Jean Descravayat de Belat
Roussines 26 septembre 1733 - Angoulême 10 décembre 1819.

Fils de Jean Descravayat, seigneur de Belat, et de dame Françoise Corderoy. Rien ne semblait prédestiner cet ancien lieutenant de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, un homme de l'Ancien Régime, victime de la Révolution, n'ayant jamais exercé le moindre mandat politique ou administratif, à devenir en 1804 le maire d'Angoulême. C'est la nomination la plus insolite de Bonaparte, et la gestion de ce notable à la tête de la première ville du département devait se révéler sur neuf années, jusqu'en 1813, comme la meilleure après les changements fréquents et l'instabilité qui duraient depuis 1790.

Les difficultés financières de la famille de Belat avaient commencé à la génération précédente, vers 1760, et après la mort des parents l'ensemble des biens était resté dans l' indivision entre Jean Des cravayat et ses soeurs, au nombre de trois, auxquelles le frère devait verser des pensions viagères. D'autre part, Jean Des cravayat et sa femme, à partir de 1770, avaient fait des emprunts importants pour acheter le domaine de Balzac près d'Angoulême, en exerçant le retrait lignager sur le comte de Broglie, acquéreur de cette seigneurie ; quelques années plus tard c'était l'acquisition d'un terrain à bâtir, à Angoulême, dans le nouveau quartier d'Artois établi par l'ingénieur Hunier au sud de la vieille ville à la veille de la Révolution. Il y faisait construire un hôtel particulier ayant façade sur la rue d ' Iéna et sur celle qui porte le nom de Belat, juste à l'intersection des deux voies.

La Révolution apporte les ennuis ; à compter de l'an II Des cravayat est soumis à l' inventaire et séquestre de ses biens du fait que son fils cadet, dont il est séparé depuis 1788, est considéré comme émigré. En l'an III il est incarcéré pendant plusieurs mois à Angoulême avant d'être libéré le 14 frimaire an III (4 décembre 1794). En l'an V, Descravayat doit, à cause du séquestre, sortir de l'indivision avec ses trois soeurs, et en l'an VI il s'agit, en exécution des lois sur le partage avec la nation, de verser & l'Etat l'équivalent de la part d'héritage du fils émigré. En vendémiaire an VIII (septembre 1799) Descravayat de Belat est toujours un suspect politique et subit une visite domiciliaire de la part de l'administration municipale. En prairial an X (juin 1802), le père demande à faire bénéficier son fils émigré de l'amnistie accordée à l'occasion de la paix d'Amiens, demande restée sans suite.

En mars 1804, le maire Souchet démissionne, et un arrêté de Bonaparte du 28 germinal an Xll (18 avril 1804) nomme Descravayat à sa place. L'un des premiers actes du conseil municipal présidé par de Belat est de voter une adresse au Premier Consul en faveur de l'établissement de l'Empire, et le maire est nommé à la tête d'une délégation chargée de porter ce voeu à Paris. Désormais les décisions d'une gestion municipale consciencieuse et continue vont se multiplier. Les questions politiques ne sont plus du ressort de la municipalité, sauf à honorer le pouvoir en place.

C'est plutôt le pouvoir par l'intermédiaire du préfet, qui intervient dans les affaires de la ville. Voici les grandes réalisations de l'administration de Belat : liquidation du remboursement des offices municipaux de l'Ancien Régime non encore définitivement réglés ; achat des bâtiments des Jacobins pour y installer les services administratifs municipaux ; mise en place de la première bibliothèque communale avec les livres des anciens couvents et des bibliothèques privées d'émigrés ; installation d'un internat à l'école secondaire qui a remplacé l'école centrale ; tentatives sans succés pour obtenir un lycée ; travaux d'urbanisme : réparation des remparts et des portes, amélioration des communications entre la ville et les faubourgs et en particulier aménagement de la partie allant de la porte Saint-Pierre à la route de Bordeaux, ouverture de nouvelles rues dans les anciens terrains du château... Avec le maire de Belat, les budgets annuels sont proposés, examinés et arrêtés, ce dont il n'y a pas de trace avec les précédesseurs.

Lors du renouvellement administratif de 1807, de Belat est reconduit avec l'appréciation du préfet : "A des talents, de la bonne volonté mais accablé d'infirmités, suite de son grand âge. Très estimable". En juin 1807 le préfet le propose même parmi les trois candidats qu'il doit présenter pour présider le collège électoral du département. Il n'en sera pas de même en 1812 avec le préfet Boissy d'Anglas, qui demande le remplacement du maire octogénaire, sourd et infirme, et de son premier adjoint Cratereau aîné, atteint lui par la goutte qui l'empêche de sortir de chez lui, et auquel il reproche l'insuffisance de ses facultés intellectuelles. Le préfet propose comme premier candidat Pierre Lambert des Andreaux, qui sera nommé à la place de Belat et prendra ses fonctions en mai 1813. Lors de l'installation du nouveau maire, le préfet, dans son discours, n'aura aucun égard pour le partant, sauf pour dire son "juste espoir de voir bientôt rendu à toute sa dignité une magistrature dont jusqu'ici on a méconnu l'importance !" Par contre Lambert et la commission municipale chargée de vérifier la gestion des sortants sauront rendre hommage à la qualité de leur administration.

Aucun des cinq enfants de Belat n'a laissé de descendance, et la famille s'est définitivement éteinte en 1849.

Les déclarations de succession faites en 1820, après le décès du père indiquent un montant global immobilier de 48 000 F tant à Angoulême qu'à Roussines où se trouvait le domaine de Belat. Plus 10 800 F en meubles à Angoulême. Il n'est plus fait mention du domaine de Balzac, qui semble avoir été aliéné à la fin du Directoire pour liquider l'énorme passif qui résultait des dettes et obligations de toutes sortes, à quoi s'ajoutait alors le prélèvement de la nation.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.