29 juillet 2015

L'attaque des croquants

M. Dujarric-Descombes nous apporte l'extrait d'un acte authentique qui confirme les renseignements donnés par Chevalier de Cablanc et Pierre de Bessot sur la mort tragique de Jean de Labrousse, sieur de Brognac, conseiller du roi et son vice sénéchal au pays de Périgord.

C'est l'inventaire fait à Périgueux le 25 février 1638 par Me Magot, notaire royal, à la requête de la veuve, demoiselle Narde Vidal, « laquelle, expose le notaire, nous a dict et représenté que led. feu sr de Broignac auroit esté le septiesme de janvier dernier proditoyrement tué et assassiné au lieu appelé de La Papussonne, paroisse de Breuilh, par plusieurs voleurs et autres personnes de mauvaise vie, ainsin qu'il conduisoit prisonnier ès prisons de la présent ville, sellon le deub de sa charge, avec aulcuns de ses archiers, le feu nommé Jean Pinel, qui avoit voulu souslever de nouveau le peuple, qu'est la cause que led. feu sr de Broignac seroit décédé. »

La fille de l'infortuné magistrat, Françoise de Labrousse, devait épouser, par contrat du 10 novembre 1640, Pierre-Jean Chancel, sr de La Grange, avocat en la cour de parlement de Bordeaux, et elle devint aussi la grand'mère du poètre Lagrange-Chancel.

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1897)

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Un marthonnais à Saintes

Le capitaine des francs-tireurs saintais était un homme de trente-quatre ans, marié et père de quatre enfants, situation extraordinaire si l'on considère qu'à la même époque aucun homme marié n'avait été appelé sous les drapeaux et qu'un grand nombre de jeunes célibataires demeuraient dans leurs foyers. Il était né à Marthon (Charente) d'une famille aisée qui avait amassé une petite fortune depuis deux siècles dans le tissage de la serge. Lors de la vente des biens nationaux elle avait acquis le château féodal de Marthon qu'elle devait conserver plus d'un siècle jusqu'à son acquisition en 1905 par M. Raynaud, alors député de la Charente. De brillantes études au lycée d'Angoulême incitèrent les parents de Louis Planty à rêver pour lui d'une destinée honorable. Ils l'envoyèrent à Paris, au lycée Henri IV, pour y préparer l'école militaire de Saint-Cyr. Mais cet exode coïncida avec des revers de fortune qui contraignirent le jeune homme à rejoindre sa famille installée depuis peu à Saintes, quai des Roches, dans le « Logis des Quatre-Portes » où désormais devait s'écouler toute la vie de Louis Planty.

(Les Cahiers de l'Ouest, 1956)

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Le domaine de La Rochebeaucourt au XIXe siècle

Julien remplace Dussoulier (fin 1857 ou 1858), il présente toutes les qualités d'un régisseur. Il est lui-même fils de régisseur, et il a fait des études agronomiques ; en dernier lieu, il a dirigé un domaine de 120 hectares en Périgord. Julien est un technicien agricole, conscient des problèmes de son temps. Sa correspondance (J/1.159), à la fois avec Doré et le comte de Béarn, n'a pas la saveur de celle de Caron, mais il pose davantage le doigt sur les difficultés de l'exploitation agricole. Aussi respectueux et déférent que Caron envers le propriétaire, il sait garder davantage son indépendance. Il arrive à La Rochebeaucourt dans une conjoncture déjà moins favorable, et il lui faut affronter des problèmes propres à ce domaine, où le propriétaire poursuit ses dépenses de prestige, sans tenir compte des recettes, avec des méthodes qui restent routinières. D'autre part, les productions agricoles ne s'écoulent plus avec la même facilité que dans le passé. Julien, moins flatteur que Caron, ne tarde pas à mettre l'accent sur les faiblesses et les déficiences d'une gestion qu'il faudrait revoir. En 1857-58, la forge de Combiers va très mal, aux mains d'une société industrielle insolvable, à la veille de faire faillite, d'où un procès, qui traîne, pour obtenir la résiliation du bail en cours. Les choses n'iront guère mieux avec M. Cordebart, qui prend la suite et aurait besoin de 50 à 60 000 F pour mettre la forge en état de marche. « D'un autre côté l'industrie métallurgique perd chaque jour et les forges à louer ne manquent pas dans ce pays-ci », écrit Julien, pressé de conclure au plus vite un nouveau bail, au bout duquel, en 1866, on se retrouvera de nouveau sans locataire, pour une usine qui rapporte un très faible loyer, après des investissements considérables dans la décennie antérieure. Elle est de nouveau louée, à compter du 1er avril 1868, après de nouvelles réparations, et la construction de deux fourneaux cubilots. Julien souhaite que le nouveau fermier y fasse des affaires « afin que M. le comte puisse tirer à l'avenir du revenu d'un établissement qui n'est pour lui qu'un sujet de dépenses... ». S'y ajoutent les travaux d'assainissement des marais de Combiers, imposés par un décret impérial et un arrêté préfectoral, qui incombent principalement, sinon exclusivement, au comte de Béarn. Dans la décennie 60, devant les difficultés d'une situation agricole dégradée, le régisseur égrène ses lamentations. À ses yeux, il y a trop de métayers (onze), pas assez de fermiers (cinq ou six), la culture de ces derniers « est mieux entendue que chez les métayers ». Julien pousse à la mécanisation, en faisant acheter, en 1862, pour le comte, une nouvelle faucheuse que l'on essaie dans les prairies. Il fait entrevoir les nombreux avantages de la machine à battre, sur le battage au fléau traditionnel, qui traîne jusque dans l'hiver, retardant les autres travaux et demandant une surveillance continue pour ne pas être dupé par les métayers. « Il n'est pas possible que la terre de La Rochebeaucourt reste longtemps encore privée d'une machine d'une aussi grande utilité... » Il y a quatre propriétaires de machines à battre dans la région, et il faut retenir la batteuse longtemps à l'avance. Julien revient à deux reprises sur le sujet, dans l'été de 1862, et suggère de faire payer aux métayers la moitié ou les deux tiers des frais de battage. Toujours en 1862, le régisseur est effrayé devant l'ampleur des dépenses : au château pour réparer les malfaçons de l'entreprise Nicolas, les murs, les chemins autour de l'usine du Ménieux, travaux d'agrément aux jardins, plantations de toutes sortes. Par exemple, en mai 1862, une cinquantaine de personnes à la journée, soit 126,80 F par jour... En 1867, on en est encore à des travaux de consolidation et de réfection au château. Julien voudrait changer beaucoup de choses à la régie, en particulier, en avril 1866, à une demande d'argent du comte à la caisse, il répond qu'il faudrait établir un budget annuel, fixant recettes et dépenses à ne pas dépasser. Il suggère aussi d'abandonner l'exploitation directe de la ferme du Parc, qui est un gouffre d'argent, de réduire les travaux d'embellissement, ceux des plantations, et de faire moins d'achats d'immeubles. Il veut orienter davantage vers l'élevage, avec moins de cultures : beaucoup de ventes de porcs, veaux, jeunes bœufs, avec un cheptel important dans chaque unité de production. Les dernières années du Second Empire sont surtout marquées par des difficultés d'écoulement des produits agricoles : blés, vins, bois de stères et de cercles, eaux-de-vie... L'offre est supérieure à la demande, les fermages rentrent mal, les marchands accumulent du retard dans leurs paiements. De tous les régisseurs, c'est Julien qui nous laisse le plus de comptes et d'états financiers d'une grande clarté, sachant distinguer recettes et dépenses ordinaires d'une part, et dépenses extraordinaires ou exceptionnelles d'autre part. Sur la décennie 1855-1865, il a établi un tableau, dont il ressort que, chaque année, le strict domaine rural n'a laissé qu'un revenu net de 9 836 F pour un total, en recettes de 66 320 F, en dépenses de 56 484 F (à l'exclusion des dépenses extraordinaires). Il en conclut que pour arriver à satisfaire la demande du comte d'un revenu annuel de 20 000 F, il faudrait faire de grandes réformes. Certes, le domaine de La Rochebeaucourt avec son château refait à neuf, peut donner l'impression de la prospérité et de la splendeur au visiteur qui ne fait que passer. C'est ce qui est arrivé à un certain docteur Jules Guyot, qui, dans une lettre au comte du 28 mai 1864, s'enthousiasme avec démesure : « ... J'ai tenu à jeter un coup d'œil rapide sur un coin de vos vignes et sur votre splendide château. Ce que j'ai vu... m'a ravi... votre château, votre parc et les alentours de 2 500 hectares m'ont stupéfié. C'est une province, c'est un royaume. Comme artiste, viticulteur et colonisateur, j'y passerais volontiers ma vie, j'y installerais 500 familles ou 2 500 habitants... en en tirant 250 000 l de rentes nettes... On pourrait y vivre et y mourir de génération en génération sans éprouver le besoin d'en sortir... » (J/1.073) Quel jugement rapide, superficiel et faux ! Derrière une façade peut-être brillante, une structure de grande propriété nobiliaire et une exploitation routinière, qui résistent mal aux premiers effets d'une crise agricole longue et cyclique, née de la transformation du monde économique. Les Béarn en sont restés aux valeurs du patrimoine, qui procure une situation de rente, et jamais ils n'ont envisagé d'en faire un outil de production performant. D'ailleurs, une telle transformation eût été périlleuse, et la situation présente, nullement catastrophique, aurait pu se prolonger longtemps encore, sans les folies de Gaston de Béarn après 1870.

