Commune de St-Laurent-de-Belzagot
Superficie = 967 h. 40 ; Population = 390 habitants.
 
Cette commune s’étend en longueur, au sud de Montmoreau, sur une étendue de huit kilomètres, alors que, dans sa plus grande largeur, elle atteint à peine deux kilomètres.

Elle est limitée à l’est par la Tude, qui la sépare des communes de Saint-Amant, de Juignac et de Bors. Un petit affluent de cette rivière, la Cavronne, vient de la commune de Courgeac et parcourt la commune de l’ouest à l’est.

Au nord, un autre petit ruisselet, la Font-Désirade, répand sa fraîcheur et va rejoindre la Cavronne dans la commune de Courgeac.

Les vallées de ces cours d’eau, principalement celle de la Tude, renferment de bonnes prairies. Le haut plateau qui forme le reste de la commune, est parsemé de bois assez importants.

L’agriculture est assez prospère : néanmoins, comme dans beaucoup d’autres endroits, le manque de bras se fait sentir et, depuis quelques années, les propriétaires ont dû accepter les services de nombreuses familles vendéennes, qui ont affermé une grande partie des terres.

La commune de Saint-Laurent contient quelques propriétés importantes parmi lesquelles nous pouvons citer : Beaulieu et les Barrières, appartenant à M. Gerbaud ; Gratteloube, à M. de Lafaye du Bourgoin ; Champrosé, à Mme Veuve Allard.

Cette dernière propriété mérite une mention particulière. Situé dans le sud de la commune, près de la ligne du chemin de fer, le charmant logis de Champrosé fut acquis, vers 1840, par un homme de bien, dont la famille a toujours été des plus estimées dans notre pays, M. Alexis Gellibert des Seguins, docteur en médecine, qui fut maire d’Angoulême et député de la Charente.

Son gendre, qui était également son neveu et qui portait le même nom, lui succéda comme député d’Angoulême et mourut en 1868, jouissant de l’estime générale et laissant de vifs regrets dans le pays qu’il avait grandement honoré. Il laissait deux enfants, un fils et une fille. Le fils, M. Etienne Gellibert des Seguins, devint également député de la Charente et mourut en 1906, sans laisser de postérité  ; la fille, Mme veuve Allard, qui était l’aînée, vit encore et est toujours propriétaire du domaine de Champrosé.

Une autre famille remarquable de Saint-Laurent était la famille Bourdier-Lanauve, dont le dernier représentant avait fait édifier, à Rochefort, un superbe logis aujourd’hui inhabité, où il est décédé en 1889. Le logis de Rochefort appartient aujourd’hui à Mme de Malet-Roque fort.

La principale voie de communication de la commune est la route de Montmoreau à Chalais (route départementale n° 1 d’Angoulême à La Roche-Chalais) qui parcourt la commune du nord-est au sud-ouest. Le sud de la commune est traversé par la route d’Aubeterre à Blanzac (chemin de grande communication n° 21 d’Aubeterre, à Matha) et le nord est desservi par la route de Montmoreau à Barbezieux (chemin de grande communication n° 31 de Barbezieux à Salles-Lavalette). Deux chemins d’intérêt commun et quelques chemins vicinaux ordinaires complètent ce réseau.
 
Le bourg de Saint-Laurent (141 hab.), à deux kilomètres sud de Montmoreau et à vingt-sept kilomètres de Barbezieux, est construit dans une admirable situation, au sommet d’une colline de cent-dix mètres, dominant la vallée de la Tude et la voie du chemin de de fer. C’était autrefois le siège d’un prieuré dépendant de l’abbaye de Cluny. Ce prieuré ne paraît pas avoir été conventuel. Il a été à peu près complètement ruiné pendant les guerres religieuses du seizième siècle. De sa vaste et belle église il ne reste que de hautes murailles et un magnifique portail ogival. Près de ces ruines a été édifiée l’église actuelle qui ne présente aucune particularité remarquable.

En dehors du bourg, la population est disséminée dans une trentaine de hameaux, dont aucun n’a une grande importance. Parmi les principaux nous pouvons citer : tes Côtes (21 hab.), que l’on peut rattacher à l’agglomération de Montmoreau ; Frésignac (19 hab.), dans le nord de la commune, près de la source de laFont-Désirade ; le Marchais (22 hab.), à la limite de la commune de Montmoreau ; la Côte (15 hab.), où l’on remarque une abondante fontaine qui donne sa fraîcheur à un charmant vallon ; Champrosé (21 hab.) et Gratteloube (8 hab.), dans le sud de la commune ; Chez-Bastard (12 hab.), au sud du bourg ; Beaulieu (16 hab.), où l’on remarque la belle propriété de M. Gerbaud, etc., etc.

Commune de Courgeac
Superficie = 1842 h. 30 ; Population = 392 habitants.
 
