29 septembre 2015

Histoire d'un vieux château, Cromières-en-Poitou

M. A. de Laborderie donne lecture de la note suivante : « L'ouvrage que M. de Longuemare vient de faire paraître sous le titre d'Histoire d'un vieux château, Cromières-en-Poitou, est conçu suivant un plan parfaitement logique, qui mériterait d'être adopté pour la description des châteaux, non seulement de la région limousine, mais encore de la France entière. Ce plan consiste à suivre pas à pas l'évolution archéologique du château qu'on veut étudier et l'évolution historique des familles qui ont habité ledit château.

« A Cromières, le sujet était particulièrement intéressant. Non point que la famille de Cromières, première occupante de ce lieu noble, ait fait beaucoup parler d'elle, ni qu'elle ait été extrêmement ancienne. C'est en 1298 seulement que ses membres font leur apparition dans les chroniques locales. Mais les relations de ce lieu noble avec les vicomtes de Rochechouart, avec les seigneurs de Montbrun, puis avec la puissante famille de Pompadour le mêlèrent de très près à tous les épisodes de l'histoire limousine pendant le xive et le XVe siècles.

« Du repaire primitif de la première maison de Cromières, nous croyons qu'il ne reste rien, et nous ne saurions partager l'avis de M de Longuemare qui fait remonter au XIIe siècle le donjon semi-circulaire de Cromières. Les archères de cette tour, dont M. de Longuemare nous donne une description très précise, sont trop perfectionnées pour être d'une époque aussi reculée. Nous attribuons la construction de ce donjon à la famille de Pompadour, .qui a possédé Cromières de 1345 à 1519, et il est probable que ce donjon faisait partie d'un château complet avec tours d'angle, courtines, machicoulis, dont il est malheureusement fort difficile aujourd'hui de se figurer l'ordonnance.

Mais c'est avec Jean de Selves, premier président du Parlement de Bordeaux et plus tard du Parlement dé Paris, diplomate célèbre, fin lettré, que Cromières connut sa plus brillante période de prospérité. C'est ce Jean de Selves qui fit édifier la belle tour octogone qui renferme l'escalier en spirale, de 82 marches, conduisant aux divers étages du château. C'est lui qui rapporta d'Italie les médaillons de marbre qu'un sculpteur de la Renaissance avait exécutés à l'imitation de l'antique, médaillons qui ornaient autrefois la porte de la tour, et qu'on voit aujourd'hui dans la salle à manger du château. Mais en 1656, la terre et le château de Cromières cessèrent d'appartenir à la famille de Selves et ils passèrent entre les mains des Bermondet, qui l'occupent encore aujourd'hui.

M. de Longuemare, qui avait de bonnes raisons pour cela, a étudié avec infiniment de soin les origines des Bermondet, famille connue à Limoges dès le XIVe siècle, célèbre par le meurtre d'un de ses membres en 1513, par le vicomte de Rochechouart Pontville. Lorsque Louis de Bermondet acheta Cromières « il prit suivant l'usage, le titre de la seigneurie qu'il venait d'acquérir. Le vendeur, Jean-Baptiste de Courlay, voulut le lui contester, on ne sait pas pour quelle raison. Il perdit son procès. L'ordonnance rendue à Poitiers, par M. de Barentin, en 1645, qualifie en effet Louis de Bermondet seigneur de Saint-Basile et de Craumières ».

Ce fut le fils de Louis, Jean, qui, le premier, prit le titre de marquis de Cromières. Conformément aux traditions de la noblesse française, les Cromières ont servi aux armées du roi pendant tout le xvurC siècle. Plus d'une fois, le roi et la reine signèrent leurs contrats de mariage, par exemple au mariage de Philippe-Armand et de Marie-Hortènse Moreau des Isles, riche créole originaire de Saint-Domingue. M. de Longuemare nous dit que lorsque la nouvelle marquise vint au château de Cromières, elle était accompagnée de plusieurs de ses femmes mulâtres amenées de Saint-Domingue ; leur teint et leur costume frappèrent vivement les gens du pays. « C'est au marquis Philippe-Armand que furent dus la plupart des aménagements intérieurs du château que l'on admire aujourd'hui, telle la voûte de la salle à manger, aux gracieux ornements, et surtout le très beau plafond, du salon, avec ses reliefs formant deux grands caissons. Au centre du premier est représentée la guerre sur terre avec un fort armé de ses canons ; au centre du second, la guerre sur mer avec une galère portant l'étendard fleurdelysé ; aux angles extérieurs des caissons, les attributs des quatre saisons ; aux angles intérieurs, les attributs des arts qui font le charme de la campagne ; la musique, la peinture, l'architecture, l'art des jardins ».

Mais survint la Révolution et la ruine complète des propriétaires de Saint-Domingue. L'ère des épreuves était arrivée pour les Cromières ; la haute tour de leur château fut découronnée et réduite à sa hauteur actuelle. Les pages que M. de Longuemare consacre aux vicissitudes des Cromières et de leurs alliés, soit pendant les guerres de la Révolution, soit pendànt celles de l'Empire, sont particulièrement intéressantes.

Quand le marquis Armand-Philippe de Cromières reprit possession du château de ses pères, de nombreuses réparations étaient nécessaires. « Toutes ne furent pas heureuses, nous confie M. de Longuemare : la démolition du reste des fossés de l'enceinte primitive et des tours derrière le château, le toit en terrasse à l'italienne, les faux créneaux, si on peut donner ce nom aux pierres dentelées qui bordent les toits du château et des tours, sont d'un effet déplorable., de nombreuses tapisseries d'Aubusson et de Beauvais qui ornaient le salon furent enlevées et servirent aux usages les plus vulgaires, tels qu'à protéger les cloches à melon. Elles furent remplacées par des papiers peints, les premiers, paraît-il, qui parurent- dans le pays, ce dont la marquise de Cromières était très fière. Le parc fut dessiné à la française avec, au milieu, un bassin et un jet d'eau ; il paraît même que les auvents des fenêtres furent peints en vert, si nous en croyons un tableau qui représente le marquis en chapeau haut de forme et la marquise avec la capote cabriolet, se promenant au milieu de leur parterre qu'ils admirent ».

Comme le dit M. de Longuemare, ces aménagements étaient dus surtout à cette tyrannie qu'exerce sur tous les esprits la mode, le goût du jour. N'en rions pas trop fort : se serait injuste.

Actuellement, c'est le IXe marquis de Cromières qui habite la vieille demeure de ses pères. Il s'occupe, comme nous avons pu le constater au cours de notre excursion de l'année 1926, de restaurer avec beaucoup d'intelligence les vieilles pierres dont il a la garde, pierres qui restent, comme le dit excellemment M. de Longuemare, « le témoin immuable d'un glorieux passé ».

(Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1932)

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15 septembre 2015

Rouffignac et Montalembert

Un impertinent écrivit à la porte du maréchal de Tonnerre, qui était le chef du tribunal des maréchaux de France : Séjour de l'éternelle paix ! Mais, comme pour infliger un démenti à cette plaisanterie, il se tint tribunal ce jour-là même, mardi 4 avril, où l'on condamna à un an et un jour de prison M. de Rouffignac. Voici le fait : le dimanche 2 avril, M. de Rouffignac, se trouvant chez M. du Muy, y vit M. de Montalembert avec lequel, depuis plus de vingt ans, il avait des discussions d'intérêt, et qui effectivement passait pour avoir abusé, contre ces gens-là, et de son crédit et de ses intrigues. Il y avait environ huit ans que M. de Rouffignac avait osé réellement l'insulter par écrit, et lui avait proposé de se battre. Montalembert avait porté cet écrit au tribunal, et l'avait fait condamner à vingt ans de prison; elle ne dura que sept ans et fut adoucie. Pendant ce temps-là, M. de Montalembert imprimait qu'il lui demandait, le pistolet sur la gorge, ce qui ne lui était pas dû. Cependant, par arrêt rendu postérieurement, M. de Montalembert avait été condamné à lui payer 22,000 livres; mais on avait retranché les intérêts, et Montalembert, depuis cette époque, avait profité de son crédit auprès de M. d'Aiguillon pour se faire payer 1,800,000 livres par le Roi, et avait bénéficié de ce qui eût dû appartenir aux créanciers : en général, cet homme avait très mauvaise réputation; il s'était réhabilité par le moyen de sa femme, et en donnant chez lui de très jolies comédies où toute la Cour allait.