Source : Du château d'Angoumois à la faillite parisienne, de Jean Jézéquel.

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28 juillet 2015

Puyrigard

Jean Cholet (1662-1741) est un homme politique de Nontron et d'Ancien Régime.

Fils aîné d'autre Jean Cholet, marchand et maître de forges, et Marie Phelip, sa femme, il est né en 1662 à la forge de Puyrigard, paroisse Saint-Étienne de Nontron. La forge de Puyrigard est construite en 1626 pour Thibaud de Labrousse, seigneur dudit lieu. Elle est exploitée par la famille Cholet, marchands de poêles, puis par François Delapouge, fournisseur d'artillerie royale, au milieu du XVIIIe siècle, mais elle est inactive en 1789.

Il acquiert l'office de maire perpétuel de la ville en 1705 (1), appartenant à François Bouthinon, puis celui de maire alternatif en 1712 après la dissolution du premier. L'office est supprimé en 1717. Un édit royal au mois de juin 1717 supprime tous les offices municipaux créés depuis 1692, dont ceux de maire et de lieutenant. Ils sont rétablis en 1733. Le premier maire de la commune en 1790 est Élie Labrousse-Lagrange, propriétaire.

Cholet est le dernier maire sous Louis XIV, ce dernier étant décédé en 1715 (2).

Il épouse Catherine Boyer en 1687, puis Marguerite Pastoureau en 1710. En 1723, il va à Périgueux pour son procès contre François Grolhier. Il assiste au mariage de sa fille Catherine avec François Devars, sieur de Bosredon, en 1734, et deux ans plus tard, il demeure à la forge de Cholet et non plus à celle de Puyrigard, au mariage de son autre fille Magdelaine avec François de Labrousse, sieur de Longpré. Ces deux filles sont issues de son second mariage.

Il est le père de cinq enfants au total, dont deux fils, et l'oncle de Jean de Labrousse du Bosfrand (1700-1785), subdélégué de Nontron de 1738 à 1776, ancien président-trésorier de France et conseiller-secrétaire du roi. Fils de Marie Cholet, il acquiert le fief noble de Puyrigard en 1759 appartenant à César-Pierre-Thibaud de Labrousse, marquis de Verteillac. Le domaine est ensuite transmis à son petit-fils. Celui-ci, ancien seigneur de Puyrigard et capitaine de la garde nationale, est guillotiné en 1794.

Il est aussi le grand-père de Léonard Marcillaud de Bussac (1752-1830), maire sous le Premier Empire et la Restauration, ancien capitaine d'infanterie. Fils de Catherine Cholet, il est à la mairie de 1802 à 1815, puis brièvement remplacé. Il l'est de nouveau de 1816 à 1826. Il réalise le projet d'hôtel de ville en 1822 et parraine la nouvelle cloche de l'église de Nontron deux ans plus tard. L'allée de Bussac est nommée après lui.

Il meurt en 1741 à Nontron, à 80 ans, puis est inhumé dans la chapelle Notre-Dame des Clercs.

Sources :

• Monographie de la ville et du canton de Nontron, de Pierre-Henri de Laugardière.
• Les anciennes forges de la région du Périgord, d'Édouard Peyronnet.
• Cercle d'Histoire et de Généalogie du Périgord, Périgueux.

Notes :

1. Les lettres du roi sont datées du 1er juin 1705, et sont suivies d'un serment. Il se qualifie de conseiller du roi, maire perpétuel et syndic général de la ville et communauté de Nontron.

2. Louis XIV est mort le 1er septembre 1715, au château de Versailles. Il est le grand-père de Louis XV, lui-même grand-père de Louis XVI, dernier roi avant la Révolution française.

