14 juillet 2015

Le maire d’Angoulême fait châtier larrons, voleurs, vagabonds et leurs complices

Le dimenche de judica me, l’an de grâce MVCXL et ung, fut esleu et admis pour maire et cappitaine de ceste ville et cité d’Engoulesme maistre Ithier Jullien, escuier, lequel, en celle année, par sa bonne conduitte, dilligence et poursuitte nous délivra de plusieurs larrons, volleurs et vagabons qui de longtemps auparavant regnoient en ce pays d’Engoulmois y faissant meurtres, volleries et aultres maulx infiniz, par le moyen desquels estoit le pais et tous les passans par icelluy en merveilleuze craincte et dangier. Et desditz volleurs furent entre aultres par ledit maire prins et mis es mains de justice : Pierre Montvoisin dit le Gantier, Jehan Hannequin dit Passepartout et ung nommé le mareschal de Foulquebrunne, lesquelz furent exécutez, ars et bruslez en la ville de Poitiers, par arrest donné es Grans-Jours lors seans audit lieu.

Et pareil arrest fut donné esditz Grans-Jours contre ung nommé le curé de Foulquebrune, compaignon et complice des dessusditz, mais fut l’exécution sursoyée a cause qu’on n’eut le temps pour dégrader ledit curé de ses ordres de prestrize.

Aussy fit ledit maire exécuter, ardre et brusler au champt sainct Marcial de cesteditte ville ung nommé le Béarnois, boucher, volleur et complice des dessusnommez.

Plus, en laditte année, ledit maire fit exécuter a mort et decappiter une chambrière nommée Margot Vachier ayant suffocqué et estranglé son enfant sans baptesme.

Et plusieurs autres exécutions et pugnitions furent faictes par sa bonne dilligence et poursuitte contre les delinquans et malfaicteurs par vertu de ses sentences et jugemens, confirmez et auctorisez par arrest de la court de Parlement de Paris.

Source : Archives communales d’Angoulême, mémorial B, fol. 81.

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Panckoucke

Le seul commerce d’Angoulême se borne à quatre sortes de denrées & marchandises.

Le plus considérable est celui des eaux-de-vie, qui peut aller tous les ans de 5 à 6000 bariques, qui payent les mêmes droits que celles de Cognac.

Le second commerce est celui du papier qui se fabrique dans ladite ville.

Le troisième est celui du safran, dont on recueille tous les ans environ 3000 L. ; il s’est vendu autrefois jusqu’à 40 L la livre ; en l’année 1728 il ne valoit que 20 à 25 L. la livre.

Le quatrième, est celui du produit des forges de l’Angoumois & du Périgord.

(Encyclopédie Panckoucke, 1783)

 

 

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Histoire du château de La Tranchade, à Garat (16)

I - Origines de la seigneurie

La contrée où est situé le château dans la vallée de l’Anguienne, s’appelait dès le XIIe siècle « Terre de Prus », Terra de Prus comme il est stipulé dans certains titres du cartulaire de l’abbaye de St Cybard. Un grand nombre de borderies relevait de deux fiefs principaux : le mas de Chai et le mas de La Tranchade. Cette terre appelée également autrefois Monesthéron était ravagée de manière incessante par 38 petits seigneurs pillards et tracassiers. Leurs continuelles luttes avaient appauvri considérablement les terres exploitées par de pauvres paysans au point de les avoir frappées de stérilité. De vieilles chartes de l’époque relatent ces faits en les termes suivants : « haec terra diù permanserat deserta et inculta, propter multitudinem Dominorum qui oppressiones exercuerant in illâ. ». Afin de racheter leurs âmes, les seigneurs, propriétaires des terres, en firent don collectivement à l’abbaye de St Cybard. Cela se passait peu avant 1136 sous l’évêque Gérard II d’Angoulême. De 1136 à 1142 le cartulaire de l’abbaye contient 8 chartes relatives à la terre de Prus.

Les premiers seigneurs de la Tranchade

Le fief fut cédé par l’abbaye à Géraldus Rammulfi et son épouse Emma qui devinrent donc les premiers seigneurs de LaTranchade. Toutefois, l’abbaye se réservait la dîme et le revenu de la moitié de tous les moulins existants ou venant à être construits. A cette époque, le château n’était qu’une demeure fortifiée abritant une petite garnison.

Les Preyssac

Blason : d’azur au lion d’argent couronné d’o , lampassé de gueules à 8 losanges en pal, 4 à dextre, 4 à senextre

On attribue la construction du donjon vers 1396 à Armand de Preyssac. Le donjon carré (flanqué d’une tour polygonale renfermant l’escalier à vis desservant les 3 étages) constitue un bel exemple d’architecture militaire du moyen-âge. Dans la décoration on notera la présence d’une coquille St Jacques et de la croix de Malte. Les pélerins sur le chemin de Compostelle faisaient une halte au château. Les pierres ayant servi à la construction du donjon proviennent des douves sèches.

Les Baud et Guynot de Saint-Gelais

Des actes de propriété datant de 1492 et de 1509 attestent que les terres et le château ont changé de mains puisqu’ils appartenaient alors, à Baud de Saint Gelais, chevalier seigneur de Cyré, puis à Guyot de Saint-Gelais, son fils, écuyer. Ces seigneurs en firent une agréable demeure de plaisance capable de résister aux coups de mains fréquents pendant la période des 8 guerres de religion. Le château attaqué par les protestants à plusieurs reprises repoussa leurs assauts. Sa situation exceptionnelle sur un promontoire en faisait une sentinelle avancée facile à défendre.

Les Nesmond

Le 27 avril 1753 la terre noble de la Tranchade fut vendue à la famille de Nesmond. Leurs armes sont gravées dans la paroi des douves. François de Nesmond I fut conseiller du roi et lieutenant général d’Angoumois et son fils Francois de Nesmond II conseiller de la commune d’Angoulême. Cette famille dont la branche aînée s’éteignit au début du XVIIème siècle s’éleva au plus hautes dignités de l’église et de la magistrature donnant à l’Etat un archevêque membre de l’Académie française et plusieurs présidents des ¨Parlements de Paris et de Bordeaux et aussi un lieutenant-général des armées navales.

Pendant plus d’un siècle les Nesmond embellirent le château. On leur doit les deux ailes renaissance : l’une de style italien, l’autre ornée de faux mâchicoulis. Ils firent aussi édifier la porte fortifiée qui à l’origine précédait un pont-levis remplacé plus tard par un pont au-dessus des douves. L’écusson des Nesmond gravé dans la pierre fut martelé par les propriétaires suivants. Dans la cour une chapelle (souterraine) était probablement au moyen-âge reliée directement au château.

Marie Nesmond dame de la Tranchade fille unique du dernier François de Nesmond épousa en premières noces Jean de Rochechouart marquis de St Victurnien, (fils de René baron de Mortemar) dont elle n’eut point d’enfants. Elle se remaria à Armand Belcier. Charlotte leur fille unique apporta la terre de La Tranchade dans la famille d’Aydie.

Les Normand de Puygrelier ou Normand de la Tranchade

Blason : D’azur à la bande d’or, accompagné en chef d’une croix de Malte d’argent et en pointe de trois glands effeuillés du second posés en orle, les tiges en haut avec pour devise « in fide quiesco » : tranquille dans ma foi »

Marie d’Aydie fille unique d’Armand et de Charlotte Belcier transmit par mariage la châtellenie à François de Lambertie qui pour cause de prodigalités fut contraint d’arrenter le domaine à François Normand III de Puygrelier, sieur des Bournies en 1666. Le château et toutes ses dépendances féodales devinrent pleine et entière propriété des Normand de Puygrelier le 7 novembre 1667. Cette famille tenait ses titres de noblesse en récompense des nombreuses charges communales assumées à la mairie d’Angoulême. C’est à cette époque que les Normand de Puygrelier changèrent leur nom en Normand de La Tranchade.

En 1789 Louis Normand de La Tranchade participa aux premières assemblées révolutionnaires mais en 1792 il émigra en Angleterre avec une partie de sa famille laissant le château à son demi-frère Monsieur de la Rainerie. Le château fut saisi, vendu aux enchères comme bien national.

Enfin, le château revint aux Normand de la Tranchade grâce à Monsieur Vaslet avocat à Angoulême, qui en fit l’acquisition le 15 décembre 1816. Il était le beau-père de Joseph Normand de la Tranchade. Ce dernier avait épousé Marguerite Ausone Vaslet dont il eut 10 enfants. Il fut maire d’Angoulême de 1837 à 1855. En 1852 il accueillit Le prince Louis Napoléon qui devait devenir le futur Napoléon III venu inaugurer la ligne de chemin de fer Bordeaux-Angoulême. A cette occasion, Mademoiselle de La Tranchade ouvrit le bal avec le futur empereur lors des festivités offertes à cette occasion par la ville d’Angoulême. A la réception se trouvait convié un hôte célèbre Alfred de Vigny.

En 1890 la crise du phylloxera ruinera le vignoble du domaine. La terre de la Tranchade ainsi que le château sont restés dans le patrimoine des Normand de la Tranchade jusqu’en 1929

II – Les ducs de Condé et de Longueville assiègent le château pendant la Fronde

L’affaire se déroula pendant la Fronde dont le Prince de Condé avait pris la tête. En 1651, Ce dernier quitta Paris pour rejoindre les Bordelais de l’Ormée. (Ce parti était un groupe d’opposants à la monarchie. Ses partisans se réunissaient dans un lieu planté d’ormes, d’où l’origine de leur nom. Ils s’allièrent un temps au Prince de Condé lorsque celui-ci se réfugia dans son gouvernement de Guyenne).Cette année-là, Condé ouvrit les hostilités en Saintonge et en Angoumois. Mais l’armée royale le força à reculer au-delà de la Charente puis de la Dordogne.

Sous la minorité de Louis XIV le château fut assiégé plusieurs fois par les Frondeurs qui cherchaient un point d’appui pour attaquer la ville d’Angoulême. Le parti du Roi avec le comte d’Harcourt et le parti des Frondeurs mené le prince de Condé, mirent à feu et à sang la contrée. Plusieurs batailles se déroulèrent pour la prise des châteaux d’Ambleville, de Barbezieux et de la Tranchade.

Dans les archives municipales de la Ville d’Angoulême un registre fait la relation de ces évènements :

« 1651 – La présente année, les troubles de la Guyenne recommencèrent après l’eslargissement de messieurs les princes de Condé et de Conty et ducq de Longueville, ce qui obligea ledict sieur maire (Jean Guymard escuyer, sieur du Jallais), su l’advis qu’il receust le quinzième du mois de septembre de la marche de monsieur le Prince… à Bourdeaux, de renouveler les gardes en la présente ville et de les faire faire exactement plus que par le passé. Et d’autant que le mal s’augmenta peu après le soulèvement presque universel de toute la Guyenne et Périgort, messieurs les Princes ayant été favorablement receus dans Bourdeaux, aussy bien que Madame la Princesse de Longueville, le dict sieur maire crut qu’il falloit apporter de nouveaux soings pour la conservation de cette ville que les ennemis muguetoient de toutes parts et menaçoient d’un siége au cas qu’ilz ne la peussent emporter par surprise…… Le dict sieur maire, crainte de se trouver trop faible pour soustenir un siége en cas d’attaque, exhorta les habitans d’appeler en laurs maisons les amis queilz auroient à la campaigne et les meilleurs soldats qu’ilz pourraient choisir ; ce qu’ilz firent aussitost à l’exemple du dict sieur maire en telle sorte que cette ville se trouva en peu de temps renforcée de quatre ou cinq cents hommes, parmy lesquelz il y avoit plusieurs gentilz-hommes qui sy estoient volontairement jetés pour y signaler leur courage en cas de siége. Et sur l’advis que receust le sieur maire que les ennemis avoient formé divers desseins pour s’emparer de l’abbaye de La Couronne et du chasteau de la Tranchade, jugeat que s’ilz s’estoient saisis de ces deux postes, proche de la présente ville, ilz s’en pourroient servir pour l’incommoder et blocquer en quelque sorte et mettre plus facilement à exécuction les desseins qu’ilz avoient de s’en rendre maistres, il donna ordre pour la garde des dictz lieux où il envoyoit chasque jour dix à douze habitants, et notamment au dict chasteau de La Tranchade, où les ennemeis s’estant deux diverses fois présentés, ilz en furent repoussés par la généreuse défense des dictz habitants.

Cette garde continua jusqu’au commencement d’octobre en cette sorte, que monsieur le marquis de Montauzier, gouverneur de la province, estant arrivé en la présente ville fist cesser celle de la Tranchade, la jugeant inutile, ce qui donna lieu aux ennemis de s’en emparer bientost, après et de s’en servir pour faire des courses jusqu’au portes et piller tout le voisinage, dont la présent ville fust grandement incommodée pendant un mois que les ennemis tiendrent le dict chasteau ».

Dans ses « souvenirs du règne de Louis XVI » (1852) Daniel de Cosnac (prélat français attaché à la maison du prince de Conti. raconte :

A une lieue d’Angoulême, le château de la Tranchade, situé dans une position escarpée, entre deux précipices, enveloppés eux-mêmes par des marais, était occupé par un détachement des troupes des princes, composé de cent vingt hommes sous les ordres de trois capitaines. Cette petite garnison était, pour ainsi dire, inexpugnable et commettait de terribles ravages aux alentours. Le marquis s’attacha à surprendre et à détruire les détachements qui s’aventuraient au dehors ; une de ses embuscades fut si bien dressée, que la petite colonne de sortie fut détruite en partie et le reste dissipé de manière à ne plus pouvoir rentrer dans la place. Le château se trouvant ainsi dégarni de la plus grande partie de ses défenseurs. Le marquis s’avança avec deux pièces de canon ; la garnison, devenue trop faible, n’attendit pas son attaque, et il put, sans coup férir, prendre possession pour le roi de ces murs redoutés. Il y plaça un détachement de ses propres soldats ; mais ce château appartenait au marquis de Mortemart, qui demanda à être remis en possession, et obtint à cet effet autorisation de la cour pour y rentrer. Montausier ne se hâta pas d’y obtempérer ; il fallut qu’un ordre formel, signé parle roi, l’obligeât à faire cette remise au seigneur du château, qui s’engagea à pourvoir à sa défense au moyen d’une garnison lui appartenant.

Le marquis de Montausier, gouverneur de l’Angoumois, avait quitté Paris depuis le commencement des troubles, et résidait à son poste en gardien vigilant. Son dévouement à la cause royale n’était pas suspect, chaque jour il en donnait des preuves, guerroyant même pour son propre compte avec les faibles forces dont il disposait comme gouverneur.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1845)

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Annales de la ville de La Rochefoucauld (Charente)

Dans la monographie du Château de La Rochefoucauld publiée en 1894, je n’ai donné sur la ville, que quelques vues historiques, que je complète aujourd’hui, d’après des annales qui seraient bien plus intéressantes si des hommes ignorants n’eussent voué à la destruction une grande quantité de documents, de livres, et des manuscrits provenant du château.

Les faits relatés dans cette étude sont extraits de Mémoire de ce qui s’est passé dans la ville de La Rochefoucauld, du temps des troubles de la religion, par Jean Pillard, alors chanoine de la Collégiale de cette ville ; Livre domestique de la famille Delage de Luget ; Chronique protestante de l’Angoumois, par V. Bugeaud ; Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, et de vieux documents que je possède.

J’ai cru devoir écarter de ce travail la mention de quelques auteurs et de documents qui l’auraient surchargé bien inutilement et, pour certains détails topographiques, je prie le lecteur de se reporter au Bulletin de la Société.

Primitivement, la ville de La Rochefoucauld s’appelait La Roche ; c’est ainsi que la nomment encore les gens de la campagne.

XIème siècle

La seigneurie de La Rochefoucauld était, dans le principe, une baronnie qui fut donnée, à titre d’apanage, par Hugues 1er, comte d’Angoulême, à Esmerin, son fils, qui se qualifia baron de La Roche, et fut père de Foucaud, premier du nom, sieur de La Roche. Il vivait sous le règne du roi Robert, vers l’an 1019. Il est qualifié seigneur très noble, dans divers titres, et il s’acquit une si grande réputation que ses successeurs ont tenu à honneur de porter son nom. Celui de sa femme était Jarsande.

