Plainte que fait Daniel de Marcilhac, naguère conseiller esleu pour le Roy en l'eslection d'Angoulmois, et dame Marie de Montalembert, son espouze, contre Jehan de Marcilhac, leur fils, sur ce que, peut y avoir sept ans, n'ayant ledit Jehan encores atains Taage de sèze ans, c'estant allé promener au lieu de Montignac-Charente, distant de ladite ville de trois grandes lieues, où estant, auroit prins cougnoissance et familiarité avec la nommée Jebanne Rousseau, pauvre femme nécessitée, aagée de trente-cinq à quarante ans, faisant du pain et des pàtetz d'anguilles qu'elle porte d'ordinaire aux foires et marchés des lieux circonvoisins dudit Montignac, pour vandre, afin de subvenyr à ses nécessitez; par le moyen de laquelle fréquentation, icelle Rousseau, par ses apas pipeux, auroit tellement pratiqué, céduit et desbauché ledit Jehan de Marcilhac, qu'elle l'auroit dispozé de l'espouzer, afin de mieux et avec plus de liberté continuer la jouissance dudit Jehan, qui est en eflfait ung pur et punissable rapt. De quoy adverty, ledit Daniel de Marcilhac se seroit acheminé audit lieu de Montignac, à compaigné (sic) de ces amis, afin de à saizir de sondit fils et empescher tel malheur et honte en sa famille. De quoy ladite Rousseau, advertye, auroit fait esvader ledit Jehan Demarcilhac, et tous deux ensamble ce seroient caché par les bledz qui estoient pour Ihors grands, en sorte que ledit plaignant et ses parans et amis ne l'auroient peu rencontrer. Et prévoyant icelle Rousseau qu'il ne ce trouveroit de prestre proche dudit Montignac, qui les voulut espouzer à heure induhe, sans y aporter et observer les formes requises, atandu mesme le bas aage dudit Jehan de Marcilhac qui n'avoit encores seze ans acomplis, et le peu d'honneur et misérable condition et extraction de ladicte Rousseau, avoit icelle Rousseau mené et conduit ledit Jehan de Marcilhac à la coumanderie de Vouton, près la ville de Montberon, distant dudit Montignac de cinq à six lieues, où ils auroient esté espouzés, ainsy que lesdits plaignans ont esté advertis, par ung prestre soy disant avoir privillège spécial audict lieu, encores qu'il n'y eut aulcuns parans dudict Jehan présans pour authorizer et consantir ledict mariage. Depuis lequel temps, ledict Jehan, à l'instigation de ladicte Rousseau, a exercé à rencontre de ses dits père et mère une infinité de cruaultés plus que barbares, jusques à poursuivre ledit plaignant, son père, l'espée à la main, près sa maison du Petit-Vouillac, luy impropérant et à sa dite mère plusieurs injures vilaynes et atroces, ce tenant d'ordinaire nuit et jour autour d'icelle pour y entrer, afin de leur méfaire et prandre leurs chevaux et jumans, et auroit à diferans fois poursuivi ses petits frères, ausquels il auroit hosté à plusieurs fois le manteau, en sorte que lesdits plaignans, puis le temps de sept ans à tout le moings, jusques à l'année 1620, (ont esté) sans ozer que bien peu sortir de leur maison, ny leurs petits enfans et serviteurs, pour la crainte qu'ils avoient des menaces et viollances dudit Jehan Demarcilhac. Après toutes lesquelles cruaultés, au mois d'apvril de ladite année 1620, icelluy Jehan ce seroit retiré en la maison du sieur de Marcheguinay, son cousin, par lequel il auroit fait porter parolle audit plaignant, son père, qu'il estoit grandement desplaizant de ses faultes et desiroit que, à cause des piperies de ladite Rousseau, qui l'avoit misérablement desbauché, il fust fait poursuitte de faire déclarer son prétendu mariage clandestin et nul, suplyant sondit père le secourir de quelques moyens pour aller servir le Roy, portant les armes en quelque coing du royaulme. A quoy obtempérant, ledit Demarcilhac plaignant lui auroyt fait fournyr argent et commodité, scellon son pouvoir, et moyennant ce, s'en seroit allé en la ville de Mais (Metz), soubz la compagnie de monsieur de Real, où ayant demeuré quelque temps, icelluy Jehan de Marcilhac, au mandement de ladicte Rousseau, ainsy qu'il est à presupozer, ce seroit encores retiré par devers elle et continué ses mesmes viollances à rencontre de sesdictz père et mère que ci-devant, et continuant de mal en pis, ce seroit acheminé en la ville de La Rochelle pour porter les armes contre le service du Roy, ainsy que ledit de Marcilhac est adverty. C'est pourquoy lesdictz de Marcilhac et Demontalembert, sadicte femme, désirant, à cause de telles faultes par trop énormes, exéréder et frustrer ledict Jehan de Marcilhac de tous leurs biens, ce qu'il n'a fait sans le consantemant et advis de ladicte Rousseau, dézireuze de l'expozer à toute sorte de suplice, pour avoir du bien, protestant lesdicts plaignans de faire leur testamant et témoigner à ung chacun et à la postérité le desplaizir qu'ils ont receu et resoy vent journellement en leurs âmes, des mauvaizes actions dudict Jehan Demarcilhac, leur fils, dont ils requërent acte leur estre octroyé, pour leur valloir et servir en temps et lieu ce que de raison, desquelles protestations, dires, remontrances et déclarations a esté octroyé acte ausdictz de Marcilhac et Demontalembert, conjoinctz, par nous soubz signés, notaire royal, tabellion et gardenotte héréditaire en Angoumois, en présance de Georges Avril, escuyer, sieur du Grand-Maine, maistre Jehan Apvrilh, chanoine en réglize cathédralle Saint-Pierre de ceste ville d'Angoulesme, et maître Aymery Pasquet, procureur au siège présidial d'Angoulmois, et tesmoings ad ce requis et apellés, le second jour d'octobre mil six cens vingt et ung, après midy.

D. Demarcilhac.

M. Demontalembert.

G. Avril.

J. Avril.

Pasquet.

Fèvre, notaire royal.

Extrait des archives de la Charente, minutes de Fèvre, notaire à Angoulême, par M. Paul de Fleury.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1892)