Pierre, Henri Pastoureau, ancien militaire (29.7.1897–21.5.1900)

A l’issue des élections du 25 juillet 1897, un lieutenant colonel d’artillerie du 111ème territorial en retraite, fut élu maire par 32 voix, plaçant près de lui Charles Laure comme 1er adjoint et Victor Micholet comme second adjoint (1). L’opinion politique avait évolué très rapidement, un revirement complet s’étant opéré dans les suffrages plaçant le camp nationaliste en tête. Pierre, Henri Pastoureau était né à Montron (Dordogne) le 20 avril 1840. Un ancien militaire fut donc placé à la tête de la municipalité, âgé de 58 ans, « un soldat plein de franchise, à la probité naïve » (2). Il se déclarait, lors de sa campagne électorale, attaché à la république démocratique (3), mais l’affaire Dreyfus l’avait fait très vite évoluer vers le nationalisme. C’en était fini de la période socialiste dont les protagonistes avaient été vaincus par leurs propres divisions. La réaction cléricale et opportuniste avait chassé le parti socialiste.

Un événement rarissime bouleversa la vie politique à Toulon. Quelques semaines après son installation, le maire, à la sortie d’une séance publique du conseil municipal, fut attaqué dans la rue par un individu qui lui assena trois coups de couteau. Il s’agissait d’un jeune homme qui voulait se venger du maire qui lui avait promis la réintégration de son beau-frère dans la police, d’où il avait été exclu pour mauvaise conduite, et ne l’a pas fait (4). Même si une partie de la population ne partageait pas les idées politiques de Pastoureau, ce dernier reçut le soutient unanime de l’ensemble du corps politique, toutes tendances confondues. Durant les quelques semaines de convalescence du maire, l’intérim fut assuré par le premier adjoint, Charles Laure jusqu’au retour du maire le 24 septembre 1897 (5). Dès sa reprise de fonction, Pastoureau se montra autoritaire et agressif. Il révoqua Charles Laure pour des motifs futiles (6).

Dans le programme de Henri Pastoureau, l’assainissement fut placé en tête des préoccupations de la nouvelle municipalité. Il prévoyait également des démolitions partielles « pour donner à la ville l’espace, l’air et la vie », ainsi que doter les quartiers suburbains de voies de communications plus faciles, qui permettraient non seulement de relier ces quartiers à la ville, mais aussi de leur distribuer l’eau et l’éclairage (7). Il se soucia également de financer les établissements de bienfaisance, « pour témoigner aux pauvres et aux déshérités notre sollicitude » (8), reprenant ainsi le système de charité publique que la droite utilisait avant l’arrivée des républicains. Pour réaliser ce programme, il ne prévoyait pas de lever de nouveaux impôts. Il prétendait que seule une bonne gestion des finances pouvait y concourir.

Une œuvre d’importance vit sa concrétisation sous la municipalité Pastoureau. Les efforts acharnés tentés par plusieurs maires depuis Henri Dutasta jusqu’à Prosper Ferrero pour encourager un groupe d’artistes à transmettre leur art furent enfin satisfaits par la création en 1899 d’une école municipale de dessin, et c’est Henri Pastoureau qui récolta les lauriers du travail fourni par ses prédécesseurs. L’école prit le nom de « Ecole municipale de dessin Grandjean » en reconnaissance au généreux donateur qui légua sa fortune à sa ville de naissance qui avait subventionné ses études artistiques à Paris (9). C’est également sous la municipalité Pastoureau que fut créée une école de musique en 1900, dont le projet avait été élaboré de longue date. Cette école répondait à un vœu depuis longtemps exprimé par les citoyens. La municipalité souhaitait qu’elle soit rattachée au théâtre pour permettre de rendre meilleure l’exécution des œuvres musicales (10).

Pastoureau ne se remit jamais vraiment des blessures de son attentat et conserva des faiblesses qui le rendirent vulnérable à toute agression microbienne extérieure. Et lorsque l’influenza toucha la ville de façon si violente en février 1900, il tomba malade et mourut le 22 du même mois peu avant la fin de son mandat. Des élections anticipées furent alors organisées.

Notes :

1. Délibération du Conseil municipal du 29 juillet 1897.
2. Agulhon (Maurice), Histoire de Toulon, op. cit. p. 315.
3. Délibération du Conseil municipal du 29 juillet 1897.
4. Jean-François Sinibaldi, originaire de Venocovo en Corse, âgé de 34 ans, a frappé de trois coups de couteau le premier magistrat de la ville qui était entrain de rentrer chez lui.
5. Charles Laure était le 1er adjoint, mais il était aussi délégué à l’Instruction publique, beaux arts, théâtre, musée bibliothèque, contributions et élections, archives.
6. Charles Laure aurait proposé des avancements au personnel municipal sans en référer au maire hospitalisé.
7. Délibération du Conseil municipal du 29 juillet 1897.
8. Ibidem
9. Louis Marius Eugène Grandjean, né à Toulon en 1811, mourut à Paris le 4 septembre 1899. Il avait souhaité, par testament, que la municipalité de Toulon utilise sa fortune pour créer une école municipale de dessin ouverte à tous. Ce que la municipalité fit en transformant « ‘Atelier des Beaux-Arts » en école municipale en 1899.
10. Elle devient Ecole nationale 1905.

Source : Les maires de Toulon de 1870 à 1914, d'Evelyne Maushart.