En 1060, Charte d’Aymar, surnommé Donzel, seigneur de La Roche, de concert avec son frère Guy, ses neveux Guy et Arnaud et les nobles du château, fondant en cette ville un prieuré en faveur des moines de Saumur, qui ont Saint-Florent pour patron.

Avant 1070, Charte de Guillaume, évêque d’Angoulême, constatant qu’après avoir autorisé Sigon, abbé de Saint-Florent, et ses religieux, à construire un monastère près du château nommé La Roche, il en a consacré les autels et le cimetière, défendant, au nom de Dieu, de saint Pierre et au sien, de rien faire contre cette fondation.

XIIIème siècle

Vers 1250, Guillaume Taillefer IV, comte d’Angoulême, étant en guerre avec Guy VI, seigneur de La Roche, entra dans son château, le brûla ou le pilla, à la réserve des munitions qu’il trouva dans le donjon et qu’il eut soin de conserver.

En 1262, a eu lieu la construction de l’église collégiale de Notre-Dame-de-La-Rochefoucauld, par un certain Petrus Calha (Pierre Caille), et au mois de mai 1266 le chapitre de cette église fut fondé par trente-deux prêtres qui firent, de leur patrimoine, un fonds pour doter la collégiale.

13 janvier 1264. Bulle d’Urbain IV, mandant à l’évêque d’Avignon et à l’archidiacre d’Aunis de faire respecter, par le chapelain de Rivières, le droit de sépulture appartenant aux prieurs et moines de Saint-Florent de La Rochefoucauld.

Au XIIIe siècle, sous Louis X, fut fondée auprès de cette ville une léproserie ou maladrerie. Elle était située au lieu appelé actuellement La Maladrerie, sur le côté gauche de la route de La Rochefoucauld à Agris. Elle était de fondation royale. De nombreux débris de tuiles et de poteries ont été découverts en cet endroit.

XIVème siècle

En 1309, Foulques, de la maison de La Rochefoucauld, était évêque d’Angoulême.

Guy VII, seigneur de La Rochefoucauld, servit, en 1317 et 1318, le roi Philippe-le-Long, contre les Flamands. Il fonda le couvent des Carmes de cette ville, et il eut d’Agnès de Culant, sa femme, Guillaume, son troisième fils, qui fut évêque de Luçon. Le roi Charles V lui accorda que ses châteaux, terres et seigneuries, situés dans le comté d’Angoulême, ressortissent dorénavant à son château de La Rochefoucauld. Il fit son testament en 1327 et voulut être enterré en l’église des Carmes, qu’il avait fondée en 1318.

En 1328, un grave différend s’étant élevé entre l’évêque d’Angoulême, Ayguelin, et Guy VII de La Rochefoucauld, qui refusait de se rendre dans cette ville pour porter, suivant l’ancien usage, l’un des pieds du fauteuil du prélat, le jour de son intronisation, l’excommunication fut lancée par l’évêque, qui obtint ainsi la soumission du seigneur de La Rochefoucauld.

Guy VIII de La Rochefoucauld, seigneur de Marcillac, etc., fut gouverneur d’Angoumois, conseiller et chambellan des rois Charles V, Charles VI et de Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne. On le comptait entre les premiers seigneurs de Guyenne qui rendirent obéissance au roi Jean, après le traité de Brétigny, en 1360.

Froissard parle de Guy VIII, qui combattit, en 1380, en champ-clos, Guillaume, sire de Montferrand, et fut conduit au champ par deux cents gentilshommes de son lignage.

XVème siècle

Foucaud III de La Rochefoucauld, seigneur de Marcillac, etc., conseiller et chambellan du roi Charles VII, fut fait chevalier en 1451, au siège de Fronsac, avec Jean de Bourbon, comte de Vendôme. Il épousa Jeanne de Rochechouart, testa en 1466 et mourut à Poitiers.

Le 17 juillet 1453, à la fin de la guerre de Cent ans, et pendant l’expulsion des Anglais de la Guyenne, le roi Charles VII se trouvait au château de La Rochefoucauld, chez son conseiller et chambellan Jean Ier duc de La Rochefoucauld, seigneur de Marthon, Montignac, Marcillac, Blanzac, etc., quand la nouvelle lui parvint, à dix heures du soir, de la victoire remportée sur les Anglais, à Castillon.

La bataille avait eu lieu le matin, et le messager porteur de la bonne nouvelle avait pu facilement franchir en dix heures la distance séparant Castillon de La Rochefoucauld.

Le prince ordonna immédiatement que, le lendemain, un Te Deum fût chanté dans la principale église de la ville pour remercier Dieu de cette victoire.

Le même messager fut envoyé au comte d’Angoulême, Jean-le-Bon, cousin-germain du roi, qui, pendant trente-deux ans, avait été prisonnier en Angleterre. Il arriva à Angoulême, à onze heures du soir.

La veille, 16 juillet, le roi, étant à La Rochefoucauld, avait écrit au chapitre et aux chanoines de Châlons-sur-Marne, pour leur recommander la nomination de Geoffroy Floreau, évêque de Nîmes, comme évêque de Châlons.

Le roi ne se contenta pas de faire chanter un Te Deum à La Rochefoucauld ; des messages furent envoyés aux principales villes de France afin de célébrer ce grand événement. C’est ainsi que nous enregistrons :

Le 22 juillet, lettre du roi aux habitants de Lyon pour leur annoncer la bonne nouvelle et leur ordonner de chanter un Te Deum ;

Vers la même époque, un chevaucheur de l’écurie du roi, Pierre de La Place, nom angoumoisin (cette famille possédait La Tourgarnier, Javerlhiac et a fourni un premier président à la cour des aides de Paris), avait été envoyé à Montpellier dans le même but ;

A la date du 9 août 1453, aux Manuscrits français 26081, nous trouvons la lettre du sire de Fimarcon ordonnant le paiement de six livres tournois à Pierre de La Place, pour avoir apporté à la ville de Montpellier la bonne nouvelle de « la desconfiture naguères faicte des Anglais devant la place de Castillon, en Périgord, où le sire de Talbot avoit été tué. »

Enfin, étant au château de La Rochefoucauld, à la date du 23 juillet, le roi ordonne de faire une enquête sur certains faits survenus après la bataille de Castillon, et qui avaient jeté dans l’armée une vive émotion.

Le vendredi, 27 juillet, le roi quitte La Rochefoucauld et se rend à Angoulême. Il réside au château, chez son cousin-germain, le bon comte Jean. De cette ville il écrit au chancelier de France, Juvénal des Ursins, et à Jean d’Estouteville, sire de Torcy, grand maître des arbalétriers.

A la date du 22 octobre 1453, le roi donne à Jean, sire de La Rochefoucauld, le gouvernement de la ville de Bayonne, qui venait de rentrer sous le pouvoir des Français ; ce dut être sa récompense pour l’hospitalité si grande et si généreuse accordée au roi pendant quinze jours, et aussi pour la part qu’il avait prise à la « recouvrance » de la Guyenne sur les Anglais.

XVIème siècle

Le 1er avril 1502, la peste et la disette sévissaient à La Rochefoucauld et dans l’Angoumois.

François, premier du nom, comte de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, sieur de Barbezieux, Montguyon, Montendre, etc., qui fut chambellan des rois Charles VIII et Louis XII, eut aussi l’honneur de tenir, en 1494, sur les fonts de baptême, le roi François 1er, qui eut toujours beaucoup de considération pour son mérite, le fit son chambellan ordinaire et érigea, en 1515, la baronnie de La Rochefoucauld en comté. On remarque même dans les lettres de cette érection, que c’était « en mémoire des grands, vertueux, très bons et très recommandables services, qu’icelui François, son très cher et aimé cousin et parrain, avait fait à ses prédécesseurs, à la couronne de France et à lui. »

Ce seigneur épousa, en premières noces, Louise de Crussol, et en secondes noces, Barbe du Bois. Parmi les enfants du premier lit, se trouvent Jean, qui fut évêque de Mende, et François II. Il mourut en 1533.

François II, comte de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, etc., soutint la grande réputation que ses ancêtres s’étaient acquise. Il épousa, en 1518, Anne de Polignac, dame de Randan et veuve de Charles, comte de Sancerre, qui avait été tué a la bataille de Pavie, en 1525. Cette dame, que son mérite a rendu célèbre, reçut, en 1539, en son château de Verteuil, où elle s’était retirée après la mort de François II, l’empereur Charles V, avec Messieurs les enfants de France, et l’empereur témoigna tant de satisfaction qu’il dit hautement, selon le témoignage d’un de nos historiens, « n’avoir jamais entré en maison qui mieux sentit sa grande vertu, honnêteté et seigneurie que celle-là. »

C’est sous François II, et sous la direction d’Antoine Fontan, que furent construites les deux ailes principales du château. II mourut en 1533.

En 1534, Calvin, âgé de vingt-cinq ans, étant sorti de Paris pour échapper aux poursuites que l’on commençait à exercer contre lui, se retira à Angoulême, sous le nom de Heppeville, s’y fit appeler Deparçan, y professa la langue grecque et y acheva son livre de l’Institution dédié à François Ier.

Plusieurs ecclésiastiques de la ville et des environs adoptèrent sa doctrine, entr’autres Louis Dutillet, chanoine d’Angoulême et curé de Claix. Les ouailles suivaient l’exemple de leurs pasteurs, et c’est ainsi que s’établirent plusieurs Églises réformées en Angoumois.

Au XVIe siècle, existait à La Rochefoucauld, au canton ou carrefour du faubourg de la Souche, un bâtiment appelé La Chapelle Saint-Jacques, dépendant du reclusage de l’abbaye de Grosbos. Ce bâtiment fut adjugé, comme propriété nationale, le 8 prairial an III, pour la somme de 13,400 francs, à Jean Bertrand, marchand à La Rochefoucauld.

Le 23 mars 1535 (1536 n. st.), furent faites et fondues les deux grosses cloches et l’horloge, qui sont dans la grande église ; et depuis, la dite horloge a été refaite, parce qu’elle n’était pas assez grosse.

Le 2 septembre 1542, Madame la dauphine (Catherine de Médicis), passa en cette ville, allant à Perpignan, et logea chez un nommé Miguet.

Le 22 novembre de la même année, le roi François Ier, la reine (Eléonore d’Autriche), et plusieurs cardinaux arrivèrent dans cette ville, où ils demeurèrent huit jours. Sa Majesté était logée chez Miguet et la reine chez Desbordes. Il tomba, à cette époque, tant de neige, qu’elle incommodait fort dans les rues.

Le 18 janvier 1543, il fit une gelée si grande, que les deux tiers des tombes du cimetière furent fendues.

Le 1er janvier 1544, on rompit, de nuit, plusieurs images qui étaient devant quelques maisons. Jean et Elie, prêtres, Pierre Taschier et Guillaume Bouhier, fugitifs, ayant été accusés de ces excès, furent arrêtés prisonniers.

En 1544, les protestants commençaient à se compter à La Rochefoucauld ; cette ville était alors la plus importante de l’Angoumois. Dominée par le château de ses nouveaux comtes, elle était le marché central où s’assemblaient les acheteurs des provinces voisines. Les produits de ses tanneries étaient fort estimés.

C’est à La Rochefoucauld, que furent établies les Écoles protestantes d’où sortirent beaucoup d’hommes remarquables qui furent pasteurs de la Saintonge et de l’Angoumois. Amie des arts et des lettres, la famille de La Rochefoucauld exerça longtemps une influence salutaire dans cette ville, aussi bien qu’à Verteuil, à Saint-Claud, Montignac et Marcillac.

Le 28 mai 1545, jugement rendu par Jehan de Voyon, juge du prieuré de Saint-Florent, contre quatre habitants de cette paroisse, nouvellement mariés, les condamnant à payer au prieur, suivant l’usage immémorial, un pot de vin « bon et raisonnable pour être distribué, le jour de la Pentecôte, aux assistants des vêpres de la dite paroisse, à la sortie de l’église.

Le 10 juillet 1547, messieurs de Jarnac et la Châtaigneraie se battirent en duel dans le parc de Saint-Germain-en-Laye. Jarnac fut vainqueur.

Le 3 novembre 1548, on porta toutes les cloches et armes de cette ville au château, ainsi que celles de quelques paroisses des environs.

Le 20 janvier 1549, un nommé Bezot fut mailloté entre les deux ponts. C’est le premier homme que Pillard dit avoir vu gâter.

Le 3 mars 1549, les lansquenets passèrent en cette ville, venant de Bordeaux à cause de la gabelle, et firent de grands maux dans quelques maisons.

Le 3 juin 1552, toutes les cloches furent remises, et l’on donna au roi, pour celles de la grande église, qui avaient été transportées au château, soixante-dix livres dix sols.

Le 29 mars 1554, Anne de Polignac, duchesse douairière de cette ville, mourut au château de Verteuil, où elle s’était retirée après la mort de François II.

Le 23 mars 1555, on fit faire les deux cloches et celle qui sonne la messe de paroisse aujourd’hui, qui sont à la grande église de La Rochefoucauld quelque temps après, elles furent prises et emportées au château.

Le 18 novembre 1556, mourut Pierre Tessonnière, Carme-prieur de cette ville, « homme docte ».

L’an 1561, les huguenots commencèrent à rompre les images de la chapelle du grand cimetière de l’église.

Le 31 juillet de la même année, la reine de Navarre (Jeanne d’AIbret) arriva dans cette ville. Ayant voulu faire prêcher dans la grande église, elle trouva la porte fermée ce qui fit que les huguenots n’y purent entrer. On cessa, dès lors, de faire l’office dans les églises.

Le 22 avril 1562, il tomba une grande quantité de grêle pendant la nuit, qui fit beaucoup de mal, tant à La Rochefoucauld qu’aux environs.

Le 10 mai suivant, les huguenots firent montre de tous leurs gens, avec tambours, en cette ville.

Le 16 du même mois, quatre mille Gascons protestants, sous la conduite d’Antoine d’Aure, dit de Grammont, s’emparèrent de la ville d’Angoulême, le samedi, veille de la Pentecôte, et en furent maîtres jusqu’au jeudi 6 août de la même année.

Le 18, ces Gascons causèrent une telle frayeur à La Rochefoucauld, pendant la messe paroissiale, qu’il ne fut pas possible de l’achever.

Le 26, les huguenots rompirent tous les autels et images, et brûlèrent les livres qui étaient dans les églises.

Le 28, ils commencèrent à prêcher sous la Halle, étant en partie en armes, les grandes portes fermées. Le prédicateur était M. de La Fontaine, qui les baptisa en général. Depuis ce temps-là, ils y ont fait leur cène.

Le 6 septembre, quelques soldats étant allés à la grande église, où maître Guillaume Michaud, prêtre, disait la messe, ils le dépouillèrent de ses habits sacerdotaux, en lui disant qu’ils voulaient dire la messe ; puis le frappèrent à grands coups et déchirèrent quelques livres, ce qui effraya tellement le peuple qu’il sortit de l’église en toute hâte.

Le 20 du même mois, fut commencé à rebâtir le grand portail de la grande église de cette ville.

En 1562, éclata la première guerre civile. Louis de Condé avait quitté Paris, lancé son manifeste et envoyé l’ordre à tous les gouverneurs de saisir les biens des églises. François de La Rochefoucauld, le mari de Charlotte de Roye, était alors à Verteuil. Dévoué tout entier à la fortune du prince, il entama, par l’intermédiaire de Mergey, jeune gentilhomme champenois, une négociation avec Catherine de Médicis, que son irritation contre les Guises poussait à recourir aux protestants.

Après avoir conféré avec la reine-mère, Mergey sortit de Paris audacieusement, à l’aide de faux passeports, et rapporta au comte la réponse royale qui lui enjoignait de prendre les armes pour la défense du trône. La première guerre civile commençait. Arnaud Rolland, maire et capitaine de la ville de Saint-Jean-d’Angély, exécutant les ordres de Condé, préside à l’inventaire des trésors du chapitre. La Rochefoucauld, revenu de l’assemblée de Toury, convoque à Saintes, un synode, qui déclare que la guerre est juste. Les populations soulevées s’enrôlent sous la conduite de la noblesse qui, presque toute entière, prend une part active à la guerre.