Le comte de Rouffignac, toujours enragé contre lui, le rencontre donc chez le ministre; on parle de la singularité du temps : « Ce que je trouve ici de plus singulier, dit-il, c'est de voir chez un ministre de la guerre de mauvais militaires, et chez un maréchal de France des j... f..... » Montalembert l'entend, prend à témoin ceux qui étaient avec lui, et demande qui il a voulu désigner. M. de Rouffignac lui répond : « Mettez la main sur votre conscience et jugez-vous. » Montalembert descend; Rouffignac le suit et lui dit : « Je vais dans tel endroit au juste; j'y resterai jusqu'à huit heures du soir. » Montalembert court trouver Commarieu, qui sur-le-champ se rend chez les maréchaux de France, lui fait donner des gardes ainsi qu'au jeune Rouffignac, et les fait ajourner au tribunal.

Le duc de Chartres et le prince de Condé sollicitèrent tous les maréchaux de France en faveur de M. de Rouffignac. Le duc de Chartres alla au tribunal, les fit tous sortir, et leur adressa les plus fortes recommandations. Les parties furent entendues; le tribunal, plein de mépris pour le Montalembert, ne put se dispenser de condamner M. de Rouffignac.

Le corps des chevau-légers, dont M. d'Aiguillon était lieutenant, exigea que M. de Montalembert donnât sa démission; on prétendit que M. de la Roche du Maine ayant été député pour la lui demander, il avait déclaré qu'il ne la donnerait qu'après s'être battu contre tous les officiers. M. de la Roche du Maine s'offrit pour commencer, mais l'autre répondit qu'il voulait suivre l'ordre du tableau. Mme de Châlon, avec laquelle je dînais le lendemain chez Mme d'Andlau, me dit : « M. d'Aiguillon fait une grande infamie : il abandonne son ami, M. de Montalembert. » Je lui répondis : « Madame, il est de votre rôle de tenir ce langage; aussi diriez-vous , si M. d'Aiguillon prenait le parti de M. de Montalembert : « M. d'Aiguillon fait une grande infamie. »

Source : Souvenirs de Jacob-Nicolas Moreau.

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10 septembre 2015

Des rives de la Charente à celles de l'Artibonite

L'émigration angoumoisine, qui se dirigeait presque exclusivement vers le Canada (6) depuis 1650, s'en détourna au milieu du XVIIIe siècle, sitôt que s'y précisa la menace anglaise. Dès lors, le flot des colons charentais s'écoula vers les Antilles, avec une nette préférence pour Saint-Domingue.

Certes, les Angoumoisins n'avaient point attendu la guerre de Sept ans pour fréquenter cette île, mais la période s'étendant de 1753 à 1774 marque vraiment l'apogée de leur immigration. Durant ces vingt années, on partit pour les Isles d'Amérique comme, cent ans plus tard, on allait s'embarquer pour la Californie ou le Klondike. Mais, dans cette préfiguration de la ruée vers l'or, celui-ci était représenté à Saint-Domingue par la canne à sucre, le pétun, le café, la cacao et l'indigo.

Les archives notariales de la Charente nous ont permis de suivre l'évolution de cet exode et d'en mesurer l'ampleur.

Dans les dernières années du règne de Louis XIV, quelques précurseurs avaient pris passage pour les Antilles, après avoir minutieusement réglé leurs affaires en France, pour le cas, toujours possible, d'une disparition prématurée, car les mers étaient peu sûres et le climat torride des îles passablement meurtrier. Plusieurs de ces pionniers y avaient effectivement trouvé une mort obscure. D'autres, plus heureux, après y avoir édifié leur fortune, étaient revenus en France pour y acquérir de bonnes terres, comme ce capitaine Gabriel Delavigne, commandant du Cul-de-sac-François, à la Martinique, qui s'était offert, vers 1700, pour 65.000 livres, la belle seigneurie de la Mothe- Charente, en Angoumois.

D'aucuns, désireux d'étendre leur exploitation, avaient chargé quelque correspondant de la Métropole de leur recruter de la main-d'œuvre spécialisée. Ainsi, s'était conduit Alexandre Cazeau de Roumillac, gendre de François Benoit des Essards, riche marchand de soie et banquier d'Angoulême. Installé dans l'île de Grenade, sur la côte de Saint-Domingue, il avait confié à son beau-père la mission de lui procurer des ouvriers.

Les colons se recrutaient dans toutes les classes de la société, mais à leur tête venait naturellement la noblesse, plus soucieuse généralement de rétablir une fortune dangereusement ébranlée par le système Law ou le faste de Versailles, que véritablement tentée par le risque de l'aventure.

Ces gentilshommes, qui fournissaient les cadres du gouvernement, de l'armée et du clergé coloniaux, constituaient l'élite de cette société policée, frivole et aimable qui s'était organisée au Cap-Français, à l'image de la Cour.

L'aristocratie de l'Angoumois y était très honorablement représentée, si l'on en juge par ceux de ses membres que nous connaissons.

Charles de Devezeau, chevalier, seigneur de Rancogne, était lieutenant de marine à Saint-Domingue lorsqu'il s'engageait, le 24 avril 1701, à y transporter, sur les vaisseaux du Roi, les 6.074 livres de marchandises acquises par Louis Guiton, écuyer, seigneur du Tranchard et de Fleurac (en Angoumois), et à les écouler dans cette île, moyennant participation aux bénéfices réalisés.

Charles de Devezeau se maria en 1702, à Saint-Domingue, avec Marie-Charlotte de La Place, que nous présumons apparentée à l'ancien gouverneur de la Tortue, Frédéric de La Place. Il avait eu un fils, François-Louis de Devezeau, né et mort à la colonie (1704-1750).

Charles Guyot, chevalier, seigneur de la Mirande, gouvernait pour le Roi au Port-de- Paix, en 1710.

Pierre de Mons commandait au quartier du Port-au-Prince. Sa fille Marie-Louise- Jeanne, qu'il avait fait élever aux Tiercelettes d'Angoulême, se maria en 1765 avec Charles-Henry David, comte de Lastour, officier au régiment de Boulonnais.

Jacques de Conan, seigneur de Fontenille (en Champniers, Charente), épouse Catherine-Pantaléon de La Flèche-de-Grandpré, dont la famille richissime résidait, en 1772, au quartier Morin, paroisse Saint-Louis à Saint-Domingue.

Joseph-Alexis-Jérôme Robuste, écuyer, seigneur de Frédilly, chevalier de Saint- Louis, fut capitaine du détachement de la marine à Saint-Domingue. Il mourut à Angoulême en 1744. Son épouse, Catherine-Rose Thomin de la Ville-Laroche lui avait donné un fils, Jean-Louis-Joseph, qui demeurait à Saint-Domingue, en 1772, auprès de sa tante une demoiselle Robuste, mariée au sieur Lecomte, frère du curé de Tourriers (Charente).

Louis-Honoré de Froger, chevalier de Saint-Louis, lieutenant du Roi à Saint-Domingue, se maria en 1765 à Louise Achard-Joumard-Tizon d'Argence.

Le chevalier Alexandre de Culant, né en 1726, officier de marine, mourut aux Iles d'Amérique, célibataire.

François Vidaud du Dognon, dit l'abbé du Carrier (1764-1845), vicaire apostolique à Saint-Domingue pendant la Révolution, finit son existence à Angoulême, étant chanoine de la cathédrale depuis 1828.

Jean-Bernard Desmier d'Olbreuse était lieutenant de la marine du Roi d'Espagne lorsqu'il tomba aux mains des Barbaresques. Captif à Alger, il fut racheté par Charles IV et passa à Saint-Domingue vers 1792, où il décéda en 1800. De Jeanne-Marie de Fieux, il avait eu un fils, Jean-Eugène-Bernard, qui se réfugia en Charente après le soulèvement de la colonie. Sa sœur, Félicité-Eléonore, avait épousé Jean- Jacques de la Martellière, sous-commissaire de la marine et secrétaire général du gouvernement de Saint-Domingue.