5187816 Illustration : la mairie de Nontron vers 1900, carte postale.

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15 juillet 2015

Plainte de Marcilhac et de Montalembert, sa femme

Plainte que fait Daniel de Marcilhac, naguère conseiller esleu pour le Roy en l'eslection d'Angoulmois, et dame Marie de Montalembert, son espouze, contre Jehan de Marcilhac, leur fils, sur ce que, peut y avoir sept ans, n'ayant ledit Jehan encores atains Taage de sèze ans, c'estant allé promener au lieu de Montignac-Charente, distant de ladite ville de trois grandes lieues, où estant, auroit prins cougnoissance et familiarité avec la nommée Jebanne Rousseau, pauvre femme nécessitée, aagée de trente-cinq à quarante ans, faisant du pain et des pàtetz d'anguilles qu'elle porte d'ordinaire aux foires et marchés des lieux circonvoisins dudit Montignac, pour vandre, afin de subvenyr à ses nécessitez; par le moyen de laquelle fréquentation, icelle Rousseau, par ses apas pipeux, auroit tellement pratiqué, céduit et desbauché ledit Jehan de Marcilhac, qu'elle l'auroit dispozé de l'espouzer, afin de mieux et avec plus de liberté continuer la jouissance dudit Jehan, qui est en eflfait ung pur et punissable rapt. De quoy adverty, ledit Daniel de Marcilhac se seroit acheminé audit lieu de Montignac, à compaigné (sic) de ces amis, afin de à saizir de sondit fils et empescher tel malheur et honte en sa famille. De quoy ladite Rousseau, advertye, auroit fait esvader ledit Jehan Demarcilhac, et tous deux ensamble ce seroient caché par les bledz qui estoient pour Ihors grands, en sorte que ledit plaignant et ses parans et amis ne l'auroient peu rencontrer. Et prévoyant icelle Rousseau qu'il ne ce trouveroit de prestre proche dudit Montignac, qui les voulut espouzer à heure induhe, sans y aporter et observer les formes requises, atandu mesme le bas aage dudit Jehan de Marcilhac qui n'avoit encores seze ans acomplis, et le peu d'honneur et misérable condition et extraction de ladicte Rousseau, avoit icelle Rousseau mené et conduit ledit Jehan de Marcilhac à la coumanderie de Vouton, près la ville de Montberon, distant dudit Montignac de cinq à six lieues, où ils auroient esté espouzés, ainsy que lesdits plaignans ont esté advertis, par ung prestre soy disant avoir privillège spécial audict lieu, encores qu'il n'y eut aulcuns parans dudict Jehan présans pour authorizer et consantir ledict mariage. Depuis lequel temps, ledict Jehan, à l'instigation de ladicte Rousseau, a exercé à rencontre de ses dits père et mère une infinité de cruaultés plus que barbares, jusques à poursuivre ledit plaignant, son père, l'espée à la main, près sa maison du Petit-Vouillac, luy impropérant et à sa dite mère plusieurs injures vilaynes et atroces, ce tenant d'ordinaire nuit et jour autour d'icelle pour y entrer, afin de leur méfaire et prandre leurs chevaux et jumans, et auroit à diferans fois poursuivi ses petits frères, ausquels il auroit hosté à plusieurs fois le manteau, en sorte que lesdits plaignans, puis le temps de sept ans à tout le moings, jusques à l'année 1620, (ont esté) sans ozer que bien peu sortir de leur maison, ny leurs petits enfans et serviteurs, pour la crainte qu'ils avoient des menaces et viollances dudit Jehan Demarcilhac. Après toutes lesquelles cruaultés, au mois d'apvril de ladite année 1620, icelluy Jehan ce seroit retiré en la maison du sieur de Marcheguinay, son cousin, par lequel il auroit fait porter parolle audit plaignant, son père, qu'il estoit grandement desplaizant de ses faultes et desiroit que, à cause des piperies de ladite Rousseau, qui l'avoit misérablement desbauché, il fust fait poursuitte de faire déclarer son prétendu mariage clandestin et nul, suplyant sondit père le secourir de quelques moyens pour aller servir le Roy, portant les armes en quelque coing du royaulme. A quoy obtempérant, ledit Demarcilhac plaignant lui auroyt fait fournyr argent et commodité, scellon son pouvoir, et moyennant ce, s'en seroit allé en la ville de Mais (Metz), soubz la compagnie de monsieur de Real, où ayant demeuré quelque temps, icelluy Jehan de Marcilhac, au mandement de ladicte Rousseau, ainsy qu'il est à presupozer, ce seroit encores retiré par devers elle et continué ses mesmes viollances à rencontre de sesdictz père et mère que ci-devant, et continuant de mal en pis, ce seroit acheminé en la ville de La Rochelle pour porter les armes contre le service du Roy, ainsy que ledit de Marcilhac est adverty. C'est pourquoy lesdictz de Marcilhac et Demontalembert, sadicte femme, désirant, à cause de telles faultes par trop énormes, exéréder et frustrer ledict Jehan de Marcilhac de tous leurs biens, ce qu'il n'a fait sans le consantemant et advis de ladicte Rousseau, dézireuze de l'expozer à toute sorte de suplice, pour avoir du bien, protestant lesdicts plaignans de faire leur testamant et témoigner à ung chacun et à la postérité le desplaizir qu'ils ont receu et resoy vent journellement en leurs âmes, des mauvaizes actions dudict Jehan Demarcilhac, leur fils, dont ils requërent acte leur estre octroyé, pour leur valloir et servir en temps et lieu ce que de raison, desquelles protestations, dires, remontrances et déclarations a esté octroyé acte ausdictz de Marcilhac et Demontalembert, conjoinctz, par nous soubz signés, notaire royal, tabellion et gardenotte héréditaire en Angoumois, en présance de Georges Avril, escuyer, sieur du Grand-Maine, maistre Jehan Apvrilh, chanoine en réglize cathédralle Saint-Pierre de ceste ville d'Angoulesme, et maître Aymery Pasquet, procureur au siège présidial d'Angoulmois, et tesmoings ad ce requis et apellés, le second jour d'octobre mil six cens vingt et ung, après midy.

D. Demarcilhac.

M. Demontalembert.

G. Avril.

J. Avril.

Pasquet.

Fèvre, notaire royal.

Extrait des archives de la Charente, minutes de Fèvre, notaire à Angoulême, par M. Paul de Fleury.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1892)

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14 juillet 2015

Commande de la justice de Châteauneuf aux artisans locaux

Les fermiers, sous-fermiers ou régisseurs du domaine de Châteauneuf payeront aux nommés Couillebaud dit Bellegarde, maître menuisier ; Pierre Badaillard, dit Angoumois, maître serrurier ; Michel Thomas, charpentier, et Pierre Méritier, cordier, tous habitants de cette ville.

Audit Couillebaud,
• Pour avoir raccommodé quatre couchettes pour les prisonniers.... 3 L. 12 s.
• Six linteaux en chêne, une livre ; clous, une livre cinq sous ;
• Fourniture et façon d’un siège pour la question ordinaire et extraordinaire....
• Fourniture et façon de deux paires de brodequins de bois de noyer, huit coins de même bois et trois baguettes de même bois, quinze livres.... 15 L.

Audit Badaillard,
• Pour avoir mis les fers le 13 décembre dernier aux nommés Jean Boutin, Jean Charbonnaud, Jean Dexmier, Jean Possen père, Jean Possen fils aîné, Jean Possen fils cadet, Jean Ferrand, Pierre Pierre, Jacques Galand père, et Guillaume Galand fils, tous accusés prisonniers ès-prisons de ce siège, et pour façon de dix goupillons, cinq livres ci.... 5 L.
• Façon et fourniture de cinq boucles de fer tant pour soutenir le siège de la question que pour attacher les bras des condamnés, trois livres quinze sols.... 3 L. 15 s.
• Façon et fourniture d’une paire de fers pesant neuf livres, trois livres douze sols.... 3 L. 12s.
• Façon et fourniture d’un lien de fer pour l’échelle de la potence, quinze sols.... 15s.
• Façon et fourniture d’acier à une pince pour faire les trous pour les deux potences, dix sols.... 10 s.
• Pour avoir ôté les fers, le 31 décembre dernier, aux nommés Jean Charbonnaud et Jean Dexmier avant la question, à Jean Boutin avant son exécution.
• Pour avoir ôté les fers le 2 du présent mois auxdits Jean Possen père, etc., lorsqu’ils ont été mis ès-mains du messager d’Angoulême pour les conduire dans les prisons de la conciergerie du Palais à Paris, une livre quinze sols.... 1L. 15 s.

Audit Thomas,
• Pour fourniture et façon de deux potences de bois chêne, dont une à deux branches, trente-cinq livres.... 35 L.
• Fourniture et façon d’une échelle en bois de chêne de quinze pieds de haut pour les deux potences, huit livres.... 8 L.
• Fourniture et façon de 16 piquets pour soutenir les deux potences, trois livres....... 3 L.
• Fourniture et façon d’une membrière traversant ladite potence à deux branches et du lien de revers, trois livres.... 3 L.    

Audit Meritier,
• Pour fourniture de chanvre très raffiné et façon de cinq livres de cordes, tant pour la question ordinaire et extraordinaire que pour pendre Charbonnaud, Dexmier et Boutin, sept livres dix sols.... 7 L. 10 s.

Lesquelles sommes accumulées forment celle de cent dix livres neuf sols, bon à payer le 12 janvier 1779.

Signé, Menault, procureur du roi.