Saint-Surin et Louis de La Rochefoucauld, baron de Montendre et de Montguyon, se jettent dans Angoulême, où les troupes de Grammont les rejoignent bientôt. Leur passage est signalé par la mutilation des statues des saints, le pillage des églises, par le massacre des catholiques les plus inlluents. Les ossements du comte Jean sont dispersés, toutes les reliques anéanties. Les mêmes excès se reproduisent à La Rochefoucauld, à Cognac, à Blanzac, à Barbezieux partout les moines sont chassés de leurs abbayes.

Dans cette guerre, les troupes catholiques se déshonorèrent par le pillage et l’incendie.
Le 2 janvier 1563, les deux petites cloches qui sont présentement au clocher de la grande église, furent données par les habitants catholiques de cette ville.

Le 8 mai 1563, Christophle Duplessis, sieur de la Michente, fut décapité et mis en quatre quartiers devant le Minage de cette ville.

Le 29 du dit mois, Jean Viguier, sieur des Ménardières, subit le même genre de supplice au grand carrefour, par ordre de M. de Fournaud, prévôt des marchands.

Le 11 juin, le dit sieur Fournaud fit pendre et brûler le curé de Saint-Même, à la Croix-Ferra.

Le 15, Monsieur et Madame (François III, comte de La Rochefoucauld, et Charlotte de Roye, sa seconde femme) vinrent dans cette ville, où quelques-uns de leurs gens, étant allés dans les églises, brisèrent les images, déchirèrent les livres et firent de grands maux aux maisons des doyens et chanoines. Les Carmes prirent la fuite en grande diligence, excepté Rocher. Ils emprisonnèrent M. le chantre et quelques chanoines, sans cause légitime. Les huguenots se logèrent dans le couvent des dits Carmes, où ils firent leurs prêches et la cène.

Le 7 août, fut rebâti le grand portail de l’église des Pères Carmes de cette ville.

Le 2 novembre, on commença à bâtir les murailles de la grande église.

Le 9 décembre, Charlotte de Roye, comtesse de cette ville, fit faire défense de sonner les cloches.

Le 13 août 1565, le roi Charles IX fit son entrée à Angoulême.

Le 25 du même mois, furent remis tous les prêtres et carmes dans leurs églises en cette ville, par MM. de la Casta, maître des requêtes en Bretagne, et Jean Arnaud, lieutenant général d’Angoumois, commissaires pour le roi, qui furent par tout l’Angoumois pour ce sujet.

Le 3 novembre, M. le comte défendit de sonner les cloches. Simon Piaud, assesseur, obéit à tout ce qu’on voulut.

En l’année 1566, le culte était exercé à La Rochefoucauld par le pasteur Hog ; on se réunissait dans la maison du sieur Goix.

Le 1er janvier 1568, les huguenots contraignirent les prêtres d’aller au prêche, sous peine de mort.

Le 16 avril, jour de Vendredi-Saint, les huguenots mirent le feu, pendant la nuit, dans la grande église et emportèrent tout ce qu’ils purent, et clouèrent la sainte Hostie à une potence, au grand canton ou carrefour.

Le 14 octobre, quelques calvinistes de cette ville allèrent à Confolens, sous M. de Puyvidal, où ils furent maltraités par les gens du roi, qui tuèrent les uns et dévalisèrent les autres.

Le 15 octobre, la ville d’Angoulême fut assiégée et canonnée si furieusement par les huguenots, qu’elle fut obligée de se rendre.

Le 2 novembre, passèrent par La Rochefoucauld, les princes de Navarre, de Condé, le comte de La Rochefoucauld, l’amiral de France, M. d’Andelot et plusieurs grands seigneurs capitaines. Le commun bruit fut qu’ils étaient au nombre de cent mille combattants, de quoi tout le pays souffrit beaucoup. Là où ils passaient, ils mettaient le feu à toutes les églises et mettaient à mort tous les prêtres qu’ils trouvaient, s’ils ne voulaient renoncer à l’ordre de prêtrise ; mais, y ayant renoncé, ils les laissaient aller payant rançon. Maître Jean Pillard, chanoine de l’Eglise collégiale de Notre-Dame de La Rochefoucauld, fut pris à rançon de 53 écus sols, valant chacun 56 sols la pièce ; ils ne purent jamais le faire renoncer à l’ordre de prêtrise à cause qu’il était homme de bien, ayant la crainte de Dieu en lui, et il eut aussi de bons amis qui le firent sauver.

L’hiver de 1568 à 1569 fut un des plus rigoureux du siècle.

En 1569, il y avait à La Rochefoucauld, un ministre qui prêchait le prophète Jean, qui était du pays de Languedoc, et lequel était tellement contraire aux gens d’église, aux pauvres prêtres, que c’était pitié des pauvres chanoines, leur ayant ôté tous leurs revenus et réduits à la dernière pauvreté, que c’était grand’misère.

La même année, M. le prince de Condé et plusieurs autres furent tués en bataille par les gens du roi, entre Jarnac et Châteauneuf.

Le 26 octobre, Saint-Jean-d’Angély fut assiégé par le roi.

Le 22 novembre, les prêtres étaient dans la plus grande crainte, à cause des picoriens et des chrétiens renégats, qui, sans cesse, les cherchaient tant pour les massacrer que pour leur faire payer de grosses rançons ce qui faisait que ces prêtres se tenaient renfermés dans leurs maisons, sans oser se montrer aux fenêtres et encore moins se promener dans les rues.

Le 15 août 1570, furent rompues et abattues les voûtes du temple de la grande église de La Rochefoucauld, les Carmes, Saint-Florent, la Basse-ville, laquelle perte fut estimée deux cent mille escus, qui n’est rien au regard des autres temples qui ont été démolis par toute l’Europe.
Les principaux étaient MM. de Châtillon, le prince de Condé, l’amiral de France, le comte de La Rochefoucauld et plusieurs autres seigneurs capitaines.

Mémoire à tout jamais, et à tous présents et futurs, que François et Mathurin Bouillaud furent les principaux auteurs que le grand temple et tous les autres de la dite ville furent ruinés, et mirent le feu en la grande église, le 19 suivant « Je fus présent à cette triste scène, avec la plus grande douleur, comme étant chanoine de la dite église. » (Pillard.)

Le 3 septembre, il tomba à La Rochefoucauld, une grêle plus grosse que des œufs, qui fit un grand dommage à tout le pays.

Le 3 décembre, on commença à célébrer le saint sacrifice de la messe, que l’on avait interrompu depuis longtemps, à cause des guerres civiles.

Le 6 du même mois, M. le duc d’Anjou, frère du roi de France, arriva dans cette ville de La Rochefoucauld, y demeura huit jours, ce qui fut cause d’une grande cherté et mortalité dans le pays ; la pinte de vin coûtait cinq sols, le membre de mouton dix sols.

Le 8 avril 1571, mourut au château de Verteuil, dame Charlotte de Roye, comtesse de La Rochefoucauld.

Cette même année, la veille de l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les soldats jetèrent un religieux de Saint-Florent dans la rivière et le firent noyer, à cause qu’il avait reçu la prêtrise et s’était rendu huguenot ; on l’appelait maître Derays, curé de Saint-Vincent, proche Chasseneuil.

Le 3 octobre 1571, on a commencé à dire la sainte messe, laquelle on avait cessé de dire à cause de la grande persécution que faisaient les huguenots.

Le 15 avril 1572, les huguenots firent leur cène publiquement.

Le dimanche suivant, ils pillèrent et saccagèrent le couvent des Carmes. Ils allèrent ensuite à Angoulême, où ils ne voulurent pas laisser entrer M. de Marthon, qui conduisait l’armée pour le roi.

Le 24 août, les principaux huguenots furent massacrés et mis à mort par la commune, tant la nuit que le jour.

Le 30 août, les nouvelles vinrent à La Rochefoucauld, que M. le comte du dit lieu et plusieurs grands seigneurs avaient été tués à Paris. Le comte de La Rochefoucauld passa la soirée du 23 août auprès de Charles IX ; Mergey l’avait accompagné. Placé dans un appartement contigu à la chambre du roi, il entendit le monarque presser vivement le comte de passer la nuit au Louvre. « Foucaud, lui dit-il, ne t’en va pas, il est déjà tard nous balivernerons tout le reste de la nuit. - Cela ne se peut, car il faut se coucher et dormir. - Tu coucheras, répliqua le roi, avec mes valets de chambre. - Les pieds leur puent. Adieu, mon petit maitre » Et le comte rentra dans son logis. A peine venait-il de s’endormir qu’il fut réveillé par six hommes masqués et armés qui entrèrent dans sa chambre, « entre lesquels cuidant le roi être, qui vint pour le fouetter au jeu, il priait qu’on le traitât doucement, quand un de ces masques le tua. » Son cadavre fut trouvé le lendemain dans la rue. Auprès de lui gisaient deux de ses serviteurs, l’un de Saint-Front, l’autre de Verteuil, nommé Barilet.

Le roi, qui sut bientôt que le fils de La Rochefoucauld avait été sauvé du massacre, le prit sous sa protection et lui témoigna le plus vif intérêt.

En Angoumois, les massacres furent nombreux. La plupart des ministres protestants se réfugièrent, les uns à l’étranger et les autres à La Rochelle. L’un d’eux, Pacard, desservit, pendant vingt-cinq ans, l’église de La Rochefoucauld.

Le 9 mars 1574, le château fut pris par ceux de la religion, conduits par MM. de Beaumont et Puyravaud.

21 avril 1574, Extrait d’une lettre missive faisant mention de la fuite des huguenots hors du pays d’Angoulmoys, avec les prinses des places et châteaux de La Rochefoucauld, Bassac et Bourg-Charente. « Je vous ay par ma précédente faict entendre comme messieurs de La Vauguyon, de Bourdeilles et de Pompadour, ayant sçeu au vray que Monsieur de La Noüe ne vouloit ou pouvoit passer les rivières de la Dronne et de l’Isle, pour aller à Bergerac, comme ils avoyent imaginé, s’estoyent acheminez avec bien cinq cens gentilshommes du païs de Périgord, Limosin et la Marche, qui voluntairement les ont suyvis, sans attendre aultre commandement du roy que le général, pour rencontrer le dict sieur de La Noue entre les dictes rivières et celle de Charente et le contraindre à venir au combat. Pour lequel esviter, le dict sieur de La Noue avait faict passer la dicte rivière de Charente à ses troupes à l’endroit de Bassac lundy dernier, deux heures avant jour. La présente est pour vous advertir que les dicts seigneurs entendans que les dites trouppes séjournoyent ès environs du dict Bassac vindrent jeudy à Angoulesme pour y passer sur le pont de la dicte Charente, et aller droict aux ennemys. A mesme fin Monsieur de Ruffec fit approcher le dict jour de la ville les huict compaignies de gens de pied qui estoyent au siège du chasteau de La Rochefoucauld, après la reddidition d’iceluy faicte le jour précédent. Et combien qu’il fust si foible à cause de sa maladie, qu’il s’estoit encore levé du lict, conclud avec les dicts seigneurs d’aller le lendemain trouver les ennemys, lesquels en ayant comme il est vray semblable advertissement, firent retraicte si soudaine et précipitive qu’ils ne donnèrent repos à leurs chevaux qu’ils n’eurent passé la rivière de Bouthonne. Quoy voyant les dicts seigneurs, et qu’avec semblable diligence les dicts se pourroyent en une aultre semblable traitte retirer soubs la faveur des murailles de La Rochelle, marchèrent droict à Bassac pour l’assiéger et le battre si ceux qui le tenoyent faisoyent résistance, mais les tenans furent si effrayez se voyant abandonnez de ceux qui naguères se jactoyent de subjuguer toute la France, que sans vouloir attendre la fureur du canon se rendirent à la première sommation. Hyer Monsieur de La Faye, avec partie des gens de pied, alla assiéger le chasteau de Bourg-Charente que les ennemis avoyent naguères surpris, et du commencement les dicts surpreneurs firent contenance de se vouloir bien deffendre mais ce jourd’huy ils se sont rendus par composition, les vies saulves. Après l’on est venu en ce lieu de Chasteauneuf, repasser la rivière pour approcher de Bouteville, qui est la seule place que les ennemis tiennent à présent en ce pays.
« Escript à Chasteauneuf, le XXIe jour d’apvril 1574. »

Le 29 août 1575, MM. de Bourdeille et Vaillat, conduisant les reitres pour le roi, arrivèrent à La Rochefoucauld, et y commirent de grands ravages. Dans le même temps, la ville de Périgueux fut surprise par les ennemis de la religion.

Le 4 mars 1577, la ville de Montbron fut assiégée et prise par le sieur de Ruffec. Il ne périt dans cette action que Le Frezle, et Le Drolle qui l’avait prise pour ceux de la religion.

Le 12 avril, une nommée Vallerande accoucha de trois enfants, et, quelques jours après, la femme de Jean Petot accoucha aussi de deux garçons et une fille, ce qui n’était jamais arrivé dans cette ville. La femme de Jean Mayou dit Bois-Redon, en fit autant.

Le 20 septembre, on commença à bâtir la grande porte de la grande église, par la grâce de Dieu. Ce qui contribua à sa hauteur, c’est que l’on donna cinq sols aux maçons.

Le 2 janvier 1581, les deux petites cloches qui sont actuellement au clocher y furent mises de nouveau par les habitants catholiques.

Le 7 août, fut rebâtie la grande porte de l’église du couvent des Carmes.

Le 3 avril 1583, jour des Rameaux, les huguenots étant dans leur prêche, environ les huit heures du matin, ils eurent une frayeur d’autant plus grande, qu’ils pensèrent tous périr par la chute de la maison qui tomba sur eux. Dans ce moment funeste, criant miséricorde, ils se jetèrent les uns sur les autres à monceaux, par les portes et fenêtres de la maison de maître Jean Goix, sans qu’ils fussent tourmentés d’autres personnes de sorte que ceux qui étaient par la ville prirent les armes, et leur prêche fut rompu.

Quelque temps après, ils bâtirent un prêche, par la permission de M. le comte de La Rochefoucauld, à la porte de la ville, qui a vue du côté du château, ou ils ont toujours fait leurs exercices, avec un collège où il y a toujours eu beaucoup d’étrangers. Anglais, Hollandais et autres nations, qui fait que les pauvres catholiques n’osèrent dire mot. Dieu veuille par sa grâce y mettre la main.

Il y a beaucoup de choses considérables qui sont arrivées depuis l’année 1583 jusqu’à l’année que Dialot, procureur au siège de cette ville, donna un soufflet à M. Caillot, chanoine, au faubourg de Saint-Florent, et que l’on rompit la pyramide et le feu de joie que l’on avait préparés pour la naissance de notre grand monarque Louis XIV, qui règne aujourd’hui. Dieu veuille lui donner de longues années par sa sainte grâce !

En 1584, un synode provincial fut tenu à la Rochefoucauld, sous la présidence du ministre Pacard. Cinq autres synodes avaient été tenus précédemment en cette même ville en 1566, 72, 77, 78 et 81. Les Églises de Jarnac et de La Rochefoucauld étaient les plus florissantes de l’Angoumois.

En 1596, fut tenu à Saumur le quatorzième Synode national protestant, sous S. M. Henri IV ; le député de la province ecclésiastique de Saintonge, Aunis et Angoumois, fut M. Pacard, ministre de cette ville.

En 1597, le comte de La Rochefoucauld, qui s’était mis en marche pour secourir Saint-Yrieix-la-Perche, en Limousin, tomba dans une embuscade avec ses escadrons qui s’embourbèrent dans des chemins impraticables. Les ligueurs tuèrent bon nombre de gentilshommes presque sans défense. Le comte de La Rochefoucauld, désarçonné, s’empare d’un cheval et reprend le combat, s’écriant « II ne sera pas dit que j’ai fui devant ces armes dorées. » Se voyant abandonné des siens, il crie aux ennemis qui l’entourent « Je suis le comte de La Rochefoucauld, vingt mille écus sont bons. » Un nommé La Bisse répondit qu’on ne sauvait point la vie aux huguenots, et le poignarda.

