François Pougeard-Dulimbert
Confolens 3 juillet 1753 - Limoges 19 mars 1837.

Fils aîné de Jean-Baptiste, juge sénéchal à Confolens, et de Marie-Radegonde Babaud. Il est difficile de trouver une carrière publique plus remplie que celle de ce descendant de magistrats confolentais, carrière commencée sous l'Ancien Régime en 1777 et qui s'achève sous la Monarchie de Juillet. Orphelin de bonne heure, il se destina à la magistrature comme les générations précédentes. Après des études de droit d'abord à Poitiers, puis à Paris où il fut reçu avocat en parlement en 1777, il revint se fixer à Confolens comme homme de loi. Esprit pratique, réfléchi et laborieux, il se signala très jeune par ses mérites. En 1787, il est membre de la nouvelle assemblée provinciale du Poitou et en 1789, d'abord député à l'assemblée du Tiers de Confolens et chargé de rédiger le cahier de doléances, avant d'être élu en mars député aux Etats généraux sur les recommandations de Memineau, un autre confolentais.

A l'Assemblée Constituante, il fait partie de nombreux comités ; il est commissaire à la Caisse de l'Extraordinaire, secrétaire de l'assemblée en 1791. En septembre 1791, il est administrateur et président du district de Confolens et en novembre 1791, maire de la ville de Confolens. En novembre 1792, juge de paix du canton, il reste en dehors de l'administration du district dans les années cruciales de la Révolution. En février 1795, il refuse le poste d'agent national du district où le représentant Bordas l'a nommé ; comme quelques mois plus tard il refuse d'être le procureur syndic du département sur proposition du représentant Penières. Il préfère rester juge de paix jusqu'au moment où, en vendémiaire an IV (septembre 1795), il est élu député au Conseil des Anciens. Il y joue un rôle à la fois modeste et utile ; en particulier il fait partie d'une commission chargée d'examiner le projet de loi concernant la contribution foncière. Il aurait démissionné du Conseil des Anciens après le Dix-Huit Fructidor et il se rallie au régime issu de Brumaire. En 1800 il est l'une des trois personnalités que l'opinion publique désigne pour la place de préfet du département, mais comme il n'est pas question d'exercer cette fonction dans son département d'origine, Pougeard-Dulimbert est nommé préfet de la Haute-Vienne où il exerce de l'an VIII à l'an X. Il est le seul charentais à être promu à cette charge par Napoléon. Il figure sur la liste des soixante de l'an XIII, en Charente, et sur celle des soixante-douze de 1812. Membre du Tribunat de l'an X à 1807, il en sort pour devenir préfet de l'Allier, d'octobre 1807 à juin 1814. Membre de la Légion d'honneur en l'an XII, il est fait baron de l'Empire sans dotation en 1809. En mai 1814, il sollicite de revenir à la préfecture de la Haute-Vienne, mais une ordonnance royale le met à la retraite avec une pension de 6 000 F bientôt réduite de moitié. Pendant les Cent Jours il est nommé préfet de la Somme, mais quelques jours plus tard un contre-ordre le fait retourner à Moulins. A ce sujet il écrit au ministre de l'Intérieur, Carnot : "Le bien du service de l'Empereur encore plus que mon agrément personnel aurait peut-être exigé que je fusse placé ailleurs (qu'à Moulins), où je trouverai les hommes qui auront peine à me pardonner le mal qu'ils m'ont fait... Quel que soit le poste qu'on m'assigne je vous prie, Monseigneur, d'être persuadé que le gouvernement peut compter sur mon zèle et mon dévouement". Dans la société de Moulins, il s'était formé un parti d'opposition au préfet, à qui on reprochait, disait-il, de n'avoir pas protégé suffisamment leurs enfants contre la conscription, acceptable tant qu'elle n'avait touché que les fils des classes inférieures. Sa carrière préfectorale s'achevait définitivement en juillet 1815. En octobre 1821, il sera élu député de l'opposition dans la circonscription de Confolens contre le général Dupont, candidat du gouvernement. En 1823 il proteste contre l'expulsion de Manuel. En février 1824, c'est Dupont qui l'emporte, mais en 1827 Pougeard redevient député et en mars 1830 il est l'un des 221 signataires de l'adresse au Roi. En juin 1830 le collège électoral de Confolens lui renouvelle son mandat. En 1831 il ne se représente pas à la députation ; cependant il accepte encore les fonctions de membre du Conseil général, qu'il préside trois fois . De son mariage avec Anna Goumat, décédée en 1832, étaient nés un fils et trois filles. Le fils, Jean-Joseph, élève de l'une des premières promotions de l'Ecole militaire de Fontainebleau, fait une carrière militaire jusqu'en 1818 avant de se retirer comme agriculteur sur le domaine de Saint-Maurice. Rallié à la Monarchie de Juillet, il reprend alors du service pour finir inspecteur général de la Gendarmerie ; il fut en même temps, à plusieurs reprises jusqu'en 1846, député de l'arrondissement de Confolens et membre du Conseil général de la Charente. Marié avec la fille du maréchal Jourdan ; un petit-fils du préfet de l'Empire, sera à son tour sous-préfet d'Argelès sous la Monarchie de Juillet et préfet dans d'importantes villes sous le Second Empire.

Les contributions du préfet de l'Empire montaient en Charente à 2 039 F en 1806, faisant partie de la liste des trente plus imposés du département, avec acquisition de biens nationaux assez importants. Le cens : 2 377 F en 1824. A son décès en 1837, il laissait un total mobilier de 65 800 F, dont 58 800 F en numéraire, et seulement 18 400 F en immobilier dans le canton de Confolens, ce qui ne correspond pas, à coup sûr, à l'ensemble de la fortune qui avait dû être transmise, à cette date, par donation.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Jean Jézéquel.