Terrasson de Montleau (Alexandre-René-Gabriel)
Angoulême 13 mai 1773 - Saint-Estèphe 6 septembre 1842.

Fila de Jean, chevalier, seigneur en partie de La Motte-Montleau, et de Julie-Françoise de Terrasson de Verneuil. Un notable issu de la noblesse d'Ancien Régime, qui a commencé son ascension dans les dernières années de l'Empire, grâce au préfet Boissy d'Anglas, pour la poursuivre sous la Restauration. Il ne faut pas le confondre avec René-Cyprien-Cabriel Terrasson de Montleau, son contemporain et son cousin d'une autre lignée, celle des seigneurs d'Ardenne-en-Moulidars et Tourteron à Saint-Simeux. Tous les deux étaient d'anciens émigrés amnistiés à peu près en même temps en l'an X, mais René-Cyprien-Gabriel, à la différence de notre notable, ne semble pas avoir joué de rôle public.

Alexandre-René-Gabriel avait été page de la chambre du roi Louis XVI, enseigne au régiment des gardes françaises en 1789, émigré en 1790, officier dans l'armée des Princes, rentré en l'an IX ; il restait sous la surveillance de l'administration. En l'an IX, il se mariait en Dordogne avec Françoise-Victoire-Henriette d'Arlot de Cumont, dont il a eu un fils unique, Joseph-Adrien, né à Angoulême en l'an X. Il figure sur les listes de propositions de l'administration préfectorale à compter de 1812 : ainsi, troisième candidat présenté pour présider le canton électoral d'Angoulême avec la mention : "Agriculteur distingué, grande influence, dix mille francs de revenus". La même année, il remplace Maulde de L'Oisellerie décédé, au Conseil général du département, qu'il présidera plus tard sous la Restauration. Il figure (n° 23) sur la liste des soixante-douze personnes les plus marquantes établie en juillet 1812. Adjoint au maire de Saint-Estèphe en 1812, il en est le maire de 1815 à 1824. Il y possède un bien propre, provenant d'un échange fait en l'an XIII contre une maison à Angoulême. En 1822, il se présente à la députation dans le collège du département ; il est battu par Descordes, mais par contre il est élu en 1824 dans le même collège. En 1827, il démissionnera pour raisons de santé. En fait ce pur royaliste, ne ménageait pas ses critiques au gouvernement ; d'une rude franchise, il s'appelait luimême "paysan du Danube". Le préfet essaya en vain de le faire revenir sur sa décision en lui faisant des promesses alléchantes.

Sur les listes du suffrage censitaire, il figure pour un chiffre supérieur à 1 000 F sous la Restauration, et légèrement inférieur après 1830. La déclaration de succession en mars 1843 indique un capital de 45 320 F, correspondant à son domaine des Andreaux de Saint-Estèphe, et un mobilier de 2 200 F. A quoi il faut ajouter les biens propres de sa femme, en Dordogne, qui figurent pour un cens de 862 F (en 1834) sur les mêmes listes censitaires. Pendant la Révolution, les parents Terrasson de Montleau avaient été en état de détention dans leur maison de Beaulieu, puis le père avait été détenu à la maison des Carmélites. D'après la déclaration fournie en l'an VI, en tant que père d'un enfant émigré, la fortune de la famille semble avoir été plus considérable avant les événements de 1789 : l'ensemble des biens, meubles et immeubles approchant de 200 000 F d'après l'estimation du père qui insiste, il est vrai pour les besoins de sa cause, sur la dégradation de sa fortune qui se situait dans plusieurs cantons du département de la Charente et aussi en Vendée.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.