Au XVIe siècle, il existait près de La Rochefoucaud, deux commanderies de Templiers, l’une à Malleyran, et l’autre à Vouthon. Elles servent actuellement d’églises.

XVIIème siècle

1600. Placés en dehors de la vie politique, et désormais paisibles malgré les vexations et les injustices qu’ils eurent à éprouver de la réaction catholique, les protestants tournèrent leur activité vers le commerce et s’appliquèrent à propager leur doctrine par la discussion et par le développement de leurs Académies. Dès l’époque de l’Édit de Nantes, chaque province avait été encouragée à créer des écoles. Le Collège de La Rochefoucauld, fondé sous les auspices de Georges Pacard, était appelé à rendre d’importants services aux Eglises d’Angoumois et de Saintonge. Grâce aux subsides annuels accordés par Henri IV, grâce aux charités des fidèles de la ville, ce ministre vigilant réussit à établir solidement l’œuvre qu’il avait méditée. Les classes ouvertes, de nombreux élèves accoururent aux enseignements du fondateur, ainsi qu’aux leçons de l’Écossais Thomas Hog. Appelé à Saint-Claud en 1608, Pacard laissa la direction des classes à son compagnon, dont le nom seul nous est connu.

L’organisation du Collège était calquée sur celle des grandes Académies protestantes. On y enseignait les littératures grecque et latine, la rhétorique, l’hébreu, la philosophie, la théologie, les mathématiques. Tous les six mois, les professeurs étaient tenus d’envoyer aux examinateurs généraux des livres, les thèses qu’ils avaient expliquées en public. Les jeunes gens, entretenus aux dépens de la province ou d’une Église, ne pouvaient fréquenter une Académie sans la permission du Synode provincial, qui leur prescrivait le lieu et le temps de leur demeure. Ils étaient obligés de se consacrer au service de l’Église ou de la province aux frais de laquelle ils avaient fait leurs études. Du reste, ils n’étaient admis dans l’école qu’après avoir fourni de bons répondants pour la restitution des sommes déboursées pour leur instruction, « dans le cas où, par leur faute, ils abandonneroient le ministère. » Un conseil ordinaire, composé des pasteurs de l’église de la ville, du régent du collège et des professeurs, s’assemblait chaque semaine. Un conseil extraordinaire, formé des pasteurs et des principaux membres de l’église de la ville, au choix des consistoires, se réunissait dans les circonstances importantes. Il avait l’administration des deniers octroyés au collège et le droit de nommer ou de suspendre les professeurs.
David Dixon a été principal du collège, de 1614 à 1620.
David Roberson a succédé à David Dixon.
Jacques Ducasse, principal en 1643, et professeur de philosophie.
Jean-Pierre Richard, premier régent du collège en 1645.
David Iver, professeur de théologie en 1640.

Les familles les plus riches à cette époque étaient les Goix, les Pasquet, les Dulignon, les Renouard, les Rouffignac, les Villemandy, les Albert et les Saulnier.

Le collège de La Rochefoucauld s’efforçait, avant tout, de faire de bons pasteurs et de combattre à outrance la réaction catholique. S’il succomba dans cette dernière tâche, frappé par les édits royaux, il eut toutefois l’honneur d’avoir formé des hommes d’un mérite incontestable, les Iver de Saint-Jean-d’Angély, les Loquet, les Villemandy, les Gommarc ; car il nous est permis de croire que ces personnages éminents, qui étaient tous enfants du pays, et dont se glorifièrent les Académies de Puylaurens, de Montauban et de Saumur, avaient commencé leurs études à La Rochefoucauld.

Antoine III, de la maison de La Rochefoucauld, était, en 1608, évêque d’Angoulême. Il lutta contre l’établissement des Jésuites dans cette ville.

En 1617, sous S. M. Louis XIII, le vingt-deuxième Synode national fut tenu à Vitré. L’Eglise de La Rochefoucauld ayant appelé près du Synode général, de la sentence du Synode provincial, qui avait ordonné de transférer son collège à Pons, en Saintonge, on fit droit à sa demande, et le collège fut maintenu à La Rochefoucauld.

Au mois d’avril 1622, par lettres données à Niort, le roi Louis XIII érigea en duché-pairie le comté de François V de La Rochefoucauld, qui était, en 1619, chevalier des ordres du roi, gouverneur et lieutenant du roi en Poitou. Il fut reçu au Parlement de Paris, le 24 juillet 1637, et mourut dans son château de La Rochefoucauld, le 8 février 1650, âgé de 62 ans. Il avait épousé, en 1611, Gabrielle du Plessis, et parmi les enfants qu’il eut d’elle, se trouvent François VI, l’auteur des Maximes, et Louis, qui fut évêque de Lectoure.

En 1623, sous Louis XIII, fut tenu à Charenton, le vingt-quatrième Synode national, où fut envoyé un commissaire royal choisi parmi les seigneurs protestants. L’un des quatre députés de l’Ouest de la France fut Théodore du Lignon, juge à La Rochefoucauld.

Le 15 juin 1634, naquit en cette ville, François VII de La Rochefoucauld, qui fut pair et grand-veneur de France, prince de Marcillac, marquis de Guercheville, duc de La Rocheguyon et de Liancourt, baron de Verteuil, chevalier des ordres du roi, grand-maître de la garde-robe. Il était fils de François VI, l’auteur des Maximes, et d’Andrée de Vivonne. Ses premiers services militaires remontent a 1652. Il se trouva au siège de Landrecies, en 1655, fut mestre-de-camp du régiment Royal-cavalerie le 27 mai 1666, accompagna le roi en Flandre en 1667, et le suivit à la conquête de la Franche-Comté, l’année suivante. Le prince de Marcillac fut nommé gouverneur du Berry, le 13 décembre 1671. Il avait épousé, le 13 décembre 1659, Jeanne Charlotte du Plessis-Liancourt, sa cousine, et il mourut le 11 janvier 1714.

En 1637, le pasteur de l’Église réformée de La Rochefoucauld était M. Clave.

En 1642, vivait au château de cette ville, un sieur Noël, qualifié sieur de La Boussardière, domestique de la maison de La Rochefoucauld, qui figure comme témoin dans deux actes de baptême de la paroisse de Saint-Cybard de cette ville, en date des 27 janvier et 8 juin 1642, et dont la signature, apposée au bas de ces deux actes, est accompagnée du dessin d’un gril et d’une broche à rôtir.

Le 3 mars 1643, marché passé devant Me Gibaud, notaire à Angoulême, entre Pierre David, sieur de Boismorand, avocat au présidial d’Angoumois, et Césard Guernot, peintre de Monseigneur de La Rochefoucauld, demeurant en cette ville, pour la confection de copies de six tableaux du dit seigneur de La Rochefoucauld « Sçavoir deulz d’iceulx de la haulteur de cinq piedz et en largeur sept piedz, ung aultre de la mesme haulteur et largeur, plus ou moins, et les trois aultres auront quatre piedz d’haulteur et de largeur cinq piedz ; sçavoir l’ung des premiers qui est de cinq piedz de hault et de sept piedz de large, une herculle et Desjanire, accompagné de figures de satires ou aultres ; le seguon, de mesme grandeur, sera ung tableau de Rubens, qui est remply de femmes nues et satires le troiziesme est la figure d’ung Promethée quy est dévoré par ung vautour ; et les trois aultres, quy sont de quatre piedz d’haulteur et cinq piedz de largeur, seront le premier ung tableau dans lequel y aura ung chien avec coqs et poulles et aultres choses ; le seguon sera une corne d’abondance avec plusieurs fruits, et une guenuche avec aultres choses ; et le troiziesme sera un lièvre avec une escrevisse en ung bassin et aultres choses ; le tout moyennant la somme de neuf vingtz livres ».

En 1651, se tint à Charenton le vingt-sixième Synode, auquel assista encore un commissaire royal. Le commissaire ecclésiastique fut le pasteur de Jarnac, Patru ; le commissaire laïque fut, pour cette province ecclésiastique, Daniel Pasquet, écuyer, seigneur de l’Age-Baston et autres lieux, noble homme, ancien de l’Église réformée d’Angoulême.

Le 11 juillet 1651, Gabrielle du Plessis-Liancourt, duchesse-douairière de La Rochefoucauld, fonda en cette ville un monastère de religieuses de la Visitation de sainte Marie. Ce monastère fut, sur la demande de la fondatrice, établi par la Révérende mère Françoise-Gabrielle de Douet, supérieure de cette communauté à Nevers, née en cette dernière ville et appartenant à une des plus grandes familles. Une dizaine d’années après, la fondatrice de ce monastère s’y retira et y vécut douze ans parmi les religieuses, dans la pratique de toutes les vertus. Son corps fut embaumé, puis demeura cinquante jours exposé, jusqu’à ce que tout fût prêt pour la conduire à Verteuil. Son cœur resta au monastère et fut placé près de celui de son époux et d’une de leurs petites filles. Un marbre noir, sur lequel se voyait une épitaphe en gros caractères d’or, recouvrait le cher dépôt, conservé dans le chœur des religieuses.

En 1657, on enleva aux protestants le droit de tenir des colloques et, deux ans après, celui de tenir des synodes nationaux. En 1666, le roi signa une déclaration portant que les précepteurs et les régents des écoles ou collèges ne pourraient à l’avenir enseigner que la lecture, l’écriture et l’arithmétique. Défense aux étrangers de professer publiquement l’hérésie en France. Le Collège de La Rochefoucauld, qui avait déjà trouvé à Angoulème ses antagonistes les plus persistants, disparut dans le naufrage général.

Benjamin Daillon, ministre de La Rochefoucauld, sa ville natale, arrêté en 1684, sous le prétexte d’avoir admis des relaps dans son église, fut traduit devant ie présidial d’Angoulême et déclaré coupable. Il fit appel au Parlement de Paris de la condamnation qui le frappait. On l’envoya prisonnier à la Conciergerie. La sentence de ses juges fut cassée. On lui rendit la liberté, mais le Parlement prononça l’interdiction de l’église de La Rochefoucauld, le 14 mai 1685, et donna le temple de la ville aux catholiques. Jean Héraud de Gourville y fonda une Charité, ou hôpital, qu’il dota généreusement. Né en cette ville, il ordonna qu’à sa mort son cœur fût porté dans la chapelle de cette Charité, à la place marquée par lui.

En butte aux persécutions du clergé, qui poursuivait sans relâche les protestants, Daillon ne songea plus qu’à sortir du royaume. Il réussit à s’évader, avec plusieurs protestants de l’Angoumois, et alla rejoindre en Angleterre son frère Jacques, né aussi à La Rochefoucauld, et qui s’était retiré depuis longtemps dans ce pays. Daillon était un esprit plein de hardiesse et de vivacité, ennemi irréconciliable du papisme. Alors qu’il exerçait les fonctions pastorales à La Rochefoucauld, il publia plusieurs ouvrages très estimés.

Le 29 septembre 1685, il arriva dans cette ville deux compagnies de dragons rouges conduits par M. le marquis d’Argenson, lieutenant-général d’Angoumois. L’évêque et l’intendant arrivèrent deux jours après, qui firent convertir plus de quatre cents huguenots, tant de la ville que des environs.

Alors les dragonnades recommencèrent plus terribles. Les dragons parcoururent l’Angoumois en tous sens, recevant les conversions par milliers et domptant les opiniâtres par les supplices. Ce fut surtout à La Rochefoucauld et dans les environs, que les missionnaires bottés commirent les plus atroces cruautés. Barraud, un mourant, fut enlevé de son lit et brouetté nu par les rues ; une demoiselle de Rouffignac eut les bras brûlés ; Suzanne Ferrand, la veuve Brousse et sa fille eurent à subir des indignités qui ne s’expriment pas. Le sieur Pasquet, un des plus considérables bourgeois du lieu, fut mis par les dragons dans un berceau, comme un enfant ; étant là, ils préparèrent de la bouillie, la lui firent avaler toute bouillante et lui en couvrirent le visage : à quoi il ne put résister sans succomber.

La brutalité des soldats n’épargna ni les Mathieu, ni les Lériget, ni les de Garoste, ni les Villemandy. Les ouvriers tanneurs voyant leurs familles et leurs maisons livrées à la licence des missionnaires abandonnèrent la ville et se réfugièrent dans le Brandebourg, la Hollande et l’Angleterre.

Louis XIV signa la révocation de l’Edit de Nantes, le 18 octobre 1685. On avait renouvelé les déclarations contre les relaps. Les nouveaux convertis qui refusaient de communier étaient condamnés, les hommes aux galères, les femmes à la réclusion perpétuelle. Ceux qui mouraient sans être munis des sacrements étaient, après leur mort, trainés sur la claie et leurs biens confisqués. Le corps de Jacques Poulignac fut déterré et donné en pâture aux chiens. Rachel de Renouard, dame de la Frainerie, Débora Mignot, Marthe Marvaud, Abraham Cambois, Albert dit Peruzet, furent traînés sur la claie dans les rues de La Rochefoucauld et jetés à la voirie.

La ville perdit ses tanneries, si renommées. A la violence le protestantisme vivace opposait l’inertie, le calme, la soumission. La foi réformée se perpétuait dans les famines ; elle vivait au fond des bois, dans les grottes, sur les montagnes inaccessibles ; elle rassemblait les fidèles, la nuit, au désert ; elle inspirait aux missionnaires proscrits la sainte folie du martyr. La loi défendait aux pasteurs de rentrer en France, sous peine de mort ; les têtes de ceux qui étaient restés dans le royaume furent mises à prix. On promit 5,500 livres à quiconque livrerait un ministre. Les galères pour les hommes, la prison pour les femmes, étaient réservées aux sujets qui donneraient asile ou assistance aux prédicants. Cependant, les pasteurs ne cessèrent de visiter les villages, de baptiser les nouveau-nés, de marier, de donner la communion, de convoquer des assemblées et d’y faire le prêche ; les fidèles, de leur fournir une retraite, de les suivre au désert, de s’opposer a leur arrestation, de protéger leur fuite.
Pendant les troubles occasionnés par les catholiques et les protestants, les habitants de cette contrée furent très souvent obligés de se réfugier dans les grottes de Rancogne, où ils trouvaient l’abri le plus sûr et qui étaient alors couvertes des ruines, encore importantes, du château de Cressiecq.

En 1685, maître Jacques Piet, curé de la grande église de La Rochefoucauld, ne donna plus de repos aux huguenots et leur fit inviolablement subir les déclarations du roi, jusqu’à l’année qu’ils conspirèrent contre lui pour l’assassiner et, ne pouvant le trouver où ils allaient, tuèrent son valet, qu’ils trouvèrent sur le pont de Saint-Florent, la nuit, « le jetèrent dans la rivière six heures après sans être corrompu, et lorsqu’il fut sorti de l’eau, il revint aussi vermeil que s’il eût eu la vie. » Ce que les dits huguenots avaient contre lui était qu’il avait été témoin contre leur ministre Dillon, qui avait souffert à son prêche un renégat nommé Miout, contre les ordonnances du roi. Cela fut cause que l’on fit le procès du dit ministre et que leur prêche fut condamné à être rasé.

Pendant la régence de la reine-mère Anne d’Autriche, le duc de La Rochefoucauld, François VI, prit part aux troubles de la Fronde ; il fut pour cela obligé de quitter la cour et de se retirer en son château de Verteuil.

Extrait d’un procès-verbal dressé par Mathieu Fouchier, sieur de la Touche, avocat en Parlement, juge sénéchal du duché de La Rochefoucauld, pairie de france, le 29 janvier 1687, où il est rappelé que le sieur Jacques Pintaud avait rendu, le 4 août 1683, son hommage pour raison des maison, basse-cour, jardin et dépendances faisant partie du fief des Bordes, situé à La Rochefoucauld, tenant d’une part à la maison, cour, jardin et puits appartenant à l’Hôtel-Dieu de la présente ville, d’autre au cimetière d’icelui, faisant d’autre partie du fief des Bordes, d’autre au ruisseau qui passe sous le pont Rousseau, suivant talus jusqu’aux douves et fossés de la dite ville, suivant les dits fossés et tournant vers le soleil levant jusqu’au jardin des Carmes de la dite ville, une muraille mitoyenne entre deux.