Reçu de M. Tabuteau, fermier de Châteauneuf, la somme de 110 livres 9 sols, 12 janvier 1779.

Signé, Michel Thomas, tant pour moi que pour les ci-dessus énoncés qui ont reçu leur part.

Les fermiers, sous-fermiers ou régisseurs du domaine de Châteauneuf payeront à Jean Roch, exécuteur de la haute justice à Angoulême, la somme de 45 livres pour avoir mis à exécution l’arrêt du parlement du 11 mars dernier, envers Pierre Pierre, dit Penillard, Jean Possen fils cadet, et Françoise Rousseau, veuve de Jean Boutin, dit Cadet, par lequel ils ont été condamnés, savoir : ledit Pierre Pierre, dit Penillard, à être battu et fustigé nud de verges et flétri d’un fer chaud en forme de trois lettres G. A. L., et ledit Possen fils cadet et ladite Françoise Rousseau à être aussi battus et fustigés de verges et flétris chacun d’un fer chaud en forme de la lettre V, pour raison de quoi ledit exécuteur s’est rendu hier de la ville d’Angoulême avec son domestique et est parti aujourd’hui de cette ville de Châteauneuf, de sorte qu’il lui sera passé, pour lui et son domestique pour transport pour les deux jours la somme de 18 livres faisant en total 63 livres.

Fait à Châteauneuf, le 3 mai 1775.

Menault, procureur du roi ; Guillot, juge-prévôt.

Les fermiers du domaine de Châteauneuf payeront au sieur Coupron, brigadier de la maréchaussée à la résidence de Barbezieux, la somme de 6 livres pour avoir assisté avec un cavalier de sa brigade à l’exécution qui s’est faite cejourd’hui de Jean Dexmier et Charbonnaud condamnés à être pendus ensemble ; de 5 livres pour ledit cavalier.

Fait à Châteauneuf, le 31 décembre 1778.

Signé Menault, procureur du roi ; Guillot, juge-prévôt.

Source : La Charente révolutionnaire, de Victor Bujeaud.

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La Rochefoucauld et les Hérauld

La cité de La Rochefoucauld au XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, La Rochefoucauld était, à six lieues d'Angoulême, en bordure de la rivière Tardoire, une ville active, tant sur le plan religieux que sur les plans économique et intellectuel.

Les communautés catholique et protestante étaient parvenues à une cœxistence pacifique après les débordements des guerres de Religion commis, en particulier, par le futur Henri IV lui-même, dans la petite cité, en 1568.

Avec le retour au calme, la ville était redevenue le carrefour des produits de l'Angoumois et du Limousin : bestiaux, fourrage, grains, châtaignes, truffes, eaux-de-vie, vins, sans oublier deux spécialités rupificaldiennes : la culture du safran et la tannerie. En plus des vingt-deux foires ordinaires par an, se tenaient deux grandes foires royales de trois jours chacune, l'une à la Saint Barnabé en juin, l'autre à la Nativité de Notre-Dame en septembre. Culturellement, deux collèges, l'un protestant, l'autre catholique, attiraient la jeunesse de la région. Notaires et avocats, médecins et apothicaires florissaient au sein de la cité apaisée.

La prospérité de La Rochefoucauld accusa une régression à partir de la révocation de l'édit de Nantes. Un rupificaldien note dans son journal, à la date du 29 septembre 1685: « Il arriva dans cette ville deux compagnies de dragons rouges conduits par M. le marquis d'Argenson, lieutenant général d'Angoumois. M. l'évêque et M. l'intendant arrivèrent deux jours après, et firent convertir plus que quatre cents huguenots tant de la ville que des environs. » Cette méthode provoqua l'émigration du négoce protestant et porta un coup fatal à l'activité locale. L'élite s'étant réfugiée à l'étranger, « le reste des habitants, note Jean Gervais, conseiller au présidial d'Angoulême, dans son Mémoire sur l'Angoumois, n'est que du bas peuple, appauvri par l'excès des impositions, qui y ont continué ; au surplus, gens forts inquiets, brouillons et chicaneurs à l'excès, et se faisant naturellement une continuelle guerre. »

Les Hérauld

L'abbé Chevalier, auteur d'une étude sur la famille de Gourville, note que dès le XVe siècle vivaient, à La Rochefoucauld, des Hérauld ayant assez pignon sur rue pour donner leur nom à une des portes de la ville. Des membres de cette famille allèrent s'établir dans des villages voisins, tel Pierre Hérauld, bourgeois de Saint-Angeau, inhumé dans l'église, dont le blason, attribué par le juge d'armes d'Hozier, portait « d'or à trois heaumes d'azur, deux en chef et un en pointe, les deux de chef affrontés ».

La famille Hérauld fut appelée « de Gourville » ou « Gourville » très tôt : en 1622, la sœur aînée de Gourville est désignée par le vicaire de Notre-Dame de La Rochefoucauld, dans l'acte d'un baptême où elle était marraine, sous le nom de « Marye de Gourville ». En 1640, l'abbé de La Rochefoucauld, parrain à un baptême, est accompagné de son maître d'hôtel, lequel signe « Gourville ». En octobre 1647, leur sœur, Marguerite, à son entrée dans la confrérie du Saint-Sacrement, établie en l'église Notre-Dame de La Rochefoucauld, est dite fille de « Madame Gourville ». Et cette dernière elle-même est dite veuve de « Me Pierre Hérauld, sieur de Gourville. »

L'usage s'était donc établi de désigner cette branche de la famille Hérauld par le nom de son lieu d'origine, c'est-à-dire le village de Gourville, situé de l'autre côté d'Angoulême, entre Aigre et Rouillac, siège d'une vieille châtellenie, qui comptait alors plus de cinq cents habitants. Pierre Hérauld y vivait modestement, avec ses parents et sa femme, vers le milieu de XVIe siècle. Il y possédait une maison et quelques lopins de terre. Il eut trois fils, dont l'aîné, né vers 1585, fut prénommé Pierre comme son père.

Pierre Hérauld et Souveraine Mesturas

Ce Pierre Hérauld vint s'établir à La Rochefoucauld, au début du XVIIe siècle, pour s'y adonner au commerce du drap. À l'époque, « le paysan d'Angoumois s'habille, selon les détails donnés dans la France pittoresque, de serge ou de droguet, ordinairement de couleur grise, étoffe grossière fabriquée localement. Un gilet ou deux, suivant la saison, une veste sans parement et des culottes sans boucles ni bretelles, composent son habillement. Une même pièce d'étoffe, qu'on achète à Pâques ou à la Saint Jean, sert à vêtir toute une famille, hommes et femmes, à faire les gilets, les culottes, les brassières, les jupes, qui sont confectionnés d'après des modèles invariables et d'une antiquité immémoriale. »

Pierre Hérauld et sa femme, Souveraine Mesturas, épousée vers 1612, issue d'une famille de notables de Saint-Claud, bourgade d'Angoumois, habitaient dans la rue principale de La Rochefoucauld. Au bout de la rue, au-delà du vieux pont qui enjambe la rivière Tardoire, s'élève le château construit sur la Rupes Fucaldi ou Roche à Foucauld, masse rocheuse renfermant des grottes. Sa maison, dotée d'un étage, comprenait, au rez-de-chaussée, la boutique, l'arrière-boutique et trois chambres. La lecture du contrat de mariage de sa fille Antoinette nous apprend que Pierre Hérauld avait réussi à cumuler son activité de marchand avec l'état de receveur des taxes et droits seigneuriaux de la duché-pairie de La Rochefoucauld, situation qui donne une idée de la confusion entre commerce et finances publiques, et explique un atavisme familial pour le maniement de l'argent.