(Les Cahiers de l'Ouest, 1954)

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Un marquis à Saint-Domingue

Charles-Léon Guiton, alias de Maulévrier, n'en était pas à sa première recherche de la richesse quand il aborda à Saint-Domingue en 1775. Il n'avait qu'une trentaine d'années derrière lui, mais d'une vie très active. Les Guiton étaient connus dans la région de Saintes depuis le milieu du XVe siècle. La famille de Guiton était de marine du côté de sa mère, une Beaumont d'Eschillais, petite-fille de Nicolas de Gabaret, ancien lieutenant de roi au gouvernement général de nos îles d'Amérique. Sa mère avait hérité de droits en une plantation à la Martinique. Les Guiton, déjà marins, étaient donc de plus un peu coloniaux quand naquit notre personnage. Cette succession lointaine entraîna un long procès qui finit vraisemblablement à la satisfaction de la famille et par une vente. On est bien forcé de prêter cette heureuse conclusion à ces démêlés : après 1760 il n'est plus d'allusion à ces procès et à ce bien dans les papiers Maulévrier. Et ici, qu'importe ! Une chose compte. Cette carrière navale du père, navale et coloniale du grand-père maternel, cette plantation dont on dut souvent parler devant l'enfant, furent l'ouverture sur le monde des îles. Elles donnèrent une pente à son imagination. En 1758, Charles-Léon avait quinze ans, l'âge d'entrer au service. C'était la guerre sur mer et en Allemagne. Le jeune homme eût pu devenir garde-marine et poursuivre sur les vaisseaux du roi une carrière qui eût prolongé celle de son père. Mais sur mer le service est dur et l'avancement lent. Il se préféra aux Dragons- Dauphin, aide-de-camp du comte de Jonzac, ami de son père. Il y passait cornette au bout de dix-huit mois et faisait en Hesse et sur le Rhin les campagnes de 1760, de 1761 et de 1762. En 1768, à vingt-cinq ans, il en était au grade de capitaine commandant, toujours aux Dragons-Dauphin. Il n'y avait pas gagné fortune, mais il s'y était fait de bons camarades. A un certain âge l'un vaut l'autre. Peut-on se faire des rentes dans une ville de garnison ou en des congés de semestre qui vous ramènent par le détour de Paris et de Versailles au château familial de Saint-Brice, près Cognac, médiocrement pourvu de fermes, de redevances et de bois ? Il fait des dettes. Son père est mort en 1763, sa mère depuis longtemps. Les deux terres de la succession ont été évaluées 150 000 livres et Maulévrier a deux sœurs. Il emprunte, surtout au comte de Lostanges. Il rembourse. Puis remprunte un peu plus et rembourse un peu moins. C'est un grand manieur d'argent et d'affaires. Mais à l'armée il n'a pas toute liberté d'agir. Il demande sa mise en congé à la fin de 1771, et obtient une lettre d'attache qui lui conserve son grade et la faveur de l'exercer en temps de guerre. Il peut ainsi avec son beau-frère La Barre de Larivaux, ancien officier de marine, monter une société pour l'exploitation de minières de cuivre et de plomb à Villeford près de Mende et pour la construction d'une fonderie à Roquemaure en Languedoc. Ces établissements sont estimés 432 600 livres en 1773. La part de Maulévrier est de 100 000 livres, qu'il a empruntées. Nous ignorons le résultat de ces entreprises de gentilshommes industriels. Il faut le croire médiocre, même mauvais. Mais Maulévrier ne s'enferra pas et semble avoir retiré à temps le plus gros de son capital. Après 1776 en tout cas, il n'est pas question de dettes en France, pas même des dettes paternelles. A la fin de 1774 toutes les affaires de la succession paternelle ont été réglées avec ses deux sœurs Mmes de Larivaux et de Nanots. Tout est clair de ce côté. Ses mains et son cœur sont libres. Sa tête aussi. Elle le mène à Saint-Domingue. Il a trente-deux ans, l'âge où l'espérance se fait encore passer pour l'avenir. Mais point de fonds. A coup sûr pas assez pour acquérir une plantation et pourtant la volonté de revenir bientôt en Saintonge jouir de ses revenus frais, en « Amériquain ». La santé est bonne quand elle est celle d'un jeune officier de quatorze ans de service, habitué aux exercices violents, au cheval et aux changements de garnison. Elle lui permettra de rester près de douze ans à la colonie sans un malaise sérieux. Sa fortune, c'est son avenir, son grade, son nom, son bel air et ce titre de marquis qu'il s'est à lui-même donné... Il débarque à Port-au-Prince au début de 1775. Il est curieux de remarquer combien, même en ce milieu de gentilshommes et d'officiers qui ont pourtant fort peu séjourné en leur province natale, est restée vivante l'emprise de la société régionale. Maulévrier, dont les attaches sont à Cognac en Angoumois, est reçu à l'Artibonite chez les Delaville, des Angoumoisins, alliés aux Robuste de Frédilly, autres pays, et quelques mois après son débarquement, sans prendre même souci de faire publier les bans à Saint-Brice d'où il vient, il épouse la fille d'un compatriote d'Angoulême. De l'esprit militaire il avait conservé, avouons-le, au moins l'esprit d'initiative et de décision, et la rapidité des entrées en campagne. Et son mariage le consacrait planteur. Catherine-Rose Lecomte de Montroche, sa jeune femme, ne le faisait pas entrer dans une famille du très grand monde colonial. Elle était fille de « messire Joseph Lecomte de Montroche, ancien major d'infanterie et de Marie Robuste de Frédilly ». Mais le messire dont le notaire avait sur l'acte fait précéder son nom, n'était qu'une « honnêteté de courtoisie » et Lecomte n'avait été major que des milices locales. Il était fils du greffier principal de l'Election d'Angoulême, de bonne bourgeoisie judiciaire d'une petite capitale provinciale. Un de ses frères, licencié en théologie, devait mourir curé de Thouriers, au diocèse d'Angoulême. Sa sœur avait épousé messire Jean Horric, chevalier, sieur de Beauquaire, lieutenant de dragons, demeurant paroisse de Saint-Antoine de Noiré. L'autre de ses frères, Lecomte de Fors, s'était retiré d'un long service, achevé comme major d'infanterie. Il était pensionné du roi, chevalier de Saint-Louis. Ses filles vivaient noblement au village de la Flichière, paroisse de Saint-Amant de Boixe. Toute la famille atteignait au genre de vie de la petite noblesse rurale. Le nom de Madame Lecomte avait plus de consistance à la colonie. Les Robuste de Frédilly étaient venus de l'Angoumois à Saint-Domingue, deux générations précédentes. Les deux frères de Madame Lecomte avaient été planteurs au quartier de l'Artibonite. Leur grand-père, ancien capitaine d'une compagnie détachée de la marine, était cousin des Lecomte. Mais il était des avantages solides à cette union si rapide. Lecomte était dans le quartier de l'Artibonite depuis quinze ans. Il possédait une indigoterie de grandeur moyenne, mais prospère, dans le bas de la plaine. Elle lui venait de sa belle-mère, une Thomin de Villaroche. Dans les hauteurs des Matheux, il avait acquis de grands terrains. Deux filles étaient nées. Mais la sœur de Mme de Maulévrier, infirme de naissance, restait une enfant dont on devait gérer la fortune. Mme de Maulévrier était une manière d'héritière unique. Par le contrat de mariage, signé le 20 avril 1775, le marquis apportait le château de Saint-Brice, la terre de Saint-Trojan et l'habitation que les Lecomte lui avaient vendue la veille. Leur indigoterie des bas de l'Artibonite, de 60 carreaux, avec 28 esclaves, constituait la dot de Mme de Maulévrier. Les futurs époux promettaient à leurs parents une rente viagère de 6 000 livres de la colonie. « L'habitation » acquise le 19 avril n'était pas encore une plantation. L'acte lui prête une superficie de 100 carreaux et l'évalue à 40 000 livres. Le terrain était bien de 100 carreaux, mais l'estimation était un peu forcée. Le notaire dit que la somme fut effectivement payée par Guiton, et il se peut. Il est possible aussi que ce ne soit là qu'une clause de style, une façon d'assurer au jeune homme le poids d'une propriété, le volant nécessaire aux premiers mouvements d'un arrivant qui veut se donner du crédit. Maulévrier avait là le premier élément d'une plantation : un terrain avec quelques cases pour des esclaves, « au lieu appelé les Brûlages dans les hauteurs de la plaine de la Source, paroisse des Arcahayes ». Il était formé de plusieurs parties de concessions achetées par Lecomte, et touchait à d'autres terres demeurées aux Lecomte. La fortune commençante de Maulévrier n'a donc rien du lent développement sur place d'un petit établissement personnel qui s'aménage et s'agrandit à l'aide de ses revenus. Il acquiert, au débarquer, une « habitation » qui n'est au juste qu'une terre presque nue, une réserve à déboiser, à défricher et à planter, mais à côté, son mariage lui donne une exploitation en pleine marche, modeste il est vrai, mais qui pourra détacher dans le morne un petit groupe d'ouvriers, « des nègres de hache » pour les premiers travaux d'éclaircie et d'installation. Voici donc Maulévrier, maître de grands terrains neufs dans un quartier nouveau.

Source : Études antillaises, XVIIIe siècle.