XVIIIème siècle

Le 9 novembre 1728, quelques jours après la mort de François VIII, duc de La Rochefoucauld, ses deux fils Alexandre, duc de La Rochefoucauld et de La Rocheguyon, pair de France, et Guy, comte de La Rochefoucauld, de concert avec dame Madeleine-Charlotte Le Tellier de Louvois, leur mère, veuve commune en biens du feu seigneur duc, firent faire l’inventaire des objets qui existaient alors dans les trois châteaux de La Rochefoucauld, de Verteuil et de la Terne, qui formaient, en Angoumois et en Poitou, l’hérédité du dit seigneur. Cette importante opération, commencée le 9 novembre 1728, ne fut achevée que le 24 du même mois, ayant duré douze jours, dont quatre furent employés au château de La Rochefoucauld, cinq à celui de Verteuil et trois à celui de la Terne, et elle eut pour résultat un cahier de quarante-huit feuillets, format in-f°. Cet inventaire comprend, pour les trois châteaux, 973 numéros dont 328 pour celui de La Rochefoucauld, 461 pour celui de Verteuil et 164 pour le château de La Terne. Beaucoup de ces numéros sont composés d’un certain-nombre d’objets.

Le 11 janvier 1747, naquit François-Alexandre-Frédéric duc de Liancourt, fils du duc d’Estissac. Cet homme de bien créa dans sa terre de Liancourt, une ferme modèle et une école d’arts-et-métiers à laquelle l’École de Châlons doit son origine. Il fut député aux États-généraux, commandant militaire de la Normandie, puis destitué le 10 août ; il passa en Amérique.
Rentré en France en 1799, il popularisa la vaccine, fut un des fondateurs des dispensaires organisés par la Société philanthropique et l’un des principaux promoteurs de l’enseignement mutuel. Appelé à siéger la Chambre des pairs, il se signala par son indépendance, quoique partisan des idées monarchiques. Aussi le ministère, en 1826, lui retira-t-il un grand nombre de fonctions honorifiques et gratuites qu’il remplissait.
Il mourut le 27 mars 1827, à Paris, où il avait fondé l’hospice de La Rochefoucauld, et ses funérailles donnèrent lieu à une manifestation publique de la reconnaissance du peuple.

Le 27 octobre 1752, remise a été faite à la paroisse de la Basse-ville, à La Rochefoucauld, du cœur de Madame Elisabeth-Marie-Louise-Nicole du Caylard de Toyras d’Amboise, épouse du duc de La Rochefoucauld.

Le 20 mars 1762, même remise a été faite à la dite paroisse de la Basse-ville, du cœur de Monseigneur Alexandre, duc de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, baron de Verteuil, pair de France et grand-maître de la garde-robe.

Au mois de mars 1770, est mort, à La Rochefoucauld, Pierre Massé, curé de la paroisse de Saint-Cybard, chanoine de l’église collégiale de la dite ville et docteur en théologie. Ce prêtre, des plus respectables, eut le courage de protester, le 9 juin 1752, contre la bulle Unigenitus à laquelle avait adhéré presque tout le clergé du diocèse d’Angoulême.

Le 23 septembre 1771, remise a été faite à la paroisse de la Basse-ville, à La Rochefoucauld, du cœur de Madame Louise-Pauline Vilain de Mérode de Montmorency, princesse de Malines, épouse de Monseigneur le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld, colonel du régiment de la Farre.

Du 4 mai 1781. Arrêt de la cour de Parlement. Extrait des registres du Parlement :
« Vu par la Cour la requête présentée par le procureur général du roi, contenant qu’il a eu avis que chaque année il se tient, le jour de la Pentecôte, une assemblée, au bourg de Cellefroin, situé dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld, qu’on appelle Bacherie, qu’on peut regarder comme une fête baladoire que les habitans assemblés, rangés autour d’une table qui est placée, à cet effet, au bout de la halle, en prennent un d’entr’eux, qu’ils nomment Baron, qu’on rend contre lui une espèce de jugement, par lequel il est condamné à être jetté dans la rivière, comme accusé d’avoir porté de l’eau avec un crible dans une plaine, pour y faire noyer les lièvres, et d’avoir fait brûler le poisson dans la rivière ; que l’homme appelé Baron est ensuite jetté dans la rivière ; qu’on lui donne trois livres ; qu’il présente ensuite des bouquets à tous les spectateurs, qui lui donnent de l’argent ; que quand ce qu’ils lui donnent n’est pas suffisant, ou s’ils refusent de lui en donner, il prend ceux qu’il peut joindre, et il les jette dans l’eau ; qu’en cas de résistance, les habitans, qu’on nomme Bacheliers, viennent à son secours et frappent sur tous ceux qu’ils rencontrent sans distinction ;

Que dans la paroisse de Genac, il se tient une assemblée le jour de Noël et les deux fêtes suivantes ; que ceux qui se sont mariés dans le courant de l’année, jettent une boule au sortir de la messe et de vêpres devant la porte de l’église ; que les jeunes gens armés de bâtons frappent la boule, et se la renvoyent de l’un à l’autre ; que si un nouveau marié ne jette pas la boule, on le saisit ; qu’on crie « A l’eau », où il est jetté, à moins qu’il ne crie « Au vin », auquel cas on le mène au cabaret, où il est forcé de payer du vin ; que ceux qui sont spectateurs, doivent avoir une houssine ou un bâton, sans quoi, ils seroient saisis et traités comme les nouveaux mariés ;

« Que dans la paroisse de Saint-Cybardeau, les nouveaux mariés sont obligés de se rendre dans un pré, et d’y porter une boule qu’ils jettent devant ceux qui sont assemblés que ceux qui veulent renvoyer la boule et jouer, ont un morceau de bois double que ceux qui ne veulent pas jouer, sont obligés d’avoir une houssine à la main, sans quoi ils seroient saisis par ceux qui jouent, et obligés de leur payer du vin, et, en cas de refus, jettés dans l’eau ;

« Que dans la paroisse de Rouillac, on présente, le jour de Pâques, à la sortie de la messe, une corne à celui des habitans qui est le dernier marié, lequel la remet et la rend aux jeunes gens avec de l’argent pour boire ; que les jeunes gens se la renvoient des uns aux autres, battent du tambour et dansent le reste de la journée et une partie de la nuit ; que dans la plupart des autres paroisses situées dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld il y a des assemblées qu’on appelle Frairies, qui se tiennent les jours de dimanche ou de fêtes du patron, où les marchands se rendent, étalent et vendent des marchandises qu’on y danse et qu’on se rend ensuite dans les cabarets pour y boire ; et que de ces différentes assemblées, il résulte beaucoup d’excès et de désordres ; enfin que les cabaretiers et aubergistes donnent à boire les jours de dimanche et fêtes pendant le temps du Service divin, et en tout temps pendant la nuit ; et comme les fêtes baladoires et autres semblables ont été supprimées par arrêt des Grands Jours, du 14 décembre 1565, et par un autre arrêt de la Cour, du 3 septembre 1667, avec défenses à toutes personnes d’en faire aucunes, et qu’il est important de renouveler les dispositions de ces arrêts, pour prévenir et empêcher les abus qui résultent de pareilles assemblées A CES CAUSES, requéroit le procureur général du roi, qu’il plût à la Cour ordonner que les arrêts des 14 décembre 1565 et 3 septembre 1667, seront exécutés en conséquence, faire défenses à toutes personnes, de quelqu’état, qualité, condition qu’elles puissent être, de s’assembler ni de s’attrouper, sous quelque prétexte que ce puisse être, le jour de Pâques dans la paroisse de Rouillac, le jour de la Pentecôte dans la paroisse de Cellefroin, et le jour de Noël et les deux fêtes suivantes dans la paroisse de Genac et dans la paroisse de Saint-Cybardeau, pour jetter aucunes personnes dans l’eau, soit pour jouer à la boule, soit pour battre du tambour et danser, soit pour exiger aucunes sommes des personnes qu’ils peuvent rencontrer ; faire pareillement défenses, tant aux habitans des dites paroisses situées dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld, de s’assembler les dimanches et fêtes dans les paroisses pour y danser ou boire dans les. cabarets, à peine de cinquante livres d’amende contre chaque contrevenant, même d’être poursuivis extraordinairement, si le cas y échet ordonner que les pères et mères a l’égard de leurs enfans, et les maîtres et maîtresses a l’égard de leurs domestiques, seront et demeureront responsables de l’amende ; faire défenses, sous les mêmes peines, à tous marchands, d’étaler et de vendre dans les paroisses aucunes marchandises les jours de dimanche et fêtes, aux aubergistes et cabaretiers de donner à boire les jours de dimanche et fêtes, pendant le temps du Service divin, ni en tout temps après huit heures du soir en hiver, et après dix heures du soir en été, sous peine de vingt livres d’amende contre les cabaretiers et aubergistes, de cinq livres d’amende contre chacun de ceux qui seront trouvés à boire chez eux, du double en cas de récidive, même d’être poursuivis extraordinairement suivant l’exigence des cas ; enjoindre aux officiers de la justice du duché de La Rochefoucauld de tenir la main a l’exécution de l’arrêt qui interviendra ; et, en cas de contravention, de procéder contre les contrevenans par les voies de droit, ainsi qu’il appartiendra ; enjoindre pareillement aux officiers et cavaliers de maréchaussée de prêter main-forte, si besoin est, pour l’exécution du dit arrêt, lequel sera lu et publié, chaque année, à la requête du procureur général de la justice du duché de La Rochefoucauld, à l’issue des messes paroissiales, à la porte des églises situées dans l’étendue de la dite justice, imprimé et affiché partout où besoin sera, notamment dans les bourgs et paroisses situés dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld ; la dite requête signée du procureur général du roi.
« Ouï le rapport de M" Léonard de Pahuguet d’Espagnac, conseiller ; tout considéré
« La Cour ordonne que les arrêts des 14 décembre 1565 et 3 septembre 1667 seront exécutés en conséquence, fait défenses à toutes personnes de quelqu’état et condition qu’elles puissent être, de s’assembler ni de s’attrouper, sous quelque prétexte que ce puisse être, le jour de Pâques dans la paroisse de Rouillac, le jour de la Pentecôte dans la paroisse de Cellefroin, et le jour de Noël et les deux fêtes suivantes dans la paroisse de Genac, et dans la paroisse de Saint-Cybardeau, pour jeter aucunes personnes dans l’eau, soit pour jouer à la boule, soit pour battre du tambour et danser, soit pour exiger aucunes sommes des personnes qu’ils peuvent rencontrer ; fait pareillement défenses tant aux habitans des dites paroisses de Rouillac, de Cellefroin, de Genac et de Saint-Cybardeau, qu’aux habitans des autres paroisses, situées dans l’étendue de la justice du duché de La Rochefoucauld de s’assembler les dimanches et fêtes dans les paroisses, pour y danser ou boire dans les cabarets, à peine de cinquante livres d’amende contre chaque contrevenant, même d’être poursuivis extraordinairement si le cas y échet ordonne que les pères et mères à l’égard de leurs enfans, et les maîtres et maîtresses à l’égard de leurs domestiques, seront et demeureront responsables de l’amende fait défenses, sous les mêmes peines, à tous marchands, d’étaler et de vendre dans les paroisses aucunes marchandises les jours de dimanche et de fêtes, pendant le temps du Service divin, ni en tout temps après huit heures du soir en hiver, et après dix heures du soir en été, sous peine de vingt livres d’amende contre les cabaretiers et aubergistes, de cinq livres d’amende contre chacun de ceux qui seront trouvés à boire chez eux, du double en cas de récidive, même d’être poursuivis extraordinairement suivant l’exigence des cas enjoint aux officiers de la justice du duché de La Rochefoucauld ; de tenir la main a l’execution du présent arrêt, et, en cas de contravention, de procéder contre les contrevenans par les voies de droit, ainsi qu’il appartiendra ; enjoint pareillement aux officiers et cavaliers de la maréchaussée de prêter main-forte, si besoin est, pour l’exécution du présent arrêt, qui sera lu et publié chaque année, à la requête du procureur fiscal de la justice du duché de La Rochefoucauld, à l’issue des messes paroissiales, à la porte des églises situées dans l’étendue de la dite justice, imprimé et affiché partout où besoin sera, notamment dans les bourgs et paroisses situés dans l’étendue du duché de La Rochefoucauld.
« Fait en Parlement, le quatre mai mil sept cent quatre-vingt un. Collationné LUTTON. Signé Dufranc. »

Lorsque l’Assemblée constituante divisa la France par départements, La Rochefoucauld fut le chef-lieu d’un des six districts du département de la Charente ; mais le décret du 17 février 1800 supprima ce district.

Le 15 septembre 1791, par arrêté du directoire de la Charente, pris en exécution du décret relatif à la levée de 169 bataillons de volontaires, le district de La Rochefoucauld fournit 38 hommes. Le commissaire chargé du recrutement était M. de Romefort. Ces 38 hommes firent partie du 1er bataillon de la Charente, qui avait pour lieutenant-colonel en premier M. Léchelle (depuis général de division), pour capitaine de la 6e compagnie M. Lacroix (depuis général de brigade), et pour capitaine de la 8e, M. Redon.

Ce 1er bataillon partit pour la frontière le 5 décembre, et son rôle actif commence à la campagne de Belgique, où il se distingua aux premiers rangs. Les volontaires de La Rochefoucauld ont fait partie de l’armée de Sambre-et-Meuse et ont pris part à toutes les guerres de la République. On ne saurait trop louer l’admirable élan de ces soldats de 1791 et 1792.

Le 5 mai 1792, un autre décret prescrivait la levée de 45 nouveaux bataillons.

Le 11 juillet suivant, un nouveau décret, déclarant la Patrie en danger, fut proclamé à La Rochefoucauld, le 5 août. Le commissaire désigné pour le district de La Rochefoucauld, était M. Létang. Il y eut, à ce sujet, un véritable élan de patriotisme.

La totalité des bataillons de 1791 et l’immense majorité de ceux de 1792 étaient composées de véritables volontaires. A partir de 1793, l’engagement volontaire est l’exception et le recrutement forcé la règle.

Le 14 septembre 1792, fut tué à Gisors, Louis-Alexandre de La Rochefoucauld, duc d’Enville, neuvième et dernier prince de Marcillac, né le 11 juillet 1743. II fut élu à l’Assemblée nationale de 1789 et fut l’un des premiers de la noblesse à brûler ses titres et à reconnaître les Droits de l’Homme.

Le 14 février 1793, par suite de la levée de 300,000 hommes, le directoire de la Charente avait pris un arrêté pour la levée d’un nouveau bataillon ; il devait être composé de 812 hommes et leur levée était confiée à des commissaires au nombre de un par canton. Les commissaires du district de La Rochefoucauld étaient Villemandy, Guionet, Descombes, Gadon-Moussac, Lassuze et Juzeaud.

Le district de La Rochetoucauld parait, d’après divers états incomplets, avoir fourni pour cette levée plus de 600 hommes, et la dépense s’est élevée à 225,283 livres.

L’alarme eut lieu en mai 1793.

En août 1793, eut lieu la levée de cavalerie et la réquisition des jeunes gens de 18 à 25 ans. Le district de La Rochefoucauld fournit 1,599 hommes.

Le 6 août 1798, on commença à loger dans le château de cette ville, des prisonniers autrichiens.

A la fin du siècle dernier, notre rivière la Tardoire mettait en mouvement, jusqu’à Rivières, vingt-neuf forges et moulins. Le Bandiat, son voisin, desservait dix-sept moulins.

