des gardes du corps : il la composa d'Ecossais d'une bravoure et d'une fidélité éprouvées, choisis parmi ceux que les comtes de Buchan et de Douglas avaient amenés en France pour aider le roi à chasser les Anglais de son royaume. Cette compagnie s'appelait la compagnie écossaise des gardes du corps du roi. Louis XI créa la 1re et la 2e compagnie française des gardes du corps, et François Ier la 3e compagnie. La compagnie écossaise, comme la plus ancienne, a toujours eu la droite sur les compagnies françaises, et le rang de celles-ci était déterminé par l'ancienneté de réception de leur capitaine. La compagnie écossaise fournissait en outre le premier homme d'armes de France et les 24 archers ou gardes de la manche, chargés d'accompagner le roi et de veiller plus particulièrement sur sa personne dans les grandes cérémonies publiques.

Les compagnies de gardes du corps faisaient le service par quartier. Le capitaine des gardes qui était de quartier ne quittait pas le roi depuis son lever ou sa sortie de sa chambre jusqu'à ce qu'il fût couché, et marchait toujours immédiatement après le roi et proche de sa personne, quelque part qu'il fût, à table, à cheval, en carrosse ou partout ailleurs. Brillantes prérogatives ! aussi les plus grandes illustrations militaires de tous les temps ont-elles ambitionné ce poste, qui leur donnait l'oreille du souverain.

Sous François Ier, chaque compagnie comptait cent gardes ; sous Charles IX, la compagnie écossaise n'était plus composée que de gentilshommes français ; sous Louis XIV, la reine-mère et le duc d'Orléans eurent chacun une compagnie de gardes du corps. L'effectif des gardes, sous ce prince, s'éleva à 1,600 hommes ; ce chiffre, en 1715, était réduit à 1,440, et ce nombre de gardes parait s'être maintenu jusqu'à la révolution de 1789. L'histoire des gardes du corps se rattache essentiellement à l'histoire intime de la cour de France. On ne peut nier que ce corps n'ait rendu de grands services à la couronne ; il se distingua en toute occasion par une fidélité à toute épreuve envers la famille royale, et en beaucoup de circonstances il a scellé cette fidélité de son sang.

Supprimés par larévolution, les gardes du corps reparurent avec la Restauration ; leur organisation définitive fut déterminée par une ordonnance du 30 décembre 1818. Par cette ordonnance, les gardes du corps du roi se composaient, en outre de l'état-major, de 4 compagnies, fortes chacune de 287 hommes, officiers et gardes. La compagnie formait quatre brigades représentant deux escadrons.

Les gardes étaient divisés en trois classes et avaient le grade de lieutenant en 1er ou de lieutenant en second, ou enfin de sous-lieutenant. Les gardes de 3e classe étaient choisis parmi les élèves des écoles militaires et les sous-officiers de la ligne remplissant les conditions voulues pour devenir officiers. Presque tous les autres emplois étaient donnés un tiers au choix, deux tiers à l'ancienneté ; les grades supérieurs étaient tous laissés au choix du roi. Enfin une ordonnance du 22 mai 1822 donnait jusqu'au grade de colonel, le grade supérieur à tout officier employé dans les gardes du corps du jour où il avait accompli huit années dans l'emploi du grade inférieur.

L'uniforme des gardes du corps était vraiment magnifique : il se composait d'un habit bleu de roi, avec collet, parements et retroussis écarlate ; la poitrine, le collet, les parements, les poches, étaient couverts de brandebourgs et de boutonnières en galon d'argent ; le pantalon était en drap bleu ou en casimir blanc ; le casque était formé d'une bombe droite, en plaqué d'argent, entouré d'une peau de veau marin ainsi que la visière et le couvrenuque ; la banderole tenant la giberne était en galon d'argent. Les gardes portaient des épaulettes et des aiguillettes en argent ; ils étaient armés d'un mousqueton avec sa baïonnette, d'un sabre de cavalerie et d'une paire de pistolets.

Monsieur, comte d'Artois, eut, à la Restauration, deux compagnies de gardes du corps dont l'uniforme vert était d'ailleurs en tout semblable à celui des gardes du corps du roi. Par ordonnance du 21 avril 1819, ces deux compagnies n'en formèrent qu'une seule, et cette compagnie, à la mort de Louis XVIII, devint la 5e des gardes du corps du roi.

Les cinq compagnies des gardes du corps furent licenciées par ordonnance du 11 août 1830, sans doute pour ne plus reparaître. Ce corps tout de luxe, malgré les services qu'il a rendus, n'était plus de notre époque.

Il en était de même des gardes à pied ordinaires du roi dont on a fait connaître l'état au mot Cent-suisses.

Source : Encyclopédie des gens du monde, d'Artaud de Montor.

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