Le couple eut huit enfants : Marie, Pierre, Hélie, Antoinette, Marguerite, Jean, Anne et Marie. À la mort prématurée de son époux, âgé d'à peine cinquante ans, le 6 décembre 1634, Souveraine géra efficacement le patrimoine qu'il lui laissait, veilla à l'éducation de sa progéniture à qui elle fit apprendre à lire et à écrire ; elle dota ses filles, les maria dans le réseau de notables de la région, et fit entrer ses trois fils au service de la maison de La Rochefoucauld.

Source : Gourville le magnifique, d'Alain Mazère.

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Édit de création d’une université à Angoulême, par François 1er

Amboise, 27 décembre 1516. (Registré au parlement le 2 avril 1549, avant Paques ; Ie volume des ordonnances de Henri II, coté P, f° 436.)

François, etc. Sçavoir faisons à tous présens ct advenir que, comme entre toutes choses servans au gouvernement, entretenement et augmentation de tous royaumes , principaultéz et monarchies, soit nécessairement requis, avoir, nourrir, entretenir et privilégier gens clercs, lettrés et sçavans, par révolution de livres, estudes et spirituels labeurs, les gestes, doctrines et louables exercices de ceulx qui ont illustré, anmobli, accreu et augmenté, tant par leur sens, escriptures, littérature, que actes vertueux, le bien et estat de la chose publicque, chrétienne, qui ne peut estre , par expérience, entendu ni cogneu durant la vie des humains, parce qu'elle est momentaire, caducque et de briefve durée ;

Et à ceste cause , est requis avoir recours à la révolution et lecture des livres et doctrine des bons, grands et notables personnaiges, qui ont profondément et à plain escript en toutes facultés, et que, par cours et usaige commun, les esperits et entendemens humains ne soient capables avoir congnoissance des dictes facultés et sciences, sans directeurs, précepteurs, maitres et docteurs d'icelles facultés, et qu'il y ait lieux, colléges et universités appropriées, dédiées, érigées et fondées pour enseigner, monstrer et apprendre icelles facultés et sciences.

Et que, ayons esté deument advertis que feu de bien heureuse et très recommandable mémoire, Jehan, comte d'Angoulesme, nostre ayeul paternel, qui tant et si vertueusement a vécu, manié et traioté ses subjects et affaires , que devant Dieu et em son Esglise il reluit et fleurit, par miracles, et en a porté, et encore tient le titre et renom du bon comte Jehan , que nous tenons à Nous et toute nostre maison, à très grand honneur et exaltation ;

Considérant, sa vie durant, sa ville et comté d'Angoulesme être une bien belle, grande et spacieuse cité, élevée et assise en haut lieu , doulx air benin et tempéré .. sain , propre et très commode pour estude et exercice spirituel, hors de tous passages et négociations mondaines et séculières, garnie de bois , champaignes , rivières et ruisseaulx prochains; environnée de toutes parts de bon, fertile, doulx et plaisant pays, tant pour le vivre, nourriture et entretencment des gens dc lettres, docteurs et estudians, qui pourroient venir et converser en icelle, que pour leur récréation, soulagement et consolation spirituelle,

Et que icelle ville, qui est du nombre des principales clefs et frontières de nostre royaume, mesmement du costé et endroict de nostre duché et pays de Guyenne, et que, en temps de guerre et hostilité, elle a toujours, par cy devant, fait, et pourra, par cy après, faire plusieurs bons services, à Nous et à nostredit royaume, n'a pu, par cy devant, et ne pourroit, pour l'advenir, estre peuplée, remplie et garnie de gens d'autorités, esprit, scavoir et conduite, sans y dresser, ériger, créer et establir université : collége et escolles, en toutes facultés, auroit pris et conçeu propos, vouloir et délibération , faire ériger, dresser et establir en ladite ville et cité d'Angoulesme escolles, collége et université, en toutes facultés, tant pour la construction, fortification et entretenement d'icelle cité, que pour le bon et pitenx désir qu'il avoit au proffit et instruction des pauvres et ieunes personnages de ses pays et circonvoisins, et exaltation de nostre saincte foy catholique ;ce que, prévenu de mort , il n'auroit pu faire, et sont les choses demourées sans perfection jusques à présent, qu'il a plu à Dieu, le créateur, Nous exalter et faire parvenir à la couronne.

Et que nostre très chère et très amée dame et mère, à laquelle, pour partie de son entretenement, Nous avons donné et octroyé ladicte ville et cité, ensemble le pays et duché d'Angoulmois,

Nous a supplié et requis ensuir et accomplir le bon et louable désir et vouloir dudit feu seigneur nostre bon ayeul, et en c faisant, créer, établir et ordonner en ladite ville et cité d'Angou lême escolles et université en toutes facultés , et icelles doter e enrichir de libertés, immunités et priviléges y requis et néces saires.

Pour ce, est-il que Nous, qui de tout nostre cœur et vouloir désirons estre imitateur dudit feu seigneur nostre bon ayeul, ensuir et parfaire les bonnes œuvres et propos par lui entreprinses et délibérées, peupler, enrichir et annoblir ladite ville et cité d'Angoulesme, faire et accroistre la commodité et proffit dudit pays et duché d'Angoulmois, auquel Nous avons prins nostre commencement et naissance , obtempérer, et de nostre pouvoir, satisfaire aux prières et requestes de notre dite dame et mère, qui, de ce, nous a très instamment supplié et requis.

Pour ces causes et autres raisonnables considérations, à ce nous mouvans, de nostre certaine science, grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale,

Avons érigé, créé, ordonné et nouvellement estably, créons, érigeons, ordonnons et establissons en ladite ville et cité d'Angoulesme, collége, escolles et université, en toutes facultés et sciences, et pour l'entretenement, conservation et augmentation d'icelle, avons donné et octroyé, donnons et octroyons à icelle université, colléges, facultés et docteurs, maistres gradués et estudians , escolliers, bedeaux , messagiers et autres officiers d'icelle université, présens et advenir, et qui, en icelle, vacqueront et desserviront sans fraude telle et semblable jurisdiction, puissance, autorités, priviléges, immunités, libertés, exemptions et franchises que ont et ont accoutumé d'avoir les universités de nos bonnes villes de Paris, Poitiers et Toulouse, et les suppots, officiers, messagiers, docteurs, gradués , escolliers et estudians d'icelles et chacune d'elles que voulons estre d'un tel effet, force et vertu, comme s'ils étoient nommés, déclarés et exprimés en cesdites présentes.

Et pourront les docteurs, maistres et gradués d'icelle université élire, instituer et créer recteurs et tous autres officiers d'icelle université, sauf et réservé le conservateur des priviléges royaux d'icelle duquel l'institution et provision nous appartiendra à la nomination et présentation de nostredite dame et mère.

Si donnons, etc.

Source : Recueil général des anciennes lois françaises, de François-André Isambert.

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Règlements de police faits pour la ville, faubourgs, banlieue et duché-pairie de La Rochefoucauld

I. — Il est deffandu très expressément à tous manans et habitans de cette ville, fauxbourg, banlieue et duché de La Rochefoucauld de blasphémer le saint nom de Dieu, à paine de 10 livres d’amande pour la première fois, du double pour la seconde, et pour la troiziesme des paines portées par les ordonnances royaux ; et pour les récidives continuelles et à cause de leur opiniâtreté invincible, le procès leur estre fait et parfait par recollements et confrontations de tesmoings et estre condamnés en des paines corporelles et infamantes, suivant la rigueur des ordonnances et arrests de la cour.