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08 septembre 2015

Le chapitre collégial de Notre-Dame de La Rochefoucauld en 1791

Philippe Fouchier, doyen, et, en cette qualité, curé d'Olérat.
Charles Gautier-Duménieux, grand chantre.
Jean Albert aîné, dit Péruzet, prêtre. — Sec.
Mathieu Grassin, prêtre. — Sec.
Pierre Jaulin, prêtre.
Pierre-André Rambaud, prêtre.
Roch Dulac, prêtre, curé de S.-Cybard de La Rochefoucauld. — Sec.
Pierre Sibilet aîné, dit de Labrousse, prêtre.
Mathieu Sibilet puîné, dit de l'Isle, prêtre.
Pierre Thibaud, prêtre.
Jean-Baptiste Veyret-Laîaye, prêtre.
Pierre Albert puîné, dit du Vignaud, minoré.

(Le clergé charentais pendant la Révolution, 1898)

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03 septembre 2015

Desbordes de Jansac

Desbordes de Jansac, avec Généalogie Charente Périgord
D'azur au chevron d'or, accompagné de trois arêtes de poisson d'argent, deux et une.

Filiation suivie

I. — Philippe Desbordes, décédé en 1656, sieur de Bellisle, marchand et bourgeois de la ville d'Angoulême, conseiller de l'hôtel-de-ville, marié avec Jacquette Cambois, fille de Gilles Cambois, sieur de La Combe-Dieu, messager ordinaire d'Angoulême à Paris, et Anne Darnat, d'où : 1° François Desbordes, qui suit ; 2° Pierre Desbordes, sieur de Bellisle, marié d'après acte du 29 janvier 1636, avec Catherine Benoist, fille de Jean Benoist, sieur de Berguille, et Marie de Paris ; 3° Philippe Desbordes, archiprêtre de Garat ; 4° Françoise Desbordes, mariée d'après acte du 17 août 1655, avec Jean Chausse, sieur de Lunesse, avocat à la cour ; 5° Jacquette Desbordes, mariée d'après acte du 26 juin 1644, avec Jean Aultier, sieur du Châlard, procureur au siège présidial d'Angoulême.

II. — François Desbordes, sieur de Montléry, marié avec Létice Bénureau, fille de Pierre Bénureau, sieur des Soudais, et Létice Faligon, d'où François Desbordes, qui suit.

III. — François Desbordes, sieur du Maine-du-Puy, marié avec Marguerite de Montfermy, fille de Jean de Montfermy, sieur de La Motte, et Suzanne Proutoud, d'où : 1° François Desbordes, qui suit ; 2° Bénigne Desbordes, mariée d'après acte du 4 mars 1710, avec Jean-Baptiste Birot, sieur des Bournis.

IV. — François Desbordes, né en 1688, décédé en 1772, chevalier, seigneur de Jansac, marié d'après acte du 11 janvier 1717, avec Anne de Montalembert, fille de Jean de Montalembert, chevalier, seigneur de Cers, et Françoise Maulde, d'où : 1° Pierre Desbordes de Jansac, qui suit ; 2° Jean-François des Bordes de Jansac, officier des mousquetaires du roi ; 3° Bénigne Thérèse des Bordes de Jansac, mariée avec François de Chasteigner, chevalier, seigneur de Fontenay.

V. — Pierre Desbordes de Jansac, né en 1728, décédé en 1791, capitaine d'artillerie, marié d'après acte du 26 février 1753, avec Anne-Marie Salmon, fille de Jean César Salmon, sieur de Verdille, et Anne Faure, d'où Jean-Charles Desbordes de Jansac, né en 1763, décédé en 1846, chevalier, seigneur de Verdille, marié 1) avec Marie-Julie de Galard de Béarn, fille de Pierre-Clément de Galard de Béarn, comte du Vivier-Jusseau, et Anne-Julie Le Mercier de Beausoleil-Vermont 2) avec Joséphine Le Pelletier, d'où postérité.

Archives départementales

1602. — Contrat d'apprentissage de Philippe Desbordes, fils d'Antoine Desbordes, marchand de la ville de Châteauneuf, chez sire François Mesneau, marchand de la ville d'Angoulême.

1603. — Cession par Aimery de la Croix, écuyer, sieur de La Fenêtre, seul héritier de feu Raphaël de Corlieu, en son vivant écuyer, sieur dudit lieu de La Fenêtre, y demeurant, en la châtellenie de Montbron, d'une rente générale de 133 livres ci-devant constituée au denier douze, par Philippe Desbordes, Jean et Denis Manès, au profit de François de Redont, écuyer, sieur de Neuillac.

1609. — Accord entre Antoine Gandillaud, écuyer, sieur de Vignes, et Philippe Desbordes, marchand de la ville d'Angoulême, au sujet des profits et émoluments de la terre et seigneurie de Vignes, paroisses de Mosnac et de Châteauneuf.

1631. — Quittance par Philippe Desbordes, sieur de Belle-Isle, marchand, bourgeois de la ville d'Angoulême, à Jean Masfrand, maître apothicaire, ce dernier agissant en vertu d'un accord passé entre lui et Isaac de la Porte, écuyer, seigneur de Châtillon, Saint-Genis, La Vallade, et demoiselle Jacquette Raymond, sa femme, d'une somme de 1,366 livres 10 sous décrétée judiciairement sur la terre et seigneurie de La Vallade.

1633. — Transport par Guy Dexmier, écuyer, sieur du Breuil, de Blanzac et de La Font, demeurant à La Vaure, paroisse de Chillac, en Saintonge, à Philippe Desbordes, marchand, d'une créance sur René Prévôt, écuyer, sieur de Moulnier.

Reconnaissance par demoiselle Marie Montgeon, veuve de David Jousset, vivant écuyer, sieur de Beaulieu, demeurant au lieu noble de La Tasche, paroisse de Saint-Genis, châtellenie de Blanzac, à Jean Trigeau et Philippe Desbordes, marchands, bourgeois d'Angoulême, d'une somme de 4,000 livres.

1679. — Quittance de partie de 12 livres de rente donnée à Jean Paranteau, sergent royal, par François Desbordes, écuyer, sieur du Maine-du-Puy, comme exerçant les droits de Létice Benureau, sa femme, héritière de Pierre Benureau, écuyer, son père, lui-même héritier de Jean de Maquelilan, écuyer, chanoine de l'église-cathédrale.

1682. — Testament d'Antoine Desbordes, fils de Pierre, écuyer, demeurant à Berguille, paroisse de Roullet « sur le point de partir avec les autres gentilshommes pour se rendre dans la citadelle de Tournay », par lequel il lègue tous ses meubles et acquêts à Marthe et Françoise, ses sœurs, et à Julie Desbordes, sa nièce, à laquelle il donne en outre le tiers de ses propres.

1692. — Reconnaissance fournie par messire Philippe Desbordes, écuyer, sieur de La Combedieu, demeurant au lieu noble du Marquisat, paroisse de Châteauneuf, à messire Jean Ducluzeau, prêtre, bachelier en théologie, curé de Saint-Paul d'Angoulême, à cause de deux maisons sises en ladite paroisse, confrontant par derrière à la maison du seigneur de Balzac.

1714. — Transaction entre François Desbordes, écuyer, seigneur de Jansac, Teillé, Les Rosiers, et Jean Aultier, avocat au Parlement, au sujet d'une obligation consentie antérieurement par Philippe Desbordes, écuyer, sieur de Montléry, bisaïeul du sieur de Jansac et aïeul du sieur Aultier.

1754. — Quittance finale par Pierre Desbordes, écuyer, seigneur de Jansac, capitaine au régiment de Rouergue, demeurant ordinairement en son logis de Verdille, paroisse dudit lieu, en Poitou, d'une part; à François Desbordes, écuyer, seigneur de Jansac, Teille. Cers et autres lieux, et à dame Anne-Marie de Montalembert, sa femme, demeurant ordinairement en leur château de Cers, paroisse dudit lieu en Angoumois, d'autre part, de la somme de 10,000 livres constituée en dot audit Pierre de Jansac par ses dits père et mère suivant son contrat de mariage avec demoiselle Anne-Marie Salmon, en date du 21 février 1753, reçu par Merveilleux, notaire royal à Martafond en Poitou.

1755. — Quittance par Louis Garnier, chevalier, seigneur de Ferfan, et Madeleine Birot des Boumis, sa femme, demeurant au logis des Boumis, paroisse de Garât, d'une part ; à François Des Bordes, écuyer, seigneur de Jansac, Sers, Teille et autres lieux, demeurant en sa maison noble de Sers, paroisse dudit lieu, d'autre part.

1759. — Contrat d'ingression dans la communauté des dames de l'Union-Chrétienne de la ville d'Angoulême, pour demoiselle Anne Desbordes, fille légitime de François Desbordes, écuyer, seigneur de Jansac, Sers et Teille, et de dame Marie de Montalembert, sa femme, demeurant au château de Sers, paroisse dudit lieu.

