Dès les premiers jours de l'invasion Franke, la forteresse de Nuntrun (Nontron) avait été bâtie sur la pointe d'un rocher. A ses pieds se groupèrent quelques habitations qui, au huitième siècle, formaient déjà une petite ville, sous la dépendance des vicomtes de Limoges.

Pendant le règne de Charlemagne, le vicomte Roger donna, en 785, la châtellenie de Nontron à l'abbaye de Charroux, en Poitou, et fonda dans cette ville, vers 804, un monastère sous l'invocation du Saint-Sauveur.

Nontron fut impitoyablement ravagée par les Normands; après un long combat, les barbares s'étant emparés de la forteresse, mirent tout à feu et à sang. Au dixième siècle, la flamme avait encore laissé des traces sur les murs noircis et à demi-écroulés du donjon.

Vers l'an 1200, les abbés de Charroux cédèrent la châtellenie aux vicomtes, leurs bienfaiteurs, sous la réserve de l'hommage et la redevance annuelle d'un palefroi dont la valeur fut réglée à la somme de quinze livres tournois. A cette époque, un vaste château fut construit sur les ruines de la forteresse. Il se composait d'un corps principal, situé au nord, et d'un fort situé au sud-ouest, séparés l'un de l'autre par un fossé à pont-levis; une grosse tour et une chapelle dépendant de ce beau manoir existaient il y a peu d'années, mais on ne voit plus aujourd'hui que quelques débris insignifians de l'antique demeure des puissans seigneurs de Limoges.

En 1186, alors que la plupart des barons féodaux de la Guienne cherchaient à secouer le joug de la domination anglaise, une bande, conduite par Mercaders, qui s'autorisait du nom de Richard (depuis surnommé Cœur-de-Lion), se montra dans le Bas-Limousin, parcourant les campagnes et les mettant à contribution. Déjà elle avait saccagé Nontron et d'autres bourgs de peu d'importance. Les chevaliers de la Paix se mirent à sa poursuite et parvinrent à en délivrer le pays.

Richard, débarrassé de la guerre avec ses frères, s'occupa de tirer vengeance des seigneurs qui avaient osé lever l'étendard de la révolte; il assiégea Périgueux, marcha sur Excideuil, et livra la petite ville de Nontron, qui n'était plus défendue par son château-fort, à sa dévastation et au pillage.

Au commencement du quatorzième siècle, l'un des vicomtes de Limoges refusa l'hommage et la redevance que ses ancêtres avaient promis de faire aux abbés de Charroux pour la châtellenie de Nontron. Ceux-ci ne pouvant obtenir justice de leur vassal orgueilleux et puissant, cédèrent leurs droits à Philippe-le-Bel, en échange d'une rente sur la ville de Charroux. Le vicomte dut courber la téte devant la volonté du roi de France, et fit abandon de sa seigneurie.

En 1426, les Anglais étaient maîtres de Nontron, qui avait été de nouveau cédée aux vicomtes de Limoges. Bientôt après, elle passa à la maison d'Albret, par le mariage d'Alain, sire d'Albret, avec Françoise de Bretagne, vicomtesse de Limoges; elle se composait de vingt-deux cbâtellenies ou soixante-douze paroisses.

Pendant la minorité de Charles VIII, le duc d'Orléans, mécontent de ce que les états-généraux avaient confié la régence du royaume à Anne de Beaujeu, se retira auprès du duc de Bretagne, qui se déclara pour lui. La Bretagne ne tarda pas à être envahie par une armée française. Le duc implora l'appui de l'Angleterre et demanda des secours de tous cotés à ses nombreux amis. L'un d'eux, Alain d'Albret, se hâta de rassembler sur la frontière du Périgord et du Limousin, trois ou quatre mille hommes pour secourir le duc de Bretagne, dont il espérait épouser la fille; mais les seigneurs ses voisins, qui avaient embrassé la cause du roi de France, l'assiégèrent dans son château de Nontron; il fut forcé de capituler et de congédier ses troupes (1488).

Alain d'Albret ne renonça pas à son projet de se rendre en Bretagne; il amena plus tard au duc mille chevaux. Ce secours fut inutile; mais pour faire face à toutes ses dépenses, le sire d'Albret démembra plusieurs fiefs de sa baronnie de Nontrou, et vendit cette seigneurie elle-même à Dauphin Pastoureau, par contrat du 10 janvier 1499, et pour la somme de 4,025 livres tournoises; il la racheta deux ans après. Ainsi la maison d'Albret a continué de posséder cette terre jusqu'à Henri IV.