La commune de Courgeac est une des plus étendues du canton : elle tient le cinquième rang comme superficie, mais elle ne vient qu’au huitième rang comme population et la densité de cette population est des plus faibles, puisqu’elle atteint à peine le chiffre de vingt-et-un habitants par kilomètre carré.

Un petit affluent de la Tude, la Cavronne, arrose la commune et reçoit lui-même plusieurs petits ruisselets ; mais ces cours d’eau sont fort peu importants.

De grands bois sont répandus un peu partout, principalement dans l’ouest et couvrent une vaste superficie. Aussi l’espace réservé aux différentes cultures est assez restreint.

Cependant les vallons sont assez fertiles et renferment principalement d’excellentes prairies ; un petit vignoble a été également reconstitué.

L’industrie est absolument nulle ; autrefois les ruisseaux faisaient mouvoir quelques moulins, qui sont aujourd’hui complètement arrêtés.

La route de Blanzac à Montmoreau (route départementale n° 10 de Cognac à Ribérac) limite la commune au nord et la route d’Aubeterre à Blanzac (chemin de grande communication n° 21 d’Aubeterre à Matha) lui sert de limite méridionale. La principale voie de communication est la route de Montmoreau à Barbezieux (chemin de grande communication n° 31 de Barbezieux à Salles-Lavalette), qui traverse toute la commune, de l’est à l’ouest. Le réseau routier est complété par plusieurs chemins d’intérêt commun. L’un de ces chemins unit le bourg de Courgeac d’un côté, au bourg de Nonac et de l’autre côté, à l’ancien bourg de Peudry. Un autre unit Courgeac à Saint-Martial. Enfin un troisième dessert le sud de la commune.

Le petit bourg de Courgeac (26 hab.), à cinq kilomètres ouest de Montmoreau et à vingt-quatre kilomètres de Barbezieux, est agréablement situé au sommet d’une colline qui domine de frais vallons.

La plupart des hameaux ne comptent qu’une ou deux maisons. Nous citerons cependant : Valy (38 hab.), au sud du bourg ; Bournet (22 hab.), dans le nord de la commune, où se trouvent les ruines de l’abbaye dont nous parlons plus loin et où l’on voit un joli château moderne ; Chabreville (15 hab.), à la limite de la commune de Saint-Laurent ; Magnac (19 hab.), près de la route de Barbezieux ; la Robinière (15 hab.) ; Chez-Triboire (18 hab.), Chez-Guérinaud (17 hab.), Chez-Châtaigner (25 hab.) et Chez-Tisseraud (16 hab.), dans le sud de la commune, etc., etc.
 
Au nord de la commune, dans un site solitaire, se dressent quelques vieux pans de murailles, seuls restes de l’abbaye de Bournet. Cette abbaye fut fondée, en 1113, par Giraud de Sales, qui la soumit à la règle de Saint-Benoît. Soumise, douze ans plus tard, par l’évêque d’Angoulême, Girard II, avec le concours du seigneur de Montmoreau, à la règle cistercienne, l’abbaye de Bournet revint peu à peu à ses premiers statuts et tous les documents qui la concernent depuis le commencement du quinzième siècle, la montrent comme appartenant à l’ordre de Saint-Benoît. Une bulle du pape Eugène III, confirmée, en 1460, par le pape Pie II, avait rattaché l’abbaye de Bournet directement au Saint-Siège. Cependant, à partir de l’année 1480, ses abbés rendent hommage à l’évêque d’Angoulême. A partir de la domination anglaise et surtout après les guerres religieuses, on la voit complètement soumise à ce prélat.

L’abbaye de Bournet n’eut jamais de revenus bien considérables. Cependant c’est pendant la fin du seizième siècle et la première moitié du dix-septième qu’elle fut le plus malheureuse. En 1565, les protestants la pillèrent, prirent ses biens, brûlèrent ses charte-et renversèrent son église. En 1615, Jacques Goulard, baron de Touvérac et seigneur de La Faye, s’installa dans l’abbaye et substis tua ses serviteurs aux religieux.

Il fallut une sentence les envoyant dans la jouissance de leurs droits (13 novembre 1617), pour que les religieux pussent rentrer dans leur couvent. Ce fut seulement dans la dernière moitié du dix-septième siècle, sous les abbés Jacques de Rochechouart et Guillaume de La Roche, que le monastère fut restauré. Jusqu’à cette époque les quatre religieux, formant la communauté, avaient dû se loger dans une maison particulière prise en location.

Parmi les principaux abbés de Bournet, nous pouvons citer Charles de Bony, qui, nommé évêque d’Angoulême, conserva néanmoins son abbaye jusqu’à sa mort et Jacques de Rochechouart, qui fut en même temps seigneur de Montmoreau.

L’abbaye de Bournet ne compta jamais un grand nombre de moines, et vers le milieu du dix-huitième siècle, l’abbé nommé d’autorité par l’évêque, réunit entre ses mains tous les offices. Cet abbé, Hélie Galliot des Roys était encore en titre en 1791.

Source : Géographie historique et communale de la Charente, de Jules Martin-Buchey.