Constitution de 50 livres de rente par François Desbordes, écuyer, seigneur de Jansac, et dame Anne-Marie de Montalembert de Sers, sa femme, demeurant en leur château de Sers, paroisse dudit lieu, d'une part; au profit de dame Marie Mesnard, veuve de Jean Bourdage, seigneur de La Courade, Coulgens, Sigogne et autres lieux, d'autre part.

1771. — Testament de François Desbordes, écuyer, seigneur de Jansac, Sers, Teille et autres lieux, qui lègue en forme de rappel 3,000 livres à ses petits enfants Chasteigner de la Rochepozay en outre de la dot de leur mère.

1773. — Inventaire des meubles et effets de la communauté entre feu François Desbordes de Gensac, chevalier, seigneur de Teille, Sers et autres lieux, décédé au château de Sers, le 17 novembre, et Anne-Marie de Montalembert ; et partage de la succession dudit défunt entre Jean-Baptiste-François Desbordes, chevalier, seigneur de Teille, maître de champ de cavalerie, major de la première compagnie des mousquetaires de la garde du roi, chevalier de Saint-Louis, et Pierre Desbordes de Gensac, chevalier, seigneur de Verdille, ancien capitaine d'infanterie, demeurant à Angoulême, ses fils.

Bibliothèque généalogique

• Pierre Bureau, Les émigrés charentais, 1791-1814, 2003.

Bordes Pierre des, écuyer, sgr de Jansac, Verdille, le Breuil-aux- Loups, capitaine d'artillerie au régiment de Rouergue, fils de François, écuyer, sgr de Jansac, Teillé, Sers, et de Marie Anne de Montalembert - né 14-4-1728 - + 17 et inhumé 18-4-1791 à Garat - ép. à Verdille, le 26-2-1753, Anne Marie Salmon de Ladouette, fille de Jean César, sgr de Verdille, et Anne Faure -+ Angoulême 12 floréal an XVII - dont postérité masculine éteinte en 1989.

Inscrit en Charente-Inférieure, bien que non émigré, après la date de son décès - Jean Charles des Bordes de Jansac, son fils, réclama devant le préfet de la Charente autorisé, le 8 germinal an XII - il fut amnistié le (acte non daté) (F7/5896).

• Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1865.

Le rôle des vingtièmes imposés sur les nobles et privilégiés de l'élection d'Angoulême en 1780

Sers. — Le sieur Desbordes De Jeniac (sic), écuyer, propriétaire de maison, rentes, agriers, héritages et deux domaines dans ladite paroisse, du revenu de 1,061 livres, payera cent seize livres quatorze sols, ci. 116 l. 14 s.

• François Vigier de La Pile, Histoire de l'Angoumois, 1756.

Philippe des Bordes, conseiller en 1647 jusqu'en 1653. Ses descendants ont formé deux branches ; l'une nommée autrefois de Monléry, à présent de Gensac; la seconde de Berguille; il y a eu trois François de suite dans la première.

Le fils de Philippe était François Ier, sieur du Maine-Dupuy; le fils de celui-ci, François II, sieur de Monléry.

François III, son fils, est aujourd'hui connu sous le nom du seigneur de Gensac. II a épousé Marie de Montalembert, héritière du fils aîné de la branche de Montalembert de Cers, qui lui a porté cette terre.

Dans la branche de Berguille, paroisse de Roullet, l'ainé est surnommé le sieur de Beaufort; le cadet était le sieur de Laroche et le troisième est le sieur de Villars. Les deux premiers ont épousé Magdeleine et Anne Vigier, de la branche de Planson.

Il y a eu dans cette famille, comme dans plusieurs autres, différents changements. Elle était originaire de Châteauneuf et avait été anoblie par lettres patentes.

Elle pierdit son bien et fut obligé de recourir au commerce pour subsister, ce qui engagea Philippe des Bordes de se faire conseiller de l'hôtel-de-ville plutot que d'obtenir des lettres de réhabilitation qui lui auraient couté considérablement.

• Alfred Richard, Vérification de privilèges par l'élection de Niort de 1627 à 1638, 1868.

Le 5 août 1627, les élus rendent une ordonnance sur requête pour l'enregistrement à leur greffe, (pour le suppliant y avoir recours quand besoin sera), d'un arrêt de la Cour des Aides, qui porte que François Des Bordes, messager ordinaire de la ville d'Angoulême à Paris, demeurant à Châteauneuf en Angoumois, ayant été pourvu de l'office de messager du diocèse d'Angoulême en l'Université de Paris, vacant par le décès d'Etienne Malhergue, sera couché et employé sur les rôles des officiers et suppôts de l'université, qui et au greffe de ladite cour, pour jouir des privilèges, exemptions et immunités qui leur sont attribués.

• Prosper Boissonnade, Histoire du Collège et du Lycée d'Angoulême, 1895.

En même temps, quatre pairs du corps de ville, Pierre Martin, sieur de Guissalle, Guilhon Saulnier, sieur de Pierre-Levée, Philippe Desbordes et André Lurat, marchands, sont chargés de faire « la collecte. « des deniers privez volontaires » ou de la souscription destinée à couvrir les frais d'installation des Jésuites.

• Gabriel Tricoire, Le château d'Ardenne et la seigneurie de Moulidars en Angoumois, 1890.

Le 24 juin 1566, Philippe Desbordes, marchand, de Châteauneuf, opéra, en qualité de fermier judiciaire de la seigneurie de Moulidars, le retrait féodal d'un tonneau de froment de rente, cédé ci-devant par Jean du Nourrigier, écuyer, sieur de Moulidars.


Liens web

- Le messager d'Angoulême à Paris attaqué par des gens de guerre.

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Gardes du corps du roi et des princes

La dénomination de gardes du corps, en anglais lifeguard, en allemand Leibgarde, se confond dans ces langues, en russe, etc., avec ce qu'on appelle chez nous et ailleurs garde royale ou garde impériale. En Autriche, on se sert de celle de gardes-nobles, trabans, etc., etc. En France, c'était un corps de gentilshommes montés, organisés en compagnies et faisant le service dans l'intérieur des châteaux royaux près de la personne du roi et des princes, qu'ils devaient en outre escorter à leurs sorties, suivre et accompagner dans tous leurs voyages ou déplacements. Les gardes du corps tenaient le premier rang dans la brillante maison militaire de nos rois. A la guerre, ils servaient comme corps de cavalerie, et ils se sont illustrés en plus d'une occasion, surtout pendant les guerres du règne de Louis XIV.

Charles VII institua la première compagnie des gardes du corps : il la composa d'Ecossais d'une bravoure et d'une fidélité éprouvées, choisis parmi ceux que les comtes de Buchan et de Douglas avaient amenés en France pour aider le roi à chasser les Anglais de son royaume. Cette compagnie s'appelait la compagnie écossaise des gardes du corps du roi. Louis XI créa la 1re et la 2e compagnie française des gardes du corps, et François Ier la 3e compagnie. La compagnie écossaise, comme la plus ancienne, a toujours eu la droite sur les compagnies françaises, et le rang de celles-ci était déterminé par l'ancienneté de réception de leur capitaine. La compagnie écossaise fournissait en outre le premier homme d'armes de France et les 24 archers ou gardes de la manche, chargés d'accompagner le roi et de veiller plus particulièrement sur sa personne dans les grandes cérémonies publiques.

Les compagnies de gardes du corps faisaient le service par quartier. Le capitaine des gardes qui était de quartier ne quittait pas le roi depuis son lever ou sa sortie de sa chambre jusqu'à ce qu'il fût couché, et marchait toujours immédiatement après le roi et proche de sa personne, quelque part qu'il fût, à table, à cheval, en carrosse ou partout ailleurs. Brillantes prérogatives ! aussi les plus grandes illustrations militaires de tous les temps ont-elles ambitionné ce poste, qui leur donnait l'oreille du souverain.

Sous François Ier, chaque compagnie comptait cent gardes ; sous Charles IX, la compagnie écossaise n'était plus composée que de gentilshommes français ; sous Louis XIV, la reine-mère et le duc d'Orléans eurent chacun une compagnie de gardes du corps. L'effectif des gardes, sous ce prince, s'éleva à 1,600 hommes ; ce chiffre, en 1715, était réduit à 1,440, et ce nombre de gardes parait s'être maintenu jusqu'à la révolution de 1789. L'histoire des gardes du corps se rattache essentiellement à l'histoire intime de la cour de France. On ne peut nier que ce corps n'ait rendu de grands services à la couronne ; il se distingua en toute occasion par une fidélité à toute épreuve envers la famille royale, et en beaucoup de circonstances il a scellé cette fidélité de son sang.

Supprimés par larévolution, les gardes du corps reparurent avec la Restauration ; leur organisation définitive fut déterminée par une ordonnance du 30 décembre 1818. Par cette ordonnance, les gardes du corps du roi se composaient, en outre de l'état-major, de 4 compagnies, fortes chacune de 287 hommes, officiers et gardes. La compagnie formait quatre brigades représentant deux escadrons.

