Le capitaine des francs-tireurs saintais était un homme de trente-quatre ans, marié et père de quatre enfants, situation extraordinaire si l'on considère qu'à la même époque aucun homme marié n'avait été appelé sous les drapeaux et qu'un grand nombre de jeunes célibataires demeuraient dans leurs foyers. Il était né à Marthon (Charente) d'une famille aisée qui avait amassé une petite fortune depuis deux siècles dans le tissage de la serge. Lors de la vente des biens nationaux elle avait acquis le château féodal de Marthon qu'elle devait conserver plus d'un siècle jusqu'à son acquisition en 1905 par M. Raynaud, alors député de la Charente. De brillantes études au lycée d'Angoulême incitèrent les parents de Louis Planty à rêver pour lui d'une destinée honorable. Ils l'envoyèrent à Paris, au lycée Henri IV, pour y préparer l'école militaire de Saint-Cyr. Mais cet exode coïncida avec des revers de fortune qui contraignirent le jeune homme à rejoindre sa famille installée depuis peu à Saintes, quai des Roches, dans le « Logis des Quatre-Portes » où désormais devait s'écouler toute la vie de Louis Planty.

(Les Cahiers de l'Ouest, 1956)