Deffanses aux marchands et gens de mestier de tenir leurs boutiques ouvertes les jours de dimanche et festes commandées par l’Église, à paine de 10 livres d’amande ; et sous mesme paine deffandons ausd. marchands, chapelliers, bonnetiers, cordonniers, tanneurs et autres gens faisant profession de marchandise de quelque nature et qualité qu’elle soit, de les estaller dans les rues et hors de leurs boutiques.

II — Enjoignons ausd. marchands d’avoir des poids, aulnes et mezures estallonnés à la marque de monseigneur le duc de la cour de céans, et, au cas qu’ils se trouvent saizis de poids légers, aulnes courtes et petites mesures, seront lesd. marchands condamnés en 20 livres d’amande pour la première fois et de confiscation desd. poids, aulnes et mezures, au double pour la seconde, et au triple pour la troiziesme. Et pour descouvrir les contravantions qui se feront au présent article, ordonnons que nous nous transporterons de temps à autre dans les boutiques desd. marchands tenant poids et mezures pour estre procédé à la vizite d’iceux, les saisir et déplacer, et du tout en estre dressé des proces-verbaux pour sur iceux estre ordonné ce que de raison.

III. — Il est enjoint aux maistres apotiquaires de la présente ville de renouveller de temps à autre leurs drogues et n’en point employer dans leurs remèdes qui soient altérées ou corrompues, à paine de 100 livres d’amande. Et pour éviter les accidans, seront par nous les boutiques visitées avec un médecin ou sindicq desd. maistres pour voir et visiter les drogues qui seront esd. boutiques ; et s’il s’en trouve quelques-unes de la quallité cy-dessus, elles seront jettées et les apotiquaires contraintz au payement de la susd. amande, et de plus grande paine, s’il y eschoit.

IV. — Ceux qui auront esté reçus chirurgiens et apotiquaires ne pourront exercer en la présente ville et fauxbourgs et ouvrir de boutiques sans notre ordonnance et permission préalable. Ils seront tenus de mettre au greffe du présent duché leurs lettres de provizion et réception pour l’exercice desd. arts de chirurgie et pharmacie, à paine de 10 livres d’amande contre chascun des contrevenans.

V. — Il est enjoint aux personnes menant vie scandaleuse, de quelque qualité et condition qu’elles soient, de vider la ville et fauxbourg dans huitaine après la publication des présentes, sur telles paines que de droit et d’estre honteuzement chassées de cetted. ville et fauxbourg et leurs meubles jettes dehors, ainsy que cela se pratique à Paris et dans les autres villes les mieux policées du royaume.

VI. — Deffances à touttes femmes et autres personnes de tenir dans leurs maisons aucune fille et femme grosse et mal famée, sans nous en avoir donné advis, sur paine de 60 livres d’amande et de plus grande, s’il y eschoit, contre chascun des contrevenans, et de demeurer responsables de la nourriture des enfans qui en proviendront et autres événements.

VII. — Enjoint pareillement à tous les propriétaires des maizons qui auront pour locataires des femmes et filles de la quallité cy-dessus exprimée de nous en avertir incessamment, à paine de 10 livres d’amande contre les contrevenans et de demeurer responsables de tout ce qui pourra arriver.

VIII. — Deffances ausd. propriétaires de louer des maisons ou parties d’icelles à aucunes personnes nouvellement venues en cette ville ou fauxbourg sans nostre permission, à paine de 10 livres d’amande.

IX — Enjoint à toutes filles ou femmes qui se trouveront enceintes par de mauvaizes voyes d’avertir le sieur séneschal.et maire de leurs grossesses, sur les paines portées par les ordonnances, et à toutes femmes sages qui auront cognoissance de leurs grossesses ou qui assisteront à leurs accouchements, de nous en donner advis incessamment, sur telle paine que de droit, sans pouvoir à l’avenir faire aucune fonction de matrone en la présente ville.

X. — Deffances à toutes personnes d’exposer ou faire exposer aucun enfant, à paine de punition corporelle.

XI — Deffances à tous hosteliers, cabaretiers, paticiers, cuisiniers ou autres vandant vin, de donner à boire, et à manger les jours de dimanches et festes aux habitans de la présente ville et fauxbourg pendant le service divin, savoir depuis le 1er octobre jusques au 1er avril despuis les neuf heures du matin jusques à onze heures, et despuis le 1er avril jusques au 1er octobre despuis les huit heures du matin jusques à dix heures, à paine de 10 livres d’amande, et sous mesme paine pendant les vespres, sermon et bénédiction du très-saint Sacrement.

XII. —Seront tenus lesd. hosteliers, cabaretiers, et autres de rapporter aud. sieur sesneschal et maire les nom, quallité et pais des hostes qui feront plus de trois jours de séjour dans leur maison, à paine de 10 livres.

XIII — Deffandons ausd. cabaretiers et autres de recepvoir et attirer dans leur maison aucuns enfans de famille de la ville, fauxbourg et duché de La Rochefoucauld, de leur fournir aucune choze ny faire aucuns prests, à paine de perte de leur deub et de 50 livres d’amande contre chascun des contrevenans.

XIV— Deffances aussy à tous marchands, sous mesmes paines, de faire aucun prest ausd. enfans de famille sans le consantement de leur père et mère justifié par escript.

XV. — Deffances à toutes personnes d’acheter desd. enfans de famille, serviteurs, servantes, ou gens sans adveu, habits, linge, armes, vesselle, chevaux, danrées et fruits, et généralement toute sorte de meubles de quelque nature qu’ils soient, à paine de restitution et de 50 livres d’amande et autre plus grande, s’il y eschoit.

XVI. — Deffances à tous cabaretiers, hosteliers, cuisiniers et paticiers, de donner de la viande les jours prohibés par l’Église, à paine de 30 livres d’amande solidaires tant contre ceux qui la mangeront que ceux qui l’auront donnée.

XVII — Deffances ausd. cabaretiers, cuisiniers, paticiers et autres vandant vin de donner à boire et à manger ny souffrir aucunes personnes dans leur mai¬son après huit heures du soir despuis la Toussaint jusques à Pasques, et le reste de l’année après neuf heures, si ce n’est à leurs hostes, à paine de 20 livres d’amande.

XVIII — Deffances à tous cabaretiers de ne plus à l’avenir débiter le vin en bouteilles, mais bien en pintes et autres mezures duhement estallonnées et à pris raisonnable qui sera fixé et réglé par nous, à paine de 10 livres et de confiscation desd. bouteilles.

XIX. — Deffances ausd. desnommés es précédans articles et aux revandeurs et revandeuses, regretiers et regretieres, d’aller au-devant des marchands apportant bled, poisson, fruits, volailles, truffes, perdrix et autre gibier, oeufs, fromages, et marchandise servant à la nourriture de l’homme, mais en laisser le transport et le débit libres, de façon à estre vandus au plus offrant dans les places publiques, cantons, marchés et poissonnerie. Deffances aux marchands de vandre ailleurs qu’ausd. marchés avant lesd. heures, le tout à paine de 10 livres d’amande et de confiscation desd. marchandises, applicables la moitié à celui qui les surprandra et dénoncera, et l’autre moitié ainsy qu’il sera par nous advizé.

XX. — Le poisson, soit qu’il vienne de la mer ou d’eau douce, ne pourra estre vandu ny distribué que par celuy qui l’aura mené et pour son compte, à mesme paine de 10 livres, à la pierre de la halle et lieu accoutumé.