Les gardes étaient divisés en trois classes et avaient le grade de lieutenant en 1er ou de lieutenant en second, ou enfin de sous-lieutenant. Les gardes de 3e classe étaient choisis parmi les élèves des écoles militaires et les sous-officiers de la ligne remplissant les conditions voulues pour devenir officiers. Presque tous les autres emplois étaient donnés un tiers au choix, deux tiers à l'ancienneté ; les grades supérieurs étaient tous laissés au choix du roi. Enfin une ordonnance du 22 mai 1822 donnait jusqu'au grade de colonel, le grade supérieur à tout officier employé dans les gardes du corps du jour où il avait accompli huit années dans l'emploi du grade inférieur.

L'uniforme des gardes du corps était vraiment magnifique : il se composait d'un habit bleu de roi, avec collet, parements et retroussis écarlate ; la poitrine, le collet, les parements, les poches, étaient couverts de brandebourgs et de boutonnières en galon d'argent ; le pantalon était en drap bleu ou en casimir blanc ; le casque était formé d'une bombe droite, en plaqué d'argent, entouré d'une peau de veau marin ainsi que la visière et le couvrenuque ; la banderole tenant la giberne était en galon d'argent. Les gardes portaient des épaulettes et des aiguillettes en argent ; ils étaient armés d'un mousqueton avec sa baïonnette, d'un sabre de cavalerie et d'une paire de pistolets.

Monsieur, comte d'Artois, eut, à la Restauration, deux compagnies de gardes du corps dont l'uniforme vert était d'ailleurs en tout semblable à celui des gardes du corps du roi. Par ordonnance du 21 avril 1819, ces deux compagnies n'en formèrent qu'une seule, et cette compagnie, à la mort de Louis XVIII, devint la 5e des gardes du corps du roi.

Les cinq compagnies des gardes du corps furent licenciées par ordonnance du 11 août 1830, sans doute pour ne plus reparaître. Ce corps tout de luxe, malgré les services qu'il a rendus, n'était plus de notre époque.

Il en était de même des gardes à pied ordinaires du roi dont on a fait connaître l'état au mot Cent-suisses.

Source : Encyclopédie des gens du monde, d'Artaud de Montor.

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02 septembre 2015

Comment on équipait un lieutenant au début du XVIIIe siècle

Comment on équipait un lieutenant au début du XVIIIe siècle
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1918

Une étude fort documentée de M. George (« De l'obtention d'un brevet de capitaine, en 1693 », dans Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente, 1915) nous édifiait, naguère, sur ce qu'il en coûtait, à tous égards, pour parvenir au grade de capitaine, à la fin du XVIIIe siècle. Le postulant à cet emploi, qui constituait une propriété tacite, avait, en principe, la charge unique de lever le contingent de sa compagnie de ses propres deniers, avec tout ce que comportait de rétributions diverses, de primes d'engagement et de rasades, le recrutement de volontaires souvent hésitants. Dans la pratique, on achetait lé plus communément l'unité toute constituée, comme nous voyons procéder le jeune Pelluchon des Touches, dans le travail de M. George, quitte à en combler les lacunes par les moyens ordinaires. Mais auparavant, il fallait découvrir un résignataire, puis obtenir la commission, ce qui n'allait généralement pas sans recourir plus ou moins à de besogneux et coûteux intermédiaires. Enfin, on devait pourvoir à son équipage personnel, dont le faste était jusqu'à un certain point imposé par le rang qu'on avait à tenir et l'idée qu'on se faisait alors du prestige de la fonction.

On conçoit sans peine que celle-ci ne fût guère accessible qu'aux jeunes gens riches, en dehors de quelques vieux officiers de carrière dont le Roi se réservait toujours d'utiliser les mérites en les aidant de sa cassette personnelle. Mais pour les grades inférieurs, l'écart avec notre conception moderne des fonctions publiques était bien moindre. Les brevets de sous-lieutenant et de lieutenant ne comportaient d'autre obligation que celle de s'équiper décemment. Et cependant, nous allons voir qu'en raison de la médiocrité des ressources des classes moyennes d'alors, cette simple condition à l'obtention d'un emploi qui, comme de nos jours, ne suffisait pas à faire'vivre son titulaire, décourageait les vocations. Aussi n'était-il pas rare que des cadets de familles même nobles, passionnés malgré tout de l'honneur de « servir », se contentassent de l'état de simple soldat, sans jamais tenter de sortir du rang.

Les éléments de ce qui va suivre ont été entièrement puisés dans les Archives Départementales de la Charente, au fonds des Notaires, et dans les minutes de Ch. Gervais, notaire à Agris (E. 720-726).

Là vivait, au début du XVIIIe siècle, un apothicaire, issu d'une ancienne famille bourgeoise de la région, Hélie Boissier, sieur de La Fayolle, que nous trouvons habitant d'abord le bourg même d'Agris, puis une maison isolée qui existe encore, au moins en partie, au lieu dit Les Barrières, dans la même paroisse. Marié en premières noces à une demoiselle Gesmond (1), d'une famille locale de condition analogue, il en avait eu au moins un fils, Roch, mineur en 1711, et était remarié, à cette date, avec Marie Lériget (2), aussi d'Agris, dont il ne paraît pas avoir eu d'enfant. Par sa première femme, il était le beau-frère de Jean Demarginière (3), de Jean Barraud, sr des Meules, et de François Renaud (4), chirurgien, qui avait épousé la plus jeune des quatre sœurs, Catherine Gesmond. Parmi ses proches parents paternels, peut-être ses frères, il comptait un garde des eaux et forêts d'Angoumois, Jean Boissier, sr des Combes (5) — dont il semble que la descendance soit encore représentée de nos jours, — Jean Boissier, sr de l'Esbaupin, et François Boissier, sr de La Motte (6). Tous ces noms appartiennent essentiellement à la bonne bourgeoisie rurale du duché de La Rochefoucauld.

Les transactions au nom d'Hélie Boissier sont rares, dans le fonds des notaires d'Agris. Cependant, le 16 août 1702, nous le voyons acheter (7), à réméré et pour la somme de 60 livres, une pièce de terre d'un demi-journal appelée La Loupe, mouvante de la seigneurie de Ribérolle et sise aux Barrières, dans la tenue des Noailles. Le 30 juin de l'année suivante, le vendeur lui abandonnait son droit de rachat pour 30 sols.

Mais au début de 1711, Hélie Boissier décida que son fils essaierait « sa fortune », comme on disait alors. Le jeune homme postulait un emploi de lieutenant d'infanterie et songeait à s'équiper. Où trouver l'argent nécessaire ? D'un commun accord, le père et le fils eurent recours au prêt sur gage, sous la forme euphémique d'une vente à réméré. Et ils s'adressèrent au prêteur qui offrait sans doute le plus de garanties de désintéressement, puisqu'il était, nous l'avons vu, le propre oncle du jeune homme. Le 22 février, Rocq Boixier (8), procédant sous l'autorité d'Hélie Boissier, sieur de La Faiolle, son père, vend à François Renaud qui, pour la circonstance, se qualifie « marchand », trois pièces de terre labourables sises dans la paroisse d'Agris, aux alentours du village de La Grange. appelées La Terre Noire, Les Grand'Vignes et Les Chamas, en tout environ deux journaux, confrontant par divers côtés aux terres de l'acquéreur, « moyennant le prix et Somme de Cents quatre Vingt seize Livres pour le payement de laquelle le dit Renaud a présentement délivré au dit Rocq Boixier Vendeur Un cheval de laage de six ans de poil Bay en tous les crains Bien marqué de moyenne taille Estimé avec son arnois la Somme de six Vingts Livres Et un paire de pistollets Estimés Cinqte livres et le surplus revenant à la Somme de Ving six Livres a esté Payée aussy presentement manuelle et Comptant Par le dit acquéreur au dit Vendeur...; et a ledit Vendeur declaré qu'il entend ce Servir dudit Cheval et armes pour le Service de sa maiesté ou II doit aller la Campagne prochaine en qualité de lieutenant d'Infantrie du Regt de ponthieux Et les Vingt six Livres d'argent seront employées pour aider au surplus de son Equipage auquel Il luy auroit Esté impossible de fournir sans Ce secours. Et par ces mesmes presentes ledit renaud acquereur a acordé de grace Specialle audit rocq Boixier vendeur faculté de Rentrer pendant Cinq ans dans lesd lieux vendus en par le dit Vendeur le Ramboursant a une Seulle fois en deniers Effectifs de la ditte Somme de Cents quatre Vings seize livres, prix de Ia ditte Venthe fraits et loyaux Cousts (9) ».