XIXème siècle

Le 17 octobre 1800, remise au culte de l’église collégiale de cette ville :
« Aujourd’hui, vingt-cinq vendémiaire an IX de la République française, une et indivisible, nous, maire et adjoints de la commune de La Rochefoucauld, soussignés, en exécution des arrêtés du préfet du département de la Charente, des dix-sept prairial an VIII, et onze vendémiaire, présent mois, portant, que l’édifice national situé en cette ville et connu sous le nom d’Eglise ci-devant Collégiale, est accordé aux habitants de la dite commune de La Rochefoucauld pour l’exercice de leur culte, sous la surveillance des autorités constituées, à la charge de la prendre dans l’état où elle se trouve, de l’entretenir et réparer conformément à l’article 2 de la loi du 11 prairial an III et 7 vendémiaire an IV ; d’observer les autres dispositions des dites lois, faire enlever et transporter à leurs frais, dans le local qui sera désigné, les différents objets servant à la célébration des fêtes décadaires que l’édifice national connu sous le nom d’Église des ci-devant Carmes servira dorénavant à la célébration des têtes nationales, à la charge par les habitants de La Rochefoucauld de le réparer et entretenir, et que le maire de la dite commune est chargé de faire exécuter les dispositions des dits arrêtés.
« En conséquence de tout quoi, nous nous sommes transportés au dit édifice national situé en cette ville et connu sous le nom d’Église ci-devant Collégiale et, y étant entrés, avons trouvé :
- 1° Le portrait du premier Consul, Bonaparte, enchâssé dans un cadre en bois et attaché à un des murs, à gauche en entrant
- 2° Un autel à la Patrie, orné de huit colonnes en bois, garnies de papiers peints de différentes couleurs, au bout de chacune desquelles colonnes est attaché un morceau de drap tricolore
- 3° Deux autres colonnes en bois, sur chacune desquelles il y a un Chérubin ;
- 4° Deux tribunes en bois, en forme de galeries, étant de chaque côté du dit édifice, en avant du dit autel, de chacune 29 pieds de long sur 5 pieds et demi de hauteur
- 5° Quatre petits bancs en bois, portatifs et en bon état
- 6° Une table en bois de chêne, avec ses deux tréteaux de même bois et en bon état
- 7° Dix-sept chaises en bois, garnies de joncs, mi-usées
- 8° Une échelle double en bois, garnie, en tête, d’un crampon de fer et en état de servir.
- 9° Trois moyens canons de fonte, non montés sur affûts
- 10° Un petit canon, monté sur son affût
- 11° Un petit chariot, vulgairement appelé Diable, garni de ses deux roues ferrées
- 12° Un affût de canon, non monté sur ses roues
- 13° Enfin, cinq pyramides, dont deux en assez bon état et les trois autres hors d’état de servir, et une oriflamme aux trois couleurs, en assez bon état.
« Tous lesquels objets avons fait transférer dans le dit édifice national connu sous le nom d’Ëglise des ci-devant Carmes pour y être placés et remontés de la manière la plus convenable pour servir à la célébration des fêtes nationales.
« Qui est tout ce que nous avons trouvé et jugé nécessaire d’être employé à ces présentes.
« Fait et arrêté dans le dit édifice de la ci-devant Eglise collégiale de La Rochefoucauld, les jour, mois et an que dessus.
« Signé LARUHE, maire, et ROCHER, 1er adjoint. »

Dans la nuit du 6 au 7 février 1802, il y eut une crue considérable de la Tardoire, qui causa de grands dégâts.

Procès-verbal du massacre qui a été commis le 20 vendémiaire an XIII, à trois heures de relevée, dans la rue Porte-Marillac de cette ville, par les soldats du 2ème bataillon de la légion du Midi, qui ont tué à coups de sabres l’un des gendarmes de cette ville et grièvement blessé les quatre autres.
« Aujourd’hui, vingt vendémiaire an XIII et le premier de l’Empire français, nous, Martial Laruhe, maire de la ville de La Rochefoucauld, Blaise Rocher et Barthélemy Bricaille, nos adjoints, nous étant aperçus qu’il y avait une rumeur conséquente dans la rue Porte-Marillac de cette ville, nous sommes transportés au dit endroit, à l’effet de reconnaître quelle pouvait en être la cause. Nous avons aperçu, en nous y rendant, plusieurs soldats, grenadiers et autres du 2e bataillon de la 1ère légion du Midi, arrivés hier en cette ville, qui se dirigeaient en armes et avec précipitation du côté de la dite rue et, y étant arrivés nous-mêmes, nous avons entendu plusieurs habitants de cette ville qui criaient « On égorge les gendarmes ». Nous nous sommes portés aussitôt au devant de la maison du sieur Larocque fils, cabaretier, située en face de la maison du sieur Brun, cafetier. Là, nous avons vu plusieurs grenadiers de la dite légion, le sabre nu à la main et d’autres la bayonnette au bout du fusil, qui criaient : « Aux armes » frappaient avec violence sur plusieurs gendarmes de la brigade de cette résidence, qu’ils étaient parvenus à désarmer, à ce que nous en avons jugé par les sabres des gendarmes dont les dits soldats étaient nantis.
« Etant revêtus de notre décoration ordinaire, nous avons sommé les dits soldats, au nom de la loi, de cesser leurs cris, de remettre le sabre au fourreau et de se retirer chacun à leur logement. Quelques gendarmes, qui étaient parvenus à se retirer des mains des dits soldats et à se sauver dans l’une des chambres hautes de la maison du dit Larocque, cabaretier, ayant entendu notre voix, ont paru à la croisée donnant sur la rue, ayant la figure couverte de sang et nous ont appelés à leur secours en criant qu’on les égorgeait. Nous avons fait inutilement plusieurs efforts pour parvenir jusqu’à la dite chambre, mais nous en avons été empêchés par la grande quantité de soldats armés qui obstruaient la porte d’entrée de la dite maison, qui méconnaissaient notre caractère et avaient les sabres nus sur la tête des deux adjoints, dont l’un d’eux, le sieur Rocher, a failli être frappé et n’a évité le coup qu’en arrêtant le bras du soldat qui se dirigeait sur sa tête.
« A l’instant, est arrivé M. Othon de Mautour, chef du dit bataillon, qui, l’épée nue à la main, a parlé avec force et vigueur aux dits soldats mutinés, leur a ordonné de se retirer à leurs logements, les menaçant de les faire punir sévèrement de leur insubordination, et est parvenu, après bien des efforts et après avoir couru personnellement des dangers, à ramener le calme dans la dite maison. Il a sauvé la vie au maréchal des logis et a un des gendarmes en les couvrant de son corps, et a fait entrevoir aux deux adjoints qu’ils pouvaient être victimes de la fureur des soldats qui méconnaissaient leur caractère et son autorité et, les invitant à se mettre à couvert, qu’il ferait tous ses efforts pour faire rentrer les soldats dans l’ordre.
« Pendant ce temps, le sieur Jean Bernardon, l’un des gendarmes de cette brigade, étant accouru pour contribuer au maintien du bon ordre, a été aussitôt environné de grenadiers du dit bataillon, qui l’ont assailli et l’ont tué dans la rue à coups de sabres. Tout le corps des officiers du dit bataillon s’est réuni au commandant et, aidés des sous-officiers, sont parvenus, après bien des efforts, à faire retirer les soldats à leurs logements, frappant du plat de l’épée ceux qui résistaient et les menaçant de punitions exemplaires.
« Le commandant a fait prendre les armes à une partie de la compagnie des grenadiers et a commandé des patrouilles qui se sont faites de suite et réitérées le reste de la journée, ayant un officier à leur tête.
« En général nous devons des éloges à la conduite de tous les officiers et d’une partie des sous-officiers dans la circonstance malheureuse dont nous venons de parler. Nous étant informés des motifs de cet événement, nous avons appris que plusieurs grenadiers, ayant été boire au cabaret du dit sieur Larocque, ont présenté en payement de leur dépense une pièce de douze sols n’ayant aucune empreinte que le cabaretier, l’ayant refusée, a appelé le sieur Randon, l’un des gendarmes, pour décider si la pièce était recevable ce dernier ayant déclaré que non, voulut forcer les grenadiers à en donner une autre ; ces derniers s’y sont refusés. Le maréchal des logis et deux autres gendarmes étant arrivés et ayant appuyé la décision de leur camarade, les dits grenadiers se sont portés envers eux aux excès dont nous venons de parler.
« De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, à la mairie, où nous nous sommes retirés, le dit jour, 20 vendémiaire an XIII, et le premier de l’Empire français, à cinq heures de relevée, pour en être délivré copie au commandant, s’il le juge à propos, et avons signé.
« Signé au registre LARUHE, maire Rocher, 1er adjoint Bricaille, 2e adjoint. »

Sous le premier Empire, le Collège de La Rochefoucauld fut transporté au château. M. Delfau était le chef de cet établissement, dont la commune payait la ferme à M. le duc de La Rochefoucauld.

Le 6 mars 1814, le maire de cette ville enjoint au sieur Delage, gardien du château et représentant du propriétaire, qu’il requiert à cet effet, de recevoir et aider les ouvriers chargés de prendre les dispositions convenables et faire dans le château les réparations nécessaires, pour y recevoir, dans deux jours, 1,200 prisonniers de guerre. Il en vint 900. C’étaient des prisonniers russes.

En 1814, le sieur Albert Cojola, étranger, était employé en qualité d’interprète auprès des prisonniers russes logés au château.

Le 2 juillet 1815, le comte de Las Cases, secrétaire de Napoléon Ier, son fils et MM. de Montholon, Planat et Résigny, se rendant de Paris à Rochefort, pour accompagner l’Empereur, arrivèrent à La Rochefoucauld, où ils dinèrent et repartirent le même jour pour Jarnac, où ils arrivèrent à sept heures du soir.

En 1815, l’éclairage public fut établi à La Rochefoucauld au moyen de réverbères.

Le 2 avril 1818, le Conseil municipal de cette ville prit la résolution d’imposer l’obligation à l’école, au sujet du nouvel enseignement mutuel.

En 1825, le vieux pont du château fut reconstruit.

Dans la même année, les halles et le minage cessèrent d’appartenir à M. le duc de La Rochefoucauld, la ville en ayant fait l’acquisition. Les anciens fossés de la ville furent comblés et convertis en boulevards.

Le 10 mai 1829, jour de la foire, il y eut en cette ville une émeute causée par l’accaparement des grains. On ne vit à la tête de ce mouvement que des femmes exaspérées, qui arrêtèrent à la sortie de la ville, à la Chabanne, des charrettes chargées de blé, en jetèrent quelques sacs sur la route et les éventrèrent avec leurs couteaux.

En 1840, l’ancienne halle située dans la rue de ce nom, fut démolie pour l’assainissement et l’embellissement de cette rue.

En 1846, a été démolie l’ancienne porte de ville dite Porte de Marillac, qui faisait partie du mur d’enceinte de La Rochefoucauld.

En 1855, a été refondue, à La Rochefoucauld, la grosse cloche de l’église paroissiale de cette ville. Sur cette cloche, qui fut brisée dans les troubles de religion et refondue en 1590, l’auteur de ces annales a relevé l’inscription suivante :

Jesus Maria. Laudo Deum. Plebem voco. Congrego clerum. Defunctos ploro. Festa quoque magna decoro. Vox mea cunctorum sit terror demoniorum. Anno Domini incarnati MDcIIIIxxX. Dirupta fui mala tempestate, sed nunc restituta sum per duos decanum et canonicos hujus Ecclesiae beatae Mariae. Guillelmus Gaubert, Decanus primus.
Nomine HPMPM.

En 1859, eut lieu un grand débordement de la rivière. L’inondation couvrit le champ de foire, la place du Marché et plusieurs rues et causa l’écroulement de deux maisons, l’une rue des Halles et l’autre rue des Tanneurs.

Le 20 juillet 1860, à deux heures de l’après-midi, le corps de Mme Louise-Pauline Vilain de Gand de Mérode de Montmorency, née princesse de Malines, épouse de Louis-Alexandre, duc de La Rochefoucauld et de La Rocheguyon, pair de France, renfermé dans un cercueil de plomb, a été exhumé de la nef de l’église paroissiale de La Rochefoucauld et a été transporté dans le mur de la chapelle de la sainte Vierge qui est en voie de construction.
En 1887, M. Léon Dumys mit à découvert dans l’église d’Anais, à l’intérieur de l’église, sur le mur de l’Ouest et sous un plâtrage épais de plusieurs millimètres, une large bande noire mesurant 62 centimètres de hauteur, sur laquelle se détachait, peint à fresque, un double écusson d’alliance, surmonté d’une couronne ducale, ornée d’une mélusine en cimier, et abrité sous les plis d’un manteau d’hermine aux revers armoriés.

Le premier écu (celui du mari) portait burelé d’argent et d’azur, de dix bandes, à trois chevrons de gueules, le premier écimé, brochant sur le tout. Le second (celui de la femme), d’hermine au chef de gueules, qui est de Vivonne.

Ces écussons, répétés six fois, constituaient la litre ou ceinture funèbre de François VI, duc de La Rochefoucauld, qui avait épousé Andrée de Vivonne et qui était seigneur haut justicier du lieu.

La ville de La Rochetoucauld a eu des hommes remarquables parmi lesquels il faut citer :
- Benjamin de Daillon, ministre de l’Église réformée
- Jean Hérault de Gourville, homme d’Etat
- Jean Léchelle, général de division
- Mathieu Lacroix, général et baron de l’Empire.

Source : Quelques Annales de la ville de La Rochefoucauld, de M. J. Fermond.

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La société française au XVII siècle : Les Nesmond

À Bordeaux vit en 1651 Henri de Nesmond, 50 ans, ancien président des requêtes au parlement de Bordeaux devenu président à mortier au parlement de Bordeaux (6e classe). Il est gendre du conseiller de Tarneau. Son frère aîné François Théodore de Nesmond (v. 1598-1664), conseiller au parlement de Bordeaux, maître des requêtes (1624), est devenu second président au parlement (1636), car gendre à partir de 1624 du président de Lamoignon. Ces frères Nesmond sont typiques de l'ascension sociale d'une famille robine provinciale. Leur trisaïeul Guillaume, « honorable et sage maître », licencié ès-lois, est mort en 1557 avocat au présidial d'Angoulême, juge de quelques châtellenies et sa veuve, Marguerite Depont, a été transformée par leurs descendants en Marguerite de Pons, illustre famille de Saintonge. Le grand-père des deux présidents, François l'Aîné, mort vers 1605, avocat au présidial d'Angoulême, conseiller au parlement de Bordeaux (1568), y a achevé sa carrière comme second président (1572) tout en étant gendre du sieur Janvier, riche marchand d'Angoulême. Son frère François le Cadet, mort en 1603, fut échevin d'Angoulême à neuf reprises entre 1570 et 1603. Enfin, les deux présidents sont fils d'André (v. 1553-1616), second (1577) puis premier (1612) président au parlement de Bordeaux. On pourrait donc en conclure que la robe forme un monde uni, homogène, issu de la bourgeoisie, et s'étonner que les présidents à mortier des parlements des provinces soient inscrits en sixième classe avec les plus hauts dignitaires des armées : lieutenants généraux des armées du roi, des armées navales, des galères, de l'artillerie. Et pourtant. Henri (v. 1600-apr. 1651) a trois fils : si l'aîné, Pierre, devient président au requêtes du palais à Bordeaux, le cadet, André (1641-1702), est un des meilleurs lieutenants généraux des armées navales du roi. André, reçu chevalier de l'ordre de Malte en 1659 après avoir caché ses ancêtres sabotiers et parcheminiers et avoir fait des Nesmond d'Angoulême des « d'Esmond » gentilshommes écossais, a été successivement lieutenant (1662) puis capitaine de vaisseau (1667), chef d'escadre (1688), lieutenant général des armées navales (1693). Le Tarif aurait donc eu tort de séparer sur le papier des hommes qui, dans la vie, étaient si proches : André, dit le « marquis » de Nesmond, lieutenant général des armées navales, a un frère, un père, un oncle du nom, un grand-père, un bisaïeul qui ont tous été « président de Nesmond ». Le Tarif qui n'a pas voulu séparer la robe de l'épée, n'a pas davantage voulu séparer la province de Paris. André a un cousin germain, Guillaume de Nesmond, mort en 1693, président à mortier au parlement de Paris, en survivance dès 1658, en pied à partir de 1664. Il a fait rire ses contemporains en faisant graver « Hôtel ci-devant de Nesmond » au-dessus de la porte cochère de sa belle demeure, qui existe toujours quai de la Tournelle et qui a donné l'idée aux contemporains de mettre des numéros dans les rues de Paris, sur les immeubles et maisons. Si l'épée a au sein de chaque classe le pas sur la robe, les lieutenants généraux des armées du roi précédant les présidents à mortier des parlements de province, si Paris a le pas sur la province, les présidents à mortier de Paris précédant les présidents à mortier de province (6e classe), il n'en reste pas moins que tout ce petit monde forme un immense réseau uni par de forts liens familiaux : André, « marquis » de Nesmond profite dans la marine de la protection des Pontchartrain à partir de 1690, car son cousin germain Guillaume de Nesmond a épousé en 1660 leur cousine d'Orléans, Mlle de Beauharnais. Enfin, ces élites d'épée et de robe évoluent au milieu des robes, crosses et mitres de leurs parents : André est le frère d'Henri de Nesmond (1644-1728), évêque de Montauban (1687), archevêque d'Albi (1703) puis de Toulouse (1719). Tous deux ont pour cousin germain le frère cadet de Guillaume, mort en 1715, évêque de Bayeux depuis 1661.