XXI. — Deffances à tous hosteliers, paticiers et cuisiniers d’interpozer des personnes pour acheter gibier, truffes, poisson et autres danrées, ny de les faire laisser dans quelque maison des fauxbourgs, les faire apporter après lesd. heures de neuf heures du matin, sur paine de 10 livres d’amande et de confiscation ; et seront subjets aux mesmes paines ceux qui auront servi à lad. fraude.

XXII. — Il est défandu à tous regretiers et regretieres, revandeurs et revandeuses, d’exposer en vante aux marchés publicqs tous les gibiers, truffes, fruits et autres danrées qu’elles auront acheté après lesd. heures exprimées cy-dessus. Deffances d’en retenir et débiter dans leurs maisons particulières ou lieux empruntés, à paine de confiscation et de 3 livres d’amande, à laquelle seront aussi subjets ceux dont les maisons auront servi à la fraude. Enjoignons à cet effet aux commissaires de police qui seront par nous commis de faire exacte recherche et visitte esd. maisons trois fois la semaine, lesquelles à cet effet leur seront ouvertes à la première réquisition, et, en cas de refus, pourront lesd. commissaires faire procéder à la levée des serrures.

XXIII. — Deffances aux marchands de poisson de mer et d’eau douce d’estaller, vandre ny débiter leur poisson qu’en présence de nous ou d’un desd. commissaires et par nostre permission, à paine de confiscation et de 10 livres d’amande, ny autre chose apportée par les forains en cette ville, ny rien entreprendre sans nostre permission, soubz lesd. paines.

XXIV. — Enjoint à toutes personnes qui nourrissent des pigeons et des cochons dans la présente ville et fauxbourgs de s’en défaire incessament, et les cochons , deffances de les laisser vaguer dans les rues ; et, à faute de ce, permis à toutes personnes de les tuer impunément.

XXV. — Toutes personnes qui ont des aiguières sortissant dans les rues, feront fermer dans huitaine les conduits desd. aiguières avec des pierres ou tables, en sorte que les passants n’en puissent recevoir aucune incommodité, à paine de 10 livres d’amande et de plus grande, s’il y eschoit.

XXVI. — Enjoint aux propriétaires des maisons qui ont des contrevants à hauteur d’homme de les tenir renversés et l’ouverture de leurs caves du costé des rues bien fermée par de bonnes trapes doubles appuyées par le dessoubz de quelques barres de fer ou bois, à paine de 6 livres d’amande, et de demeurer responsables des dommages-intérests des particulliers qui en auront souffert préjudice.

XXVII. — Deffances à toutes personnes de faire d’ordures dans les rues ou le long des murs de la présante ville, ny souffrir en estre fait ou jette par les fenestres par leurs domestiques et enfans, à paine de 10 livres d’amande dont les chefs de famille demeureront responsables.

XXVIII. — Enjoint à tous les habitans de cette ville et fauxbourgs, de telle condition qu’ils puissent estre, de tenir les rues nettes chascun en droit soy, et de balyer ou faire balyer tous les jours avant huit heures du matin, chascun devant sa maison, par leurs valetz et servantes, et de faire amonceler lesd. boues, pour estre ensuitte portées par leursd. valetz et servantes hors de ville, en un lieu où elles ne puissent pas incommoder, le tout à paine de 10 livres d’amande contre chascun des contrevenans, au payement de laquelle les maistres des maisons seront contraintz par toutes voyes dues et raisonnables, sauf à eux à le desduire sur le salaire desd. valetz et servantes, avec deffances de mettre et jetter les flans, fumiers ny autres chozes immondes ny aucuns bois et pierres dans les rues et places publiques de lad. ville pour les y laisser plus de 24 heures, et les terres et vidanges plus de deux jours, sur les paines cy-dessus et autres, ainsi qu’il sera par nous advizé ; et dans les cantons et endroitz où il y a des puits, de les tenir, chascun en droit soy, en état et fermez.

XXIX. — Deffances aux habitans et à touttes personnes qui ne sont de la quallité requises par les ordonnances de porter ny faire porter à leurs valetz dans la ville et fauxbourg aucunes espées ny armes à feu, sur telle peine que de droit, et les maistres de demeurer responsables du fait de leursd. valetz, comme aussy à touttes sortes de personnes de porter bayonnettes, poignards et pistoletz de poche, et à tous marchans d’en exposer en vanthe, sur paine de confiscation et d’amande.

XXX. — Deffances sont faittes à touttes sortes de personnes de s’habituer en cette ville venans de la campagne ou autres villes et provinces voisines sans nous avoir fait apparoir de leur naissance, vie, moeurs et quallittés, pour en estre fait registre, et admis en lad. ville, en cas qu’ils soient cognus pour bien conditionnés, le tout sur paine d’estre mis hors de ville.

XXXI. — Deffances à touttes sortes de personnes de faire et recevoir dans leurs maisons aucunes académies et assemblées publiques pour les jeux de cartes et autres prohibés par les ordonnances royaux, à paine de 20 livres d’amande.

XXXII. — Deffances à touttes sortes de personnes de publier, vandre, débiter et afficher aucun escript et imprimé sans nostre permission, sur paine de 3 livres d’amande et de confiscation, ny autres choses, et d’en battre la caisse, rien débiter et représenter sans nostre permission.

XXXIII. — Est enjoint aux bouchiers d’observer les statuts et règlements, ce faisant, tenir leurs bancs garnis de chair et viande de la quallité, et de se servir de crochets, poids et balances de cuivre dhuement estalonnés et non d’autres, pour peser. Deffances à eux de tuer aucunes bestes qui n’aient au préalable esté visitées par le sindicq, lequel nous en randra fidèle compte incontinant après la visite, à paine de 3# d’amande et de confiscation de la viande. Ne vandront lesd. bouchiers aucune chair trop maigre, gastée ou corrompue, feront bien saigner le bestail qu’ils tueront sans retenir aucun sang dans les chairs pour les rendre plus poizantes. Se serviront lesd. bouchiers de souffietz et non de leurs bouches pour racomoder leur viande ; n’achèteront aigneaux aportés au marché que l’heure de dix heures du matin ne soit passée, et tiendront leurs écorchoirs nets et feront porter, trois heures après qu’ils auront acomodé les bestes, le sang, flanc et ordures d’icelles hors de la ville, aux endroitz esloignés des grands chemins, et le tout bien couvrir de terre, en sorte que les habitans et gens venans en la présente ville n’en puissent sentir aucune mauvaise odeur, à paine de confiscation de la chair et de 20# d’amande, et soubz mesmes paines d’expozer en vanthe leur viande les jours de dimanches et festes solempnizées par l’Églize.

XXXIV— Amèneront à nostre porte tous les bœufs et vaches qu’ils voudront tuer pour savoir s’ils sont de la qualité requize, le tout à peine de 5# d’amande. Les bouchiers ne vandront leur viande autrement qu’au poix, suivant le prix qui sera par nous réglé tous les vandredis au soir, en présance du sindicq, à paine de 3# d’amande et de confiscation, et aucuns n’entreprendront de faire le métier de bouchier qu’il n’ait fait son apprentissage, fait son épreuve et ait esté receu par nous, sur les conclusions du sieur procureur de la cour, soubz paine de 30# d’amande et d’interdiction.

XXXV— Cet article, relatif aux marchands de chandelles, est presque en entier effacé.

XXXVI— Enjoignons à tous boulangers et boulangeres de la présente ville et fauxbourgs, et à tous autres qui apporteront vandre du pain en cette ville les jours de marché, de vandre leur pain suivant le poix porté dans les articles suivants, de bien pétrir leur pain, le laisser lever et le faire bien cuire sans y mesler de vinaigre et autre liqueur pour altérer la vertu naturelle de la farine et pour randre le pain plus poizant.