Nontron eut à souffrir des guerres de religion qui ensanglantèrent la province de la Guienne, durant le seizième siècle. En 1569, pendant que l'armée des princes traversait le Périgord et l'Angoumois pour s'avancer sur la Loire, Coligny détacha Antoine de Larochefoucault-Chaumont, avec un bon corps d'infanterie, pour s'emparer de Nontron, place qui appartenait à la reine de Navarre, et gardée seulement par quatre-vingts hommes. Larochefoucault la prit de force et en fit passer la garnison au fil de l'épée.

Sept ans après, les états du Périgord s'assemblèrent dans celte ville, et le 18 octobre 1597, au rapport de Brantôme, on y décida la vieille querelle de préséance entre les quatre hauts barons de la province, qui durent, en vertu de la décision des états, se placer dans l'ordre suivant: Bourdeillet, Biron, Beynac et Mareuil.

Nontron soutint plusieurs siéges; trop faible pour arborer le drapeau de tel ou tel parti, cette ville subissait la loi du vainqueur, suivant les vicissitudes de la guerre, tantôt recevant une garnison protestante, tantôt ouvrant ses portes à une armée catholique. Au temps de la ligue, elle fut prise par le duc d'Epernon.

En 1654, Nontron obtint un arrêt du conseil par lequel le roi lui remit la moitié des impositions auxquelles elle était soumise. Cette faveur fut accordée, dit l'arrêt, aux fidèles Nontronnais pour avoir fourni bon nombre d'hommes vaillans qui contribuèrent puissamment à la prise de Brantôme, de Bourdeilles et autres petites villes des environs.

Lors de son avénement au trône, Henri IV avait cédé la seigneurie de Nontron à Catherine de Bourbon, sa sœur; plus tard, et du consentement de cette princesse, il la vendit à Elie de Collonges, seigneur du Piégut et du Bourdeix. Le comte de Laramière, dernier possesseur de cette terre, en avait vendu le château avec ses dépendances à M. Mazerat, peu de temps avant la révolution. En 1794, la régie des domaines se crut en droit de saisir cette propriété qu'elle supposait domaniale. D'après les lois de l'époque, la question devait se juger par arbitrage, en présence d'un commissaire de l'administration.

M. Mazerat était mort; malgré l'extrême difficulté des temps, et celle de ma position personnelle, dit M. Verneuilh de Puyraseau, je consentis à défendre ses enfans mineurs. Je cherchai donc à établir par d'anciens titres, 1.° que la baronnie de Nontron avait cessé d'appartenir à Henri IV, par l'abandon qu'il en avait fait à sa sœur; 2.° que les domaines particuliers n'avaient été réellement réunis à la couronne que postérieurement à la vente consentie à la maison de Collonges; qu'ainsi la terre vendue n'avait pu être affectée de domanialité par l'édit postérieur de 1607. Pendant cette discussion, le commissaire du district, M. Boyer, garda un louable silence. Il y eut partage entre M. Duchassaing, mon co-arbitre, et moi; et M. l'avocat Feuillade le vida en faveur de ceux qu'on voulait déposséder.

Nontron est bâtie sur la croupe d'un coteau qui s'élève rapidement des bords du Bandiat. Le coup d'œil en est pittoresque et l'aspect de cette petite ville repose agréablement la vue lorsqu'après avoir parcouru le chemin désert, âpre et sauvage que l'on a suivi depuis Brantôme, on découvre enfin Nontron du haut des sommités de Saint-Martial. Le creux vallon du Bandiat, la ceinture verdoyante dont la ville est entourée de ce côté, les accidens de terrain que présente le passage du sol calcaire au sol granitique, prêtent des charmes à cet agreste tableau! mais l'intérieur de la cité efface bientôt les premières impressions: les rues sont inégales et montueuses; on n'y rencontre aucun édifice remarquable. Une seule maison (rue Désarneaux) laisse voir quelques traces de sculptures qui datent de l'époque de la renaissance.

Noutron eut autrefois trois couvens; l'un de bénédictins, l'autre de cordeliers, le troisième de claristes. Les deux derniers n'existent plus depuis la révolution; le premier avait été détruit lors des guerres de religion, et son église qui remontait à une haute antiquité, était devenue l'église paroissiale.

La partie la plus ancienne de Nontron est vers le sud, aux Fauves. C'est un plateau jadis fortifié, très-escarpé de toutes parts, excepté du côté de la ville, dont il est cependant séparé par une profonde coupure en partie naturelle et en partie faite de main d'homme. L'église bâtie en cet endroit et son clocher sont d'une architecture gothique. On y remarque plusieurs détails intéressans qui rendront plus déplorables les dégradations que ce monument a essuyées à différentes époques.

Source : La Guienne historique et monumentale, d'Alexandre Ducourneau.