Source : La société française au XVII siècle, de Michel Vergé-Franceschi.

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12 juillet 2015

Le fief de Saint-Ciers

Fief de Saint-Ciers, paroisse dudit lieu. A hommage et sans achaptement.

Possesseurs, en 1409 : Guillaume de Romagne, demeurant à Saint-Ciers;

En 1530 : Pierre de Romagne, fils de feu Bernon de Romagne, vivant seigneur de La Cour et hôtel noble de Saint-Ciers;

En 1560 : Aimard de Romagne, écuyer, demeurant à Saint-Ciers, fils et héritier de Pierre de Romagne;

En 1685 : Me Roch Benoît, conseiller du Roi, juge-magistrat en la sénéchaussée et siège présidial d'Angoumois.

Les dénombrements de 1560 et 1685 mentionnent avec l'hommage lige et serment de féauté, l'achaptement d’une paire de gants blancs ou deux sols à faire et payer à muance de seigneur et de vassal.

Par contrat du 31 juillet 1739, passé devant Filhon et son confrère, notaires à Angoulême, M. Me Jean Gervais, écuyer, seigneur de Lussaud et de Devezeau, conseiller du Roi et lieutenant criminel en la sénéchaussée et siége présidial d’Angoumois, vendit à Jacques Salomon, écuyer, conseiller secrétaire du Roi, Maison et Couronne de France près le Parlement de Bordeaux, seigneur du Châtenet et autres lieux;

Le fief et seigneurie de Saint-Ciers, paroisse dudit lieu, châtellenie de La Rochefoucauld, en Angoumois, consistant en cens, rentes seigneuriales, droits de prélation, ventes et honneurs, agriers, biens, maisons, bâtiments, jardins tant anciens que de nouvelle construction, orangers, prés, bois, vignes, terres labourables et non labourables, droits honorifiques, droit de chapelle et de banc dans l'église de Saint-Ciers, et droits d'échange dans toute ladite paroisse, eaux et pêcheries sur les rivières de Bonnieure et de Tardoire, rentes secondes si aucunes sont, et tous les domaines roturiers appartenant à ladite seigneurie et droits de chasse, etc., moyennant la somme de 32,000 livres.

(Revue nobiliaire héraldique et biographique, Dumoulin, 1865)

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Angoulême dans la comédie humaine de Balzac

Lucien descendit à l'Houmeau par la belle promenade de Beaulieu, par la rue du Minage et la porte Saint-Pierre. S'il prenait ainsi le chemin le plus long, dites-vous que la maison de Mme de Bargeton était située sur cette route. Il éprouvait tant de plaisir à passer sous les fenêtres de cette femme, même à son insu, que depuis deux mois il ne revenait plus à l'Houmeau par la porte Palet.

En arrivant sous les arbres de Beaulieu, il contempla la distance qui séparait Angoulême de l'Houmeau. Les mœurs du pays avaient élevé des barrières morales bien autrement difficiles à franchir que les rampes par où descendait Lucien. Le jeune ambitieux qui venait de s'introduire dans l'hôtel de Bargeton en jetant la gloire comme un pont volant entre la ville et le faubourg, était inquiet de la décision de sa maîtresse comme un favori qui craint une disgrâce après avoir essayé d'étendre son pouvoir. Ces paroles doivent paraître obscures à ceux qui n'ont pas encore observé les mœurs particulières aux cités divisées en ville haute et ville basse ; mais il est d'autant plus nécessaire d'entrer ici dans quelques explications sur Angoulême, qu'elles feront comprendre Mme de Bargeton, un des personnages les plus importants de cette histoire.

Angoulême est une vieille ville, bâtie au sommet d'une roche en pain de sucre qui domine les prairies où se roule la Charente. Ce rocher tient vers le Périgord à une longue colline qu'il termine brusquement sur la route de Paris à Bordeaux, en formant une sorte de promontoire dessiné par trois pittoresques vallées. L'importance qu'avait cette ville au temps des guerres religieuses est attestée par ses remparts, par ses portes et par les restes d'une forteresse assise sur le piton du rocher. Sa situation en faisait jadis un point stratégique également précieux aux catholiques et aux calvinistes ; mais sa force d'autrefois constitue sa faiblesse aujourd'hui ; en l'empêchant de s'étaler sur la Charente, ses remparts et la pente trop rapide du rocher l'ont condamnée à la plus funeste immobilité. Vers le temps où cette histoire s'y passa, le gouvernement essayait de pousser la ville vers le Périgord en bâtissant le long de la colline le palais de la préfecture, une école de marine, des établissements militaires, en préparant des routes. Mais le commerce avait pris les devants ailleurs. Depuis longtemps le bourg de l'Houmeau s'était agrandi comme une couche de champignons au pied du rocher et sur les bords de la rivière, le long de laquelle passe la grande route de Paris à Bordeaux. Personne n'ignore la célébrité des papeteries d'Angoulême, qui, depuis trois siècles, s'étaient forcément établies sur la Charente et sur ses affluents où elles trouvèrent des chutes d'eau. L'État avait fondé à Ruelle sa plus considérable fonderie de canons pour la marine. Le roulage, la poste, les auberges, le charronnage, les entreprises de voitures publiques, toutes les industries qui vivent par la route et par la rivière, se groupèrent au bas d'Angoulême pour éviter les difficultés que présentent ses abords. Naturellement les tanneries, les blanchisseries, tous les commerces aquatiques restèrent à la portée de la Charente ; puis les magasins d'eaux-de-vie, les dépôts de toutes les matières premières voiturées par la rivière, enfin tout le transit borda la Charente de ses établissements. Le faubourg de l'Houmeau devint donc une ville industrieuse et riche, une seconde Angoulême que jalousa la ville haute où restèrent le gouvernement, l'évêché, la justice, l'aristocratie. Ainsi, l'Houmeau, malgré son active et croissante puissance, ne fut qu'une annexe d'Angoulême. En haut la noblesse et le pouvoir, en bas le commerce et l'argent ; deux zones sociales constamment ennemies en tous lieux ; aussi est-il difficile de deviner qui des deux villes hait le plus sa rivale. La Restauration avait depuis neuf ans aggravé cet état de choses assez calme sous l'Empire. La plupart des maisons du Haut-Angoulême sont habitées ou par des familles nobles ou par d'antiques familles bourgeoises qui vivent de leurs revenus, et composent une sorte de nation autochtone dans laquelle les étrangers ne sont jamais reçus. A peine si, après deux cents ans d'habitation, si après une alliance avec l'une des familles primordiales, une famille venue de quelque province voisine se voit adoptée ; aux yeux des indigènes elle semble être arrivée d'hier dans le pays. Les préfets, les receveurs généraux, les administrations qui se sont succédé depuis quarante ans, ont tenté de civiliser ces vieilles familles perchées sur leur roche comme des corbeaux défiants : les familles ont accepté leurs fêtes et leurs dîners ; mais quant à les admettre chez elles, elles s'y sont refusées constamment. Moqueuses, dénigrantes, jalouses, avares, ces maisons se marient, entre elles, se forment en bataillon serré pour ne laisser ni sortir ni entrer personne ; les créations du luxe moderne, elles les ignorent. Pour elles, envoyer un enfant à Paris, c'est vouloir le perdre. Cette prudence peint les mœurs et les coutumes arriérées de ces familles atteintes d'un royalisme inintelligent, entichées de dévotion plutôt que religieuses, qui toutes vivent immobiles comme leur ville et son rocher. Angoulême jouit cependant d'une grande réputation dans les provinces adjacentes pour l'éducation qu'on y reçoit. Les villes voisines y envoient leurs filles dans les pensions et dans les couvents. Il est facile de concevoir combien l'esprit de caste influe sur les sentiments qui divisent Angoulême et l'Houmeau. Le commerce est riche, la noblesse est généralement pauvre. L'une se venge de l'autre par un mépris égal des deux côtés. La bourgeoisie d'Angoulême épouse cette querelle. Le marchand de la haute ville dit d'un négociant du faubourg, avec un accent indéfinissable : — C'est un homme de l'Houmeau ! En dessinant la position de la noblesse en France et lui donnant des espérances qui ne pouvaient se réaliser sans un bouleversement général, la Restauration étendit la distance morale qui séparait, encore plus fortement que la distance locale, Angoulême de l'Houmeau. La société noble, unie alors au gouvernement, devint là plus exclusive qu'en tout autre endroit de la France. L'habitant de l'Houmeau ressemblait assez à un paria. De là procédaient ces haines sourdes et profondes qui donnèrent une effroyable unanimité à l'insurrection de 1830, et détruisirent les éléments d'un durable État social en France. La morgue de la noblesse de cour désaffectionna du trône la noblesse de province, autant que celle-ci désaffectionnait la bourgeoisie, en en froissant toutes les vanités. Un homme de l'Houmeau, fils d'un pharmacien, introduit chez Mme de Bargeton, était donc une petite révolution. Quels en étaient les auteurs ? Lamartine et Victor Hugo, Casimir Delavigne et Canalis, Béranger et Chateaubriand, Villemain et M. Aignan, Soumet et Tissot, Étienne et d'Avrigny, Benjamin Constant et La Mennais, Cousin et Michaud, enfin les vieilles aussi bien que les jeunes illustrations littéraires, les Libéraux comme les Royalistes. Mme de Bargeton aimait les arts et les lettres, goût extravagant, manie hautement déplorée dans Angoulême, mais qu'il est nécessaire de justifier en esquissant la vie de cette femme née pour être célèbre, maintenue dans l'obscurité par de fatales circonstances, et dont l'influence détermina la destinée de Lucien.

Source : La comédie humaine, d'Honoré de Balzac.

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10 juillet 2015

Additions insérées dans un exemple de la Coutume d'Angoumois

L'exemplaire de la Coutume d'Angoumois de Vigier (édition 1720) qui fait l'objet de la présente communication contient, intercalées dans les pages imprimées, des pages manuscrites de la main de Mr Pasquet de Lartige, Conseiller au Présidial, où sont relatés des événements locaux et des décisions judiciaires, applications pratiques des doctrines correspondantes. Plusieurs de ces additions sont intéressantes et curieuses.

Le volume en question porte, aux premières pages, deux vieux noms du pays : Pasquet de Lartige mentionné ci-dessus et Normand de la Tranchade. D'abord Pasquet de Lartige, avec cette annotation : Conseillier au Siège Présidial d'Angoumois, 25 Février 1724. Puis, ces quelques lignes avec la signature de Normand de la Tranchade, au bas : « j'ai hérité de cette coutume l'année 1774 de feu mon père, je désire qu'elle ne me soit d'aucune utilité ; les procès me font trembler non pas au point de me laisser enlever umon bien sans me défendre. Dieu me fasse , grâce de n'en faire jamais usage ».

Le voisinage de ces deux noms s'explique : Jeanne Pasquet, fille du Conseiller, avait épousé, en 1742, Jean Normand IIIe du nom, qui, devenu veuf, se remaria. De sa seconde union, il n'eut pas d'enfants. C'est sans doute un des fils du premier mariage, l'aîné, Louis Normand de la Tranchade, petit-fils du conseiller, qui a écrit les lignes citées. Il fit partie de l'assemblée de la noblesse d'Angoumois en 1789 et mourut à Angoulême en 1829. Il fut témoin et victime de la dépossession ; par les lois révolutionnaires, du château de la Tranchade. Cette demeure fit retour à la famille en 1816, en la personne de son neveu. La Coutume dont il s'agit a subi, elle aussi, les vicissitudes de ces temps troublés, et après plusieurs déplacements, est tombée dans un long oubli, d'où elle méritait d'être tirée.

• Ce qui suit est l'histoire d'un conflit (on dirait aujourd'hui une grève), entre Messieurs les Avocats du Présidial d'Angoumois et ses magistrats :

« On ne doit pas douter que Messieurs les Avocats ne méritent pour la plupart de grands égards du public et bien des ménagements dans la Société civile. Mais qu'ils se croient dans une indépendance absolue des magistrats, c'est une erreur. Cependant, ceux de ce siège y ont donné à plein collier.

Je croirais même qu'ils avaient raison dans une partie des démélés qu'ils eurent avec Messieurs du Présidial en ce que Messieurs les officiers du siège excédèrent leurs pouvoirs et que les uns et les autres n'étaient pas exempts de blâme.

Le 6 Septembre 1734, à la dernière audience présidiale, Monsieur Chaniau de la Gravière, avocat, portait la parole au siège et à mon côté était Monsieur Sauvo du Bousquet. Il était 11 heures 3/4, quand l'avocat commença son plaidoyer. Je dis à Monsieur du Bousquet : je suis à jeun, la chaleur m'accable, voilà une cause qui nous mènera loin. Pour loi, Monsieur du Bousquet dit à Monsieur Chaniau : finissez donc, Maître la Gravière, vous répétez cent fois la même chose. Il s'agissait d'une provision qui fut adjugé à la partie de la Gravière. L'audience leva. En descendant, Maître Chaniau apostropha en termes durs Monsieur du Bousquet. Je ne les ouï point. L'après-dinée cet officier se plaignit à la Chambre des termes peu ménagers et insultants dont Monsieur Chaniau s'était servi en lui parlant et en descendant de l'audience, et dans la salle on délibéra de mander cet avocat. Je représentai que le corps des avocats était un corps libre. Monsieur Fé de Fontdenis, lieutenant Particulier, ajouta qu'il était persuadé que cet avocat ne viendrait point quand il serait mandé et que son refus ne serait pas honorable à la Compagnie. Monsieur Perrier de Gressignac, conseiller, se chargea de dire à Monsieur Chaniau, son ami, que la Compagnie par ménagement pour le corps des avocats et par considération pour lui passait sur sa vivacité et sur ce qu'il avait dit à Monsieur du Bousquet. Mais qu'il lui devait une politesse sur les termes dont il s'était servi contre cet officier.

Dans la conversation que Monsieur de Gressignac eut avec Monsieur Chaniau, il lui lascha que peu s'en était fallu qu'il n'eust été mandé à la Chambre. Aussitôt Monsieur Chaniau alla sonner l'alarme chez ses confrères : Monsieur Boisseau, homme peu mesuré, Monsieur Joubert le Jeune, homme dur et farouche se joignent à lui, représentant à leurs confrères que tout est perdu, que leur profession est avilie, que MM. les officiers du Présidial se croient en droit de les mander, qu'ils ne pourront plus voir lever le soleil avec honneur, s'ils ne soutiennent l'indépendance de leurs corps dans son lustre et s'ils ne la transmettent sans tache à leurs descendants. Les plus sages se laissèrent entraîner à ce discours, tous disparurent à la Saint-Martin, ils firent des mémoires contre nous, nous en fismes contre eux. Monseigneur le Chancelier, Monsieur le Procureur Général, Messieurs les Avocats généraux en furent inondés. Mais nos Messieurs firent une faute extrême par un jugement d'audience, Monsieur du Tillet Avocat du Roy portant la parole, ils donnèrent pouvoir aux procureurs de plaider et d'écrire dans toutes les affaires.