Le pain blanc que feront les boulangers et panetieres de la présente ville et fauxbourgs sera du poix d’un quart de livre, ou demie-livre, une livre, ou deux livres, ou trois livres, ou quatre livres, ou cinq livres, ou vingt livres, ce qui sera pareillement observé à l’égard du pain de fromant, pain en toute sa fleur, de mesture ou pain bis, à peine de confiscation et de 3# d’amande. Le prix de la livre du pain blanc et pain en toute sa fleur, de mesture ou pain bis sera réglé tous les sabmedis, jours de marché, par nous.

XXXVII. —Défances à tous boulangers et panetiers de vandre le pain autrement que à la livre et du poix cy-dessus exprimé, et à toutes personnes d’achepter autrement, sur les peines contenues au précédent article. Enjoignons à cet effet à tous lesd. boulangers et panetière de tenir sur leurs bancs les balances et poix dhuement estalonnés à la marque de monseigneur le duc de la cour de céans, sous lesd. peines de 3# d’amande.

XXXVIII. — Défanses à tous artisans, mendians et autres personnes d’aller dans les domaines des particuliers, tant de jour que de nuit, pour y prandre et enlever des fruitz, que quelque nature qu’ils soient, ni couper aucunes sortes de bois, soit taillis, balivaux ou autres, à peine de 20# d’amande et de tous despans, dommages et interests, et seront les pères et mères sollidairement tenus responsables des délits commis par leurs enfans sur ce fait, et les maistres des délits commis par leurs domestiques.

XXXIX. — Défanses aussy à toutes sortes de personnes d’achepter des fruitz et bois ainsy pris, soubz pareille peine de 20# d’amande et de confiscation des chozes par eux achetées.

XL. — Enjoignons aux meuniers de la présente ville, fauxbourgs, banlieue et duché de tenir leur moulin au pointron et de ne prendre qu’une obole par boisseau, suivant la coutume, sur paine de 20# d’amande, et en ce cas que par nos proces-verbaux de visite ils aparoissent en contravention, protestons d’en informer soubz mesme paine.

XLI. —Enjoint aux fourniers des fours bannaux de la présente ville et fauxbourg de bien cuire les pastes des contribuables et autres et d’exiger audelà du droit réglé par lad. coustume, sur paine de 4# d’amande, tous despans, dommages et intérests.

XLII. — Le présent règlement, après sa publication, sera exécuté suivant sa forme et teneur, attendu qu’il s’agit du fait de police, nonobstant opposition ou apellation quelconques et sans préjudice d’icelles.

Fait et arresté à La Rochefoucauld, en la chambre du conseil du parquet et auditoire dud. duché et pairie dud. lieu, par nous Mathieu Fouchier, sieur de La Touche, conseiller du Roy, séneschal et maire perpétuel de lad. ville et duché, adsistant Me de Garoste, lieutenant, juge assesseur dud. duché, et sur les remonstrances et réquisitions faites par Me Pierre Sautereau, sieur de Chillac, advocat en la cour et procureur fiscal dud. duché, le 4e février 1702.

Signé : M. FOUCHIER ; GAROSTE et SAUTEREAU.

Leu, publié et enregistré au greffe du duché et pairie de La Rochefoucauld, es plaids tenans, et ensuite affiché par tous les cantons de la présente ville et fauxbourgs, le 11 mars 1702.

Signé : GUDON, greffier.

Le samedi 18e mars 1702, à une heure de midy, leu, publié et affiché le règlement cy-dessus au grand canton et carrefour de lad. ville, à ce que personne de quelque callité et condition qu’il puisse estre n’en ignore, et enjoint de le bien observer sous peyne d’amande, par moy sergent soubzsigné, les jour et an susd.

Signé : DOUDRE.

Source : Recueils et documents pour servir à l’histoire du commerce et de l’industrie en Angoumois, de Babinet de Rencogne.

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Dragonnades en Charente

À Chalais la soldatesque se déchaîne : « On arracha les enfants des bras de leurs mères, on les enferma dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les couvents. Les garnisaires firent subir aux femmes des tourments atroces : leur cracher au visage, les dépouiller de leurs vêtements, les fouetter, les pendre par les bras ou les suspendre par les pieds, les faire coucher sur des charbons ardents, défigurer les plus belles, leur sabrer le visage, leur appliquer des pelles rougies au feu sur le cou, sur les seins, sur les bras, leur broyer les doigts avec des tenailles, les jeter dans des fosses infectes ».

« À la Madeleine, un gentilhomme protestant déshabillé fut immergé et maintenu jusqu’au cou dans l’eau glacée d’un puits. A Ruffec, un bourgeois eut une fin terrible : ils le couchèrent sur le sol, pieds et poings liés et lui firent avaler de l’eau, jusqu’à ce que mort s’ensuivit »

À La Rochefoucauld, Barraud, un mourant fut enlevé de son lit et brouetté nu dans les rues. Une demoiselle de Rouffignac eut les bras brûlés. Suzanne Ferrand, la veuve Labrousse et sa fille eurent à souffrir des indignités qui ne s’expriment pas. Le sieur Pasquet, un des plus considérables bourgeois du lieu fut mis par les dragons dans un berceau comme un enfant. Étant là, ils préparèrent de la bouillie, la lui firent avaler toute bouillante et lui en couvrirent le visage, à quoi il ne put résister et mourut ».

Ceux qui mouraient sans être munis des sacrements étaient après leur mort traînés sur la claie et jetés à la voirie. Leurs biens étaient confisqués. « Le corps de Jacques Poulignac fut déterré et donné en pâture aux chiens. Rachel de Renouard, dame de la Frainerie, Débora Mignot, Marthe Marvaud, Abraham Cambois, Albert dit Péruzet furent traînés sur la claie dans les rues de La Rochefoucauld et jetés à la voirie ».

Toutes ces exactions vont conduire une foule de protestants à prendre la fuite vers l’étranger malgré la menace d’être condamnés aux galères pour les hommes, d’avoir la tête rasée et envoyée en prison pour les femmes. Certains hommes contraints dans l’urgence de fuir à l’étranger abandonnent femme et enfants. Ceux qui n’ont pas les moyens financiers de s’expatrier continuent de pratiquer le culte clandestinement dans la maison de particuliers ou au désert (dans des lieux reculés à la campagne). Certains n’en pouvant plus de toutes ces atrocités abjurent du bout des lèvres pour sauver leur vie, mais ces abjurations sont de pure forme.

Un rapport des intendants de la fin du 17e siècle après l’exode souligne :

« Il y a encore à Angoulême, La Rochefoucauld, Saint-Claud, Verteuil, Villefagnan et Montbron, nombre de nouveaux catholiques mal convertis et très opiniâtres… On a tout mis en usage : des missions, vicaires, maîtres et maîtresses des couvents pour retirer les jeunes filles des pensions aux ministres, aux officiers et autres qui ont fait leur devoir, des grâces à ceux dont le bon exemple pouvait produire de bons effets. Mais c’est un ouvrage qu’il n’y a pas lieu d’espérer qu’il soit sitôt achevé. Au contraire, nous voyons avec douleur qu’un grand nombre de gens de tout âge, de tout sexe, ont abandonné leur pays et se sont retirés chez les étrangers, où ils ont porté leurs meilleurs effets. Ce pays se détruit insensiblement par la diminution de plus d’un tiers de ses habitants ».

Source : Chronique protestante de l’Angoumois, de Victor Bujeaud.

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