Aucune trace ne subsiste de l'usage que Roch Boissier aurait pu faire de son droit de rachat dans le délai prescrit, et ce que nous savons de François Renaud dans l'art d'arrondir son bien donne à penser que le gage demeura définitivement entre ses mains.

Mais, sur ces entrefaites, la commission étant arrivée, il devient urgent de vêtir convenablement le nouveau lieutenant, partant, de se procurer du numéraire. Le 4 mars 1711, Rocq Boissier, Lt de la Compaignie du sr Dumesny dans le Regiment de Ponthieux, procédant sous l'autorité de Hélie Boissier, sr de La Fayolle, son père, vend à Jean Forgeaud, fils d'Anthoine, laboureur à bœufs, demeurant à « Asgrix », quatre pièces de terre d'une contenance totale de trois journaux et quart, sises aux environs du village de La Grange, et appelées La Pierrière, l'Esbaupin (10), Unze Ven, — la quatrième, sur le village des Foucauds, étant innomée (11), — moyennant la somme de quatre vingt seize livres payée comptant, laquelle le vendeur déclare vouloir « Employer à l'achapt Dun habit Justacort Vezte Culottes Et autres fournitures necessaires a son esquipage pour le service De sa maiesté ou Il doibt aller La campaigne prochene en qualité De lieutenan Dinfanterie Dud Regiment De ponthieux Et auql esquipage Il luy auroit esté Impossibe De fournir sans ce secours.... »

La même faculté de rachat que précédemment, sous les mêmes conditions, lui est accordée pendant 5 ans, « de grasse specialle » (12). A noter la mention en post-scriptum, que la qualité de l'acquéreur n'avait pas permis d'ajouter à l'acte précédent, mais que nous retrouverons tout-à-l'heure « En accordant ces pntes a este paye En depanse Par lacqr Du Commandemt du Vandr trente cinq solz », — façon de faire supporter les frais du contrat par l'acheteur.

Mais plus approchait la date du départ, plus il était clair pour le jeune officier et pour son père que l'aventure était plus onéreuse, sans doute, qu'ils ne l'avaient prévu. Bien que la destination de la troisième somme réalisée ne soit plus mentionnée, cette fois, on peut avec vraisemblance admettre que l'acte passé quelques jours plus tard, à la date du 13 mars, n'avait pas d'autre objet que de munir Roch Boissier d'un peu d'argent de poche et de couvrir les frais du voyage. Ce jour-là, « Rocq Boixier, lieutenant de la Companie du sieur dumesnye dans le Regiment de ponthieux, procedant sous l'autorité de helie boixier sieur de la faiolle mre appre son pere », accense et arrente à Jean Feuillade, d'Agris, laboureur à bœufs, deux pièces de terre labourables « estant de present en Champois », sises dans les appartenances du village de La Grange, comme les précédentes. Ce sont la pièce « des Longs Seillons », d'une contenance d'environ 2 journaux, et celle appelée « au Chiron, dans les Conbes » (10), pour lesquelles sera servie une rente annuelle seconde, « hutille et amortissable de 40 sols, payable à la St Michel l'amortissement devant s'en faire jusqu'à concurrence d'une somme de 40 livres, en trois ans à partir de la date de l'acte. La clause ordinaire de réméré, pendant cinq ans, est accordée, « de grâce specialle », au vendeur (13).

Enfin, voilà le jeune homme parti pour la gloire, — et la fortune, peut-être.... Combien de temps durèrent les illusions de sa famille ? Quels furent ses propres déboires ? A défaut d'une correspondance jaunie dont on peut présumer l'échange et le sens avec certitude, nous pouvons entrevoir la vérité à travers ces froids grimoires notariés le désenchantement a été complet en moins de cinq ans. Nous verrons plus loin, en effet, que Roch Boissier avait dû se marier vers le milieu de 1715 et avait fixé peu après sa demeure dans la paroisse d'Agris, chez son beau-père.

L'acte du 17 novembre de cette année, au surplus, ne prouve pas qu'il fût au service, ni même absent, mais simplement que, pour rémunérer son père, sans doute, des sacrifices que celui-ci avait faits en sa faveur, il lui avait abandonné ses droits sur certaines bribes de son bien propre, où nous voyons figurer cette pièce des « Longs Seillons » qu'il avait arrentée, avant son départ, à Jean Feuillade. Celui-ci l'avait trouvée en si mauvais état, mangée de mauvaises herbes, remplie de pierres et obstruée de « chirons que, cinq semaines plus tard, il faisait avec amertume constater le fait par un procès-verbal de notaire, le 27 avril 1711. Sans doute la mauvaise humeur de Feuillade était-elle exagérée, puisqu'il semble bien que le droit de rachat ait été exercé par les Boissier. Mais pas pour longtemps. Car après un accord sous seing privé survenu entre le père et le fils, le 8 novembre 1715, le 17 « Helie Boissier mre appre comme Cessionnere Et estant aux droits de Rocq boissier sr de La Fayolle (14), son filz », vend à Jean Marthonneau, pour 75 la pièce des « Longs Seillons », en même temps que celle du Roc, d'environ un journal et demi, au lieu de celle des Combes.

Tout cela ne semble pas indiquer que les affaires de la famille fussent en brillant état, et il est permis de supposer que le point de départ en ait été l'équipée militaire du fils. La dot de la seconde femme de l'apothicaire se trouvait probablement compromise, à telle enseigne que, le 1er janvier 1716, il doit assigner « sur tous et chacuns ses biens presents et avenir » tous les meubles de Marie Lériget et certaine somme de 250 # qu'il déclare avoir employée à ses affaires propres et particulières (15).

Il n'est désormais plus question d'Hélie Boissier. Mais les relations entre le père et le fils ne semblent pas avoir jamais cessé d'être bonnes. Même, la seconde femme du père semble être devenue la tante du fils, car il est à croire que Madeleine Lériget, que Roch avait épousée en 1715, comme nous l'avons dit, était la fille d'un frère de Marie. Son père, en tout cas, était Pierre Lériget. demeurant aux Camus de Moussac (16), paroisse d'Agris, et sa mère feue Madeleine Degaroste.

Toujours à court d'argent, l'ex-officier réalise tout ce qu'il peut. Le 29 novembre 1717, « Rocq boissier, sr de la fayolle demeurant De pnt au Village des Camus de Moussac, parroisse d'Agrix », en sa qualité d'héritier « bénéfisier », pour un tiers, de feu François Gesmond, sr de Cussac, son aïeul maternel, vend à François Pétis (17), marchand, demeurant au bourg de Villejoubert, sa tierce part dans la métairie de Cussac, située au bourg de Villejoubert et sur les territoires de Saint-Amant-de-Boixe, Montignac-Charente et Saint-Estienne dudit Montignac, sans qu'il soit besoin dé la spécifier davantage, ledit Pétis ayant déclaré bien connaître les lieux (18). Le prix est de 666# 13~ 4* sur laquelle l'acquéreur a payé comptant 300# 10~ 4* les 300 livres restantes devant être versées dans un délai de dix ans, en servant une rente annuelle d'un sol pour livre.

Enfin, un motif d'intérêt, sans doute justifié, porte encore Roch à un acte assez douloureux. Le 29 novembre 1717, sur les huit heures du matin, à la requête de Rocq Boissier, sieur de La Fayolle, et de damelle Madeleine Lériget, son épouse, tous deux demeurant au village des Camus de Moussac, en vertu d'une autorisation qui leur a été donnée quelques jours auparavant par le juge sénéchal du duché de La Rochefoucauld, — le notaire Ch. Gervais se transporte avec eux audit village, en la demeure du sieur Pierre Lériget. Là, ayant rencontré ledit Lériget, ils le somment de leur délivrer la moitié des biens dotaux et conventions matrimoniales de feue damoiselle Magdeleine Degaroste, leur mère et belle-mère, tant en principal qu'intérêts de « souffrir » que soit fait un inventaire des membres et « effaiz » qui se trouvent dans sa maison, et de choisir un arbitre qui en fasse l'estimation pour sa part, faute de quoi il en sera désigné un 'd'office. De leur côté, les demandeurs ont fait choix du leur, en la personne de Me Jean Demarginière(19), qui les accompagne. Mais Pierre Lériget s'oppose énergiquement à tout inventaire, consentant seulement à payer à son gendre et à sa fille la moitié des deniers dotaux qu'il peut avoir touchés de sa femme, leur belle-mère et mère, e en par eux justifiant de leurs droits et Vuidant la maison Dud sr Leriget qu'ils occupent presentement » représentant qu'au surplus, « led boissier a demeuré dans sa maison plus de deux ans en sa, attandeu que le bien De sa femme nest suffizant ny capable de les nourir ny entretenir tous deux. »

