À Chalais la soldatesque se déchaîne : « On arracha les enfants des bras de leurs mères, on les enferma dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les couvents. Les garnisaires firent subir aux femmes des tourments atroces : leur cracher au visage, les dépouiller de leurs vêtements, les fouetter, les pendre par les bras ou les suspendre par les pieds, les faire coucher sur des charbons ardents, défigurer les plus belles, leur sabrer le visage, leur appliquer des pelles rougies au feu sur le cou, sur les seins, sur les bras, leur broyer les doigts avec des tenailles, les jeter dans des fosses infectes ».

« À la Madeleine, un gentilhomme protestant déshabillé fut immergé et maintenu jusqu’au cou dans l’eau glacée d’un puits. A Ruffec, un bourgeois eut une fin terrible : ils le couchèrent sur le sol, pieds et poings liés et lui firent avaler de l’eau, jusqu’à ce que mort s’ensuivit »

À La Rochefoucauld, Barraud, un mourant fut enlevé de son lit et brouetté nu dans les rues. Une demoiselle de Rouffignac eut les bras brûlés. Suzanne Ferrand, la veuve Labrousse et sa fille eurent à souffrir des indignités qui ne s’expriment pas. Le sieur Pasquet, un des plus considérables bourgeois du lieu fut mis par les dragons dans un berceau comme un enfant. Étant là, ils préparèrent de la bouillie, la lui firent avaler toute bouillante et lui en couvrirent le visage, à quoi il ne put résister et mourut ».

Ceux qui mouraient sans être munis des sacrements étaient après leur mort traînés sur la claie et jetés à la voirie. Leurs biens étaient confisqués. « Le corps de Jacques Poulignac fut déterré et donné en pâture aux chiens. Rachel de Renouard, dame de la Frainerie, Débora Mignot, Marthe Marvaud, Abraham Cambois, Albert dit Péruzet furent traînés sur la claie dans les rues de La Rochefoucauld et jetés à la voirie ».

Toutes ces exactions vont conduire une foule de protestants à prendre la fuite vers l’étranger malgré la menace d’être condamnés aux galères pour les hommes, d’avoir la tête rasée et envoyée en prison pour les femmes. Certains hommes contraints dans l’urgence de fuir à l’étranger abandonnent femme et enfants. Ceux qui n’ont pas les moyens financiers de s’expatrier continuent de pratiquer le culte clandestinement dans la maison de particuliers ou au désert (dans des lieux reculés à la campagne). Certains n’en pouvant plus de toutes ces atrocités abjurent du bout des lèvres pour sauver leur vie, mais ces abjurations sont de pure forme.

Un rapport des intendants de la fin du 17e siècle après l’exode souligne :

« Il y a encore à Angoulême, La Rochefoucauld, Saint-Claud, Verteuil, Villefagnan et Montbron, nombre de nouveaux catholiques mal convertis et très opiniâtres… On a tout mis en usage : des missions, vicaires, maîtres et maîtresses des couvents pour retirer les jeunes filles des pensions aux ministres, aux officiers et autres qui ont fait leur devoir, des grâces à ceux dont le bon exemple pouvait produire de bons effets. Mais c’est un ouvrage qu’il n’y a pas lieu d’espérer qu’il soit sitôt achevé. Au contraire, nous voyons avec douleur qu’un grand nombre de gens de tout âge, de tout sexe, ont abandonné leur pays et se sont retirés chez les étrangers, où ils ont porté leurs meilleurs effets. Ce pays se détruit insensiblement par la diminution de plus d’un tiers de ses habitants ».

Source : Chronique protestante de l’Angoumois, de Victor Bujeaud.