Pendant que le jeune Jean Agard Durantière poursuit sans difficulté à l'Université des études qui lui permettront d'être de bonne heure inscrit comme avocat au barreau d'Angoulême sa mère va vivre en douairière à Rougnac dans la vieille demeure des Juilleries basses tout en surveillant l'exploitation de la ferme des Juilleries hautes et le reste du domaine qui est principalement forestier. Jean Agard va voir sa mère et celle-ci va de temps en temps en calèche à Angoulême. On a raconté plus tard qu'un jour dans le mauvais chemin de terre qui vient des Juilleries la voiture de maître avait malencontreusement versé. La douairière Agard avait eu grand peur d'être noyée dans le proche étang. Pour ne plus avoir à emprunter ce maudit chemin qui ne conduisait qu'à une vieille maison de famille pas trop grande et peu confortable la décision fut donc prise de faire construire une nouvelle demeure permettant de ne plus habiter dans la vieille batisse ancestrale. Comme site on n'avait que l'embarras du choix. C'est le mot à employer. Ce que Dame Marguerite Clarisse Jacques Lanauve veuve Agard avait choisi, c'était son choix. Tel fut donc le château de Monchoix. Le site ne pouvait être plus adéquat. De plus, sans s'éloigner beaucoup de Rougnac et de Villebois l'on se rapprochait de plusieurs kilomètres d'Angoulême, considération qui avait son poids. Le jeune avocat du barreau d'Angoulême avait assez de loisirs pour venir surveiller les travaux et pour traiter à Angoulême avec architecte et entrepreneurs. On eut finalement en un sobre et discret pastiche du style Henri IV, un fort beau logis avec perron au Nord et terrasse et parc au Sud. Sur les impostes des portes doubles les initiales « A » et « D » Agard et Durantière se lisaient sans peine dans les courbes du fer forgé. Les deux noms étaient sur un pied d'égalité. L'antique patronyme Agard voisinait avec le nom d'un hameau périgourdin de la commune de Savignac « les Durantières » où peut-être avaient jadis vécu quelque famille apre au travail les Durand ? S'appelant de cette façon « Durantière » les Agard n'ont jamais prétendu être dits Agard des Durantières.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1983)