A quoi Roch Boissier rétorque que, s'il a demeuré dans la maison de son beau-père, « c'est pour le soubstien et maintien De la maizon dud Lériget ou il a esté contrain De faire plusieurs Voyages pour les affaires particulières Dud Lériget tant a La Rochett que angme et ailleurs, ou Il a mesme employé pluzieurs sommes et Deniers de son argent propre Pour Lesafaires Dud Leriget ainsy qu'il sera Prest de Justifier en venan à compter, putre qu'il a mené et conduit Dans la maizon dud Leriget du bled vin et autre choze pour sa nouriture et entretien De sa maizon Venant De son bien ainsy qu'il sera prest de Justifier en temps et lieu. » Là-dessus, le notaire se retire en dressant un procès-verbal que signent : « Leriget, sans approuver rien de prejudiciable a mes droits attandu que je suis despourveu de conseil — Boissier — magdelene leriget — J. Marginiere — f. Brousse — Ch. Gervais nore roïal hereditaire. »

C'est sur cette pénible scène de famille que nous tournerons cette page de la vie de Roch Boissier. Cela n'est pas de la grande Histoire; c'est à peine de l'Histoire locale, — de l'Histoire de mœurs. Mais c'est un aperçu de plus sur les conditions d'existence des classes moyennes rurales, aux deux derniers siècles de la Monarchie, dans notre région de petites propriétés où, le paysan étant aisé, le bourgeois et le gentilhomme étaient nécessairement pauvres. On ne se fait une idée juste de leur détresse qu'en parcourant, dans les archives particulières, les correspondances de cette époque. Un moment, le salut parut leur venir, de très loin, dans le magnifique essor colonial qui s'élargit tant vers le milieu du XVIIIe siècle et auquel notre Angoumois et les provinces voisines apportèrent un concours si enthousiaste. Mais la Révolution survint, et le mouvement fut enrayé net avant même que la perte de nos colonies fût un fait accompli. Le mouvement migratoire continua mais s'il mena les familles moins loin, ce fut sans esprit de retour. Elles se sont, pour la plupart, éteintes, hors du sol natal, comme si la sève s'était tarie dans ces vieux troncs déracinés.... Quelques-unes sont restées, heureusement, et c'est le cas de celle qui vient de nous occuper.

Georges de Massougnes des Fontaines

Notes :

1. Fille de Me François Gesmond, sr de Cussac, garde des eaux et forêts d'Angoumois, et de dame Jeanne Gervais, tout deux déjà décédés en 1697. Ce nom, uni à celui de Bouniceau, était encore représenté naguère dans le département.

2. Fille de jean Lériget, sr de Larchier, et de Marie Alanore, décédés avant 1716.

3. Jean Demarginière, seul de sa famille, signait « J. Marginière ». Ce nom, sous cette dernière forme, a subsisté presque jusqu'à nos jours.

4. Par contrat du 8 mai 1697. François Renaud, issu de la paroisse de la Rochette, où il habitait le village des Aillards, vint après son mariage, demeurer à celui de La Grange, en Agris. D'abord qualifié « sieur du Mineur » dans les minutes de Dubournais, — après 1713 il habite, à Agris même, le logis noble de La Michenie, dont il s'intitule sieur, par suite de l'acquisition qu'il en avait faite, à cette date, d'un marchand de biens d'Angoulême, Jean Pétis, se disant « blanchier » (E. 694, Dubournais jeune, not. à Agris). Possesseur d'une certaine fortune, qui semble s'être accrue longtemps, François Renaud était fils de Jean et de Marie Gounin, veuve en secondes noces (1697) de Me Jean Gervais, garde des eaux et forêts d'Angoumois. Son fils, Clément Renaud, sr de la Michenie, acheta une charge de notaire royal à Agris, où il exerça ses fonctions de 1742 à 1763 (Arch. Char. E. 777-794).

5. Demeurant au village des Massés, — auj. Chez Masset, ou mieux: Chez Macé, — paroisse de Brie-de-La Rochefoucauld. Toute cette région, voisine de la Braconne, fourmillait alors de forestiers.

6. Demeurant à Chez-Caille, — ou mieux: Chez Cail — en la paroisse d'Agris.

7. De Noël Bezaud, sr du Parc et de Marie Dubournais, sa femme, demeurant au village de Puysaguet, paroisse d'Agris.

8. Remarquer, en passant, que ce nom, qui veut dire forestier, est écrit indifféremment sous la même plume, par deux s ou un x, ce qui sert une fois de plus à prouver que cette dernière lettre n'était utilisée, jadis, que comme un double, et que des noms comme Texier, Boixier, La Boixe, Luxé, Xambes ou Bruxelles, ne doivent pas se prononcer autrement que Tessier, Boissier, La Boisse, Lussé, Sambes ou Brusselles (en flamand Brussels). Rien de plus fâcheux, pour la conservation de la prononciation française, que la vulgarisation de la « science » de l'orthographe !

9. L'acte, passé au village de la Grange, dans la maison de l'acquéreur, est signé « Boissier — F. Renaud — h Boyssier, sanrien aprouver à mais autres droitz de préjudisiable — J. Couprie — L. ferrand ». Le notaire a oublié de signer.

10. L'Esbaupin, Les Combes, etc. autant de lopins de terres, de simples champs appartenant à la même famille, dont nous voyons les noms portés par divers de ses membres, selon la coutume devenue générale à cette époque dans les familles nobles ou bourgeoises, à défaut de terres importantes, et à l'imitation des possesseurs de plusieurs fiefs.

11. Ces pièces sont mouvantes, la 3e, à rente, du sgr de Coulgeant, et les trois autres, l'agrier et terrage, de Mgr le Duc de La Rochefoucauld et des hoirs du sr Fureau de Villemalet, « comme les ayant acquises du Roy nostre sire ».

12. L'acte, passé « au lieu des Barrières parre dud Agrix maison et demeure dud helie Boissier et dud Vendeur en pnce de Jean Boissier, sr de Lesbaupin et René Martin clerq d' au village des Mauberards et de Pussecq pare dud Agrix est signé « Boissier — J. Fourgaud — h. Boyssier — J. Boyssier — rené martinet (sic) — Ch. Gervais, nore Roial héréditaire ».

13. « Fait et passé au lieu des Barrières parroisse susd en la maison et demeure dud hélie boixier et dud sieur bailleur, le treize mars mit sept Cens Onze avant Midy, es présence de jean de guilard escuyer Chevalier du quesroy et René martin, Clerc, demeurans scavoir led sieur de Guitard Escuyer au bourgt de st Constant Et ledit martin au village de puisse paroisse dudit agrix » Signé : « h. Boyssier — Boissier — Jean de Guitard — J. Fouillade — rené martine — Ch. Gervais note Roial héréditaire — En acordant ces pntes a esté payée En dépance Par Le Preneur Du Commandemt Dudt sr bailleur qnarante solz — Boissier ».

14. C'est probablement par suite d'une cession réelle que la qualification de sieur de la Fayolle avait passé du père au fils, du vivant du premier.

15. Parmi les meubles figurent un peu de vaiselle d'étain et quelques couverts de même métal, et la somme de 250 # est dite provenir en partie du don fait à Marie Lériget par feu Monsr de Gourville, et en partie du partage fait centre ladite « Lérigette » et ses frères, sœurs et beaux-frères, des biens de feus Jean Lériget, sr de Larchier, et Marie Alanore, ses père et mère. Monsieur de Gourvillle désigne sans doute, ici, Jean Hérauld, sgr de Gourville, né à La Rochefoucauld en 1625, mort en 1703, le célèbre financier frondeur et l'auteur des Mémoires.

16. Les Camus de Moussac, aujourd'hui : Les Camus, village, commune d'Agris.

17. Le nom de ce François Pétis,qui exerçait probablement la profession inavouée de « marchand de biens », doit être rapproché de celui de Jean Pétis, autre trafiquant de la même catégorie, dont il a été question ci-dessus, note 4.

18. La métairie de Cussac est tenue et mouvante « aveq autres lieux Tant à Ranthe que agrier, Du chasteau De Montignac, abaie de st amant de boixe, Prieuré dud. st estienne Et chastelard dud. st amant de boixe ». — Me François Mallet, notaire et procureur de la chastellenie de Montignac-Charente, demeurant au bourg de St Amant de Boixe, assiste à la vente. Cette métairie de Cussac doit être recherchée parmi les maisons du bourg de Villejoubert, car le nom n'en figure aujourd'hui en aucun point isolé des trois paroisses dont elle dépendait.

19. Nous avons vu qu'il était l'oncle maternel par alliance de Roch Boissier.

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