La dénomination de gardes du corps, en anglais lifeguard, en allemand Leibgarde, se confond dans ces langues, en russe, etc., avec ce qu'on appelle chez nous et ailleurs garde royale ou garde impériale. En Autriche, on se sert de celle de gardes-nobles, trabans, etc., etc. En France, c'était un corps de gentilshommes montés, organisés en compagnies et faisant le service dans l'intérieur des châteaux royaux près de la personne du roi et des princes, qu'ils devaient en outre escorter à leurs sorties, suivre et accompagner dans tous leurs voyages ou déplacements. Les gardes du corps tenaient le premier rang dans la brillante maison militaire de nos rois. A la guerre, ils servaient comme corps de cavalerie, et ils se sont illustrés en plus d'une occasion, surtout pendant les guerres du règne de Louis XIV.

Charles VII institua la première compagnie des gardes du corps : il la composa d'Ecossais d'une bravoure et d'une fidélité éprouvées, choisis parmi ceux que les comtes de Buchan et de Douglas avaient amenés en France pour aider le roi à chasser les Anglais de son royaume. Cette compagnie s'appelait la compagnie écossaise des gardes du corps du roi. Louis XI créa la 1re et la 2e compagnie française des gardes du corps, et François Ier la 3e compagnie. La compagnie écossaise, comme la plus ancienne, a toujours eu la droite sur les compagnies françaises, et le rang de celles-ci était déterminé par l'ancienneté de réception de leur capitaine. La compagnie écossaise fournissait en outre le premier homme d'armes de France et les 24 archers ou gardes de la manche, chargés d'accompagner le roi et de veiller plus particulièrement sur sa personne dans les grandes cérémonies publiques.

Les compagnies de gardes du corps faisaient le service par quartier. Le capitaine des gardes qui était de quartier ne quittait pas le roi depuis son lever ou sa sortie de sa chambre jusqu'à ce qu'il fût couché, et marchait toujours immédiatement après le roi et proche de sa personne, quelque part qu'il fût, à table, à cheval, en carrosse ou partout ailleurs. Brillantes prérogatives ! aussi les plus grandes illustrations militaires de tous les temps ont-elles ambitionné ce poste, qui leur donnait l'oreille du souverain.

Sous François Ier, chaque compagnie comptait cent gardes ; sous Charles IX, la compagnie écossaise n'était plus composée que de gentilshommes français ; sous Louis XIV, la reine-mère et le duc d'Orléans eurent chacun une compagnie de gardes du corps. L'effectif des gardes, sous ce prince, s'éleva à 1,600 hommes ; ce chiffre, en 1715, était réduit à 1,440, et ce nombre de gardes parait s'être maintenu jusqu'à la révolution de 1789. L'histoire des gardes du corps se rattache essentiellement à l'histoire intime de la cour de France. On ne peut nier que ce corps n'ait rendu de grands services à la couronne ; il se distingua en toute occasion par une fidélité à toute épreuve envers la famille royale, et en beaucoup de circonstances il a scellé cette fidélité de son sang.

Supprimés par larévolution, les gardes du corps reparurent avec la Restauration ; leur organisation définitive fut déterminée par une ordonnance du 30 décembre 1818. Par cette ordonnance, les gardes du corps du roi se composaient, en outre de l'état-major, de 4 compagnies, fortes chacune de 287 hommes, officiers et gardes. La compagnie formait quatre brigades représentant deux escadrons.

Les gardes étaient divisés en trois classes et avaient le grade de lieutenant en 1er ou de lieutenant en second, ou enfin de sous-lieutenant. Les gardes de 3e classe étaient choisis parmi les élèves des écoles militaires et les sous-officiers de la ligne remplissant les conditions voulues pour devenir officiers. Presque tous les autres emplois étaient donnés un tiers au choix, deux tiers à l'ancienneté ; les grades supérieurs étaient tous laissés au choix du roi. Enfin une ordonnance du 22 mai 1822 donnait jusqu'au grade de colonel, le grade supérieur à tout officier employé dans les gardes du corps du jour où il avait accompli huit années dans l'emploi du grade inférieur.

L'uniforme des gardes du corps était vraiment magnifique : il se composait d'un habit bleu de roi, avec collet, parements et retroussis écarlate ; la poitrine, le collet, les parements, les poches, étaient couverts de brandebourgs et de boutonnières en galon d'argent ; le pantalon était en drap bleu ou en casimir blanc ; le casque était formé d'une bombe droite, en plaqué d'argent, entouré d'une peau de veau marin ainsi que la visière et le couvrenuque ; la banderole tenant la giberne était en galon d'argent. Les gardes portaient des épaulettes et des aiguillettes en argent ; ils étaient armés d'un mousqueton avec sa baïonnette, d'un sabre de cavalerie et d'une paire de pistolets.

Monsieur, comte d'Artois, eut, à la Restauration, deux compagnies de gardes du corps dont l'uniforme vert était d'ailleurs en tout semblable à celui des gardes du corps du roi. Par ordonnance du 21 avril 1819, ces deux compagnies n'en formèrent qu'une seule, et cette compagnie, à la mort de Louis XVIII, devint la 5e des gardes du corps du roi.

Les cinq compagnies des gardes du corps furent licenciées par ordonnance du 11 août 1830, sans doute pour ne plus reparaître. Ce corps tout de luxe, malgré les services qu'il a rendus, n'était plus de notre époque.

Il en était de même des gardes à pied ordinaires du roi dont on a fait connaître l'état au mot Cent-suisses.

Source : Encyclopédie des gens du monde, d'Artaud de Montor.