En arrivant de la campagne, je trouvais tout ce beau charivari ; je blasmai nos Messieurs de leur jugement. Ils rirent de nos remontrances. Le mal était fait. Monsieur le Procureur Général les blasma en termes humiliants de leur jugement et en effet qui n'aurait senti l'idée ridicule de nos magistrats de se croire en droit de licencier 60 procureurs.

Au mois de Février 1735, le tout fut concilié au gré des parties par Monsieur Chérade, lieutenant général, Monsieur Bareau, Procureur du Roy, Monsieur du Tillet, avocat du roy, et moy, pour Messieurs. Messieurs Mioulle, Joubert l'aisné, Vigier pour les avocats. Sans autre explication.

Depuis peu et au commencement de ce mois de juillet cet air d'indépendance vient d'être un peu rabattu au parlement. A la 4eme Chambre des Enquestes, Monsieur Gilbert des Voisins avocat général portait la parole pour un de ses amis. Monsieur Le Roy, avocat, la portait pour la partie adverse et voulut se mettre en égalité de palce avec Monsieur l'avocat général alléguant l'usage, que lorsque Messieurs les Avocats Généraux portaient la parole pour des parties, les avocats du parlement qui plaidaient contre avaient une place égale. Sa demande lui fut refusée, il se retira. Il alla porter ses plaintes aux Bâtonniers qui le menèrent à la Communauté pour poser son cas. Messieurs les Avocats soutinrent de se retirer de cette chambre.

Or Monsieur Le Normand, l'un deux, ayant été plaider à cette Chambre fut durement tancé par la Communauté. Ils apprirent que le 8 de ce mois la Cour avait rendu un arrêt pour les mander. Ils désertèrent le palais et ne vont plus aux audiences et pour montrer leur répugnance du terme de Mander, ils s'assemblèrent au nombre de plus de 300 allèrent chez Monsieur le Premier Président, Monsieur du Hamel à leur tête, pour remettre leurs matricules. Ce magistrat ne voulut pas les recevoir et leur dit d'y réfléchir et qui voudrait s'élever serait peut-être abaissé.

La chose s'est pacifiée. Mais voici le dispositif de l'arrêt que le Parlement a rendu. La Cour, attendu le rétablissement du service dans son intégrité et la Soumission des avocats, Les Bâtonniers et les six anciens s'étant rendus aux ordres de la Cour, les chambres assemblées, les ai dispensées d'être Mandés en exécution de l'arrêt de la Cour du 8 de ce mois de Juillet 1735. Fait le Juillet 1735-11. Monsieur Pasquet de Lartige.

Après cet arrêt, le terme de mander n'effarouchera pas si fort Messieurs les avocats et peut-être ne voudront-ils pas s'attirer une explication plus précise sur leur prétendue indépendance dans la suite. »

• Une autre note manuscrite du même auteur mérite d'être rapportée. Elle a trait à un usage dont la mise en pratique donna lieu à quelques difficultés. On va voir comment elles furent résolues par le Présidial.

Monsieur Pasquet de Lartige donne comme titre à sa note La soupe à l'oignon et il raconte :

« Le 13 juillet 1748, fut plaidée une cause, appelée La soupe de l’оіgnon.

Voici le fait : Par un usage abbuzé establi angoulême, dès que de jeunes gens sont mariés les autres qui sont leurs coteries leur porte une souppe qu'ils appellent la souppe à l'ognon après l'avoir promenée par la ville au flambeau, au son dès viollons et des tambours, brize souvent les portes et les fenêtres, escaladent les murs pour entrer dans la chambre des mariés à qui ils la présente et la mange avec eux ; la meilleure est celle où on a fait le plus de bruit, et où on a cassé le plus de verres et de bouteilles et où on a lâché le plus de sottises, cette souppe est accompagnée de beaucoup d'autres mets et coute chair aux mariés qui estoient d'uzage de la payer.

Il arriva que le nommé Rigaillaud procureur au Présidial épousa la fille de Boussiron, aussi procureur, les jeunes procureurs commandèrent une soupe à l'ognon au nommé Noël traiteur pour la porter à Rigaillaud, ce qui fut exécuté, la souppe fut receüe et mangée chez Boussiron.

Les jeunes procureurs contant de leur prouesse crurent en être quittes et que Rigaillaud suivant l'uzage payerait Noël.

Rigaillaud refusa et dit que cestait à ceux qui avaient commandé la souppe de la payer à Noël ; Noël fit appeler les jeunes procureurs, ceux-ci appelèrent Rigaillaud et Boussiron à leur garantie, partyes plaidantes, Rigaillaud et Boussiron furent envoyés de la garantie contre eux prise et les jeunes procureurs qui avaient commandé la souppe, condamnés à payer Noël avec des pens envers toutes partyes.

Les nouveaux mariés ou la plupart pourront dormir à leur aize. »

• Evènement d'un tout autre genre raconté par le même auteur :

« Le Lundy, 29 Avril 1726, arriva en cette ville d'Angoulême un jeune homme âgé de 30 ans de petite taille, blond, marqué de petite vérole, natif du pays de Liège en la comté de Chimay près des Ardennes qui s'appelait le Chevallier de Saint-Hubert et prétendait estre l'un des descendants de ce fameux protecteur des chasseurs qui vivait dans le six ou septième siècle. C'était un grand seigneur qui fut béatifié et qui est encore honoré dans une ville qui porte son nom.

Ce jeune seigneur touchait les gens pour les préserver de la rage avec deux clefs d'argent qui avaient l'image de Saint-Hubert ; je me fis toucher.

Il avait une chasse dans laquelle étaient des reliques de Saint-Hubert qu'il exposa au culte public dans l'Eglise de Saint-Antonin et dans celle des P. P. Cordeliers par permission de M. l'Evesque, les Boiteux pourvu que les infirmités ne fussent pas de naissance, il les guérissait par les mérites de Saint-Hubert. Quoique on ait voulu dire, ce qu'il opérait sur les infirmes était prodigieux et tenait du miracle, j'en ai veû marcher aprèz qu'il leur eût fait les iñpositions des mains et les prières sur eux, proternèz devant la chasse qui ne pouvaient se soutenir auparavant, mais ils marchaient mal à la vérité.

Depuis le 29 Avril jusqu'au 10 de Mai qu'il sortit d'Angoulême, il guérit plus de douze personnes entièrement et en soulagea un grand nombre, disait-on. Mais je n'en vis aucun de guéri parfaitement.

Ces prodiges attirèrent en cette ville une grande multitude de personnes de tout âge, de tout sexe, il y eût des jours qu'il y en eut jusqu'à six et sept mille ; ils venaient de 14 et 20 lieües.

Il disait ce chevallier que pour éprouver s'il était véritablement de la race de Saint-Hubert on l'avait exposé à l'âge de sept ans, en présence de quatre Evesques, à un taureau enragé, qui avait mis en pièce un criminel condamné à mort et destiné à cet usage, qu'après que ce taureau eut fait cette cruelle expédition, il s'avança et fit les prières et les bénédictions qu'il avait aprises, que ce taureau s'apaisa et mourut à ses pieds.

Ce récit me parut bien fabuleux ou romanesque ; mais on ne raisonne point sur un fait de religion ou d'usage.

Il disait que la chasse de Saint-Hubert était promenée tous les cent ans par le monde pendant trois ans toujours par l'aisné de la famille de Saint-Hubert, et qu'aprèz ce pélerinage il était mis en possession de l'abaye de Saint-Hubert qui valait 30.000 de rente avec une permission du Pape pour se marier afin qu'une race si utile ne se perdit point.

Je crois que ce jeune seigneur aurait bien fait de taire tous ces contes, mais les hommes sont ainsy faits, ils veulent du merveilleux et ils fuient la simplicité.

26 Mai 1726. On a découvert que ce chevalier était un chevallier de l'industrie et un véritable imposteur qui trompa notre évêque et nous séduisit. Que nous fumes de bonnes gens ! de bons simplars ! et que nos descendants nous prendront pour cruches d'avoir donné dans ces contes à dormir debout ! »

(Société archéologique et historique de la Charente, 1920)

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09 juillet 2015

Henri Pastoureau et son mandat de maire de Toulon (1897-1900)

Pierre, Henri Pastoureau, ancien militaire (29.7.1897–21.5.1900)

A l’issue des élections du 25 juillet 1897, un lieutenant colonel d’artillerie du 111ème territorial en retraite, fut élu maire par 32 voix, plaçant près de lui Charles Laure comme 1er adjoint et Victor Micholet comme second adjoint (1). L’opinion politique avait évolué très rapidement, un revirement complet s’étant opéré dans les suffrages plaçant le camp nationaliste en tête. Pierre, Henri Pastoureau était né à Montron (Dordogne) le 20 avril 1840. Un ancien militaire fut donc placé à la tête de la municipalité, âgé de 58 ans, « un soldat plein de franchise, à la probité naïve » (2). Il se déclarait, lors de sa campagne électorale, attaché à la république démocratique (3), mais l’affaire Dreyfus l’avait fait très vite évoluer vers le nationalisme. C’en était fini de la période socialiste dont les protagonistes avaient été vaincus par leurs propres divisions. La réaction cléricale et opportuniste avait chassé le parti socialiste.

Un événement rarissime bouleversa la vie politique à Toulon. Quelques semaines après son installation, le maire, à la sortie d’une séance publique du conseil municipal, fut attaqué dans la rue par un individu qui lui assena trois coups de couteau. Il s’agissait d’un jeune homme qui voulait se venger du maire qui lui avait promis la réintégration de son beau-frère dans la police, d’où il avait été exclu pour mauvaise conduite, et ne l’a pas fait (4). Même si une partie de la population ne partageait pas les idées politiques de Pastoureau, ce dernier reçut le soutient unanime de l’ensemble du corps politique, toutes tendances confondues. Durant les quelques semaines de convalescence du maire, l’intérim fut assuré par le premier adjoint, Charles Laure jusqu’au retour du maire le 24 septembre 1897 (5). Dès sa reprise de fonction, Pastoureau se montra autoritaire et agressif. Il révoqua Charles Laure pour des motifs futiles (6).

Dans le programme de Henri Pastoureau, l’assainissement fut placé en tête des préoccupations de la nouvelle municipalité. Il prévoyait également des démolitions partielles « pour donner à la ville l’espace, l’air et la vie », ainsi que doter les quartiers suburbains de voies de communications plus faciles, qui permettraient non seulement de relier ces quartiers à la ville, mais aussi de leur distribuer l’eau et l’éclairage (7). Il se soucia également de financer les établissements de bienfaisance, « pour témoigner aux pauvres et aux déshérités notre sollicitude » (8), reprenant ainsi le système de charité publique que la droite utilisait avant l’arrivée des républicains. Pour réaliser ce programme, il ne prévoyait pas de lever de nouveaux impôts. Il prétendait que seule une bonne gestion des finances pouvait y concourir.

Une œuvre d’importance vit sa concrétisation sous la municipalité Pastoureau. Les efforts acharnés tentés par plusieurs maires depuis Henri Dutasta jusqu’à Prosper Ferrero pour encourager un groupe d’artistes à transmettre leur art furent enfin satisfaits par la création en 1899 d’une école municipale de dessin, et c’est Henri Pastoureau qui récolta les lauriers du travail fourni par ses prédécesseurs. L’école prit le nom de « Ecole municipale de dessin Grandjean » en reconnaissance au généreux donateur qui légua sa fortune à sa ville de naissance qui avait subventionné ses études artistiques à Paris (9). C’est également sous la municipalité Pastoureau que fut créée une école de musique en 1900, dont le projet avait été élaboré de longue date. Cette école répondait à un vœu depuis longtemps exprimé par les citoyens. La municipalité souhaitait qu’elle soit rattachée au théâtre pour permettre de rendre meilleure l’exécution des œuvres musicales (10).

Pastoureau ne se remit jamais vraiment des blessures de son attentat et conserva des faiblesses qui le rendirent vulnérable à toute agression microbienne extérieure. Et lorsque l’influenza toucha la ville de façon si violente en février 1900, il tomba malade et mourut le 22 du même mois peu avant la fin de son mandat. Des élections anticipées furent alors organisées.

Notes :

1. Délibération du Conseil municipal du 29 juillet 1897.
2. Agulhon (Maurice), Histoire de Toulon, op. cit. p. 315.
3. Délibération du Conseil municipal du 29 juillet 1897.
4. Jean-François Sinibaldi, originaire de Venocovo en Corse, âgé de 34 ans, a frappé de trois coups de couteau le premier magistrat de la ville qui était entrain de rentrer chez lui.
5. Charles Laure était le 1er adjoint, mais il était aussi délégué à l’Instruction publique, beaux arts, théâtre, musée bibliothèque, contributions et élections, archives.
6. Charles Laure aurait proposé des avancements au personnel municipal sans en référer au maire hospitalisé.
7. Délibération du Conseil municipal du 29 juillet 1897.
8. Ibidem
9. Louis Marius Eugène Grandjean, né à Toulon en 1811, mourut à Paris le 4 septembre 1899. Il avait souhaité, par testament, que la municipalité de Toulon utilise sa fortune pour créer une école municipale de dessin ouverte à tous. Ce que la municipalité fit en transformant « ‘Atelier des Beaux-Arts » en école municipale en 1899.
10. Elle devient Ecole nationale 1905.

Source : Les maires de Toulon de 1870 à 1914, d'Evelyne Maushart.

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08 juillet 2015

Condamnation à mort à Varaignes

« Entre Léonard Bernard, sieur de Lajarte, substitut du procureur d'office de la présente juridiction, demandeur en réparation de crime, d'homicide commis sur la personne de Jacques Trasleprat, contre Françoise Rousseau, prisonnière ès prisons de la présente jurisdiction, défenderesse et accusée. Veu... etc... Nous, assisté du conseil soussigné, ayons déclaré et déclarons la dite Françoise Rousseau duement atteinte et convaincue d'avoir homicidé le dit Jacques Trasleprat, son mari, à coup de pistolet ; en réparation de quoi la condemnons à faire amende honorable, nue, en chemise, la corde au cou, tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres, au-devant la principale porte et entrée de l'église paroissiale du bourg de Varaignes, où elle sera emmenée et conduite par l'exécuteur de la haute justice, ayant un écriteau devant et derrière, avec les mots : Homicide de son mari ; et là étant, nue-tête et à genoux, déclarer que, méchamment, elle a homicidé le dit Trasleprat, son mari, dont elle s'en repent et en demande pardon à Dieu, au Roy et à la Justice ; ce fait, aura le poing de la main droite coupé, sur un poteau qui sera placé audevant de la dite église après quoi sera conduite, par le dit exécuteur, en la place publique du présent bourg de Varaignes ; où elle sera à une potence, dressée à cet effet, pendue et étranglée jusqu'à ce que mort s'ensuive et, cela fait, son corps jeté sur un bûcher ; pour y être brûlé jusques à entière consommation, et ses cendres jetées au vent par le dit exécuteur. Condamnons ladite Rousseau à une amende de cent livres, envers le seigneur de la présente jurisdiction, et aux dépens de la procédure, que nous avons liquidés à quatre-vingt-quinze livres dix sols onze deniers, sans y comprendre nos épices et assistance des gradués. Ainsi signés : Gros-Delage, gradué assistant ; de Mazerat, gradué assistant ; Lajarte Bernard, juge, et Depeyris, greffier. A été la présente sentence, prononcée et remise au greffe de la châtellenie de Varaignes, par nous Thomas Bernard, sieur de Lajarte, juge-sénéchal civil et criminel de ladite jurisdiction, avec la procédure... »

Cette sentence, du 23 novembre 1751, fut confirmée, sur appel, par arrêt de la cour du Parlement de Bordeaux, du 20 décembre suivant.

(Société historique et archéologique du Périgord, 1892)

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