Philanthrope, née à Nontron (Dordogne). Elle est veuve de Pierre-Alfred Agard, né à la Feuillade (Charente) le 1er mars 1835, qui, après de lointains voyages, où il s'employa très activement et intelligemment à développer l'expansion commerciale française et à faire connaître et aimer notre pays, revint se fixer à Nontron. Là, il consacra son temps et sa fortune aux intérêts généraux : travaux publics, mesure hygiéniques, plantations et mise en valeur de terrains agricoles, etc. Il fut conseiller municipal de Nontron et chevalier du mérite agricole.

Cruellement atteint par le décès de son fils unique, Alfred Agard mourut, le 10 décembre 1916, léguant, dans une dernière et générause pensée d'altruisme, aux malheureux de la ville de Nontron, toute sa fortune pour que soit édifié, dans sa propriété de Talivaud, un hôpital civil et militaire portant son nom et celui de son fils.

Mme Agard s'est associée aux initiativex bienfaisantes de son mari. Elle s'est aussi toute particulièrement employée à l'œuvre si noble de la Croix-Rouge. Membre de la Société française de Secours aux Blessés militaires et choisie comme présidente du comité de Nontron dès le temps de paix, le début des hostilités la trouva à ce poste, en août 1914. Elle s'empressa d'organiser, dans cette ville, un hôpital auxiliaire (le nr 6), où, durant toute la guerre contre les empires centraux, de nombreux blessés ou malades ont trouvé les soins les plus empressés et les plus éclairés. Inébranlablement fidèle au devoir qu'elle s'était imposé, Mme Agard n'a jamais abandonné son poste, malgré les terribles épreuves qu'elle eut à subir, telles que la mort de son fils et celle de son mari ; et elle est constamment demeurée à la tête de son œuvre, en même temps qu'elle participait à toutes les autres initiatives suscitées par la guerre : Œuvre du Tricot du Soldat, dont elle fut l'âme, Secours aux Prisonniers de guerre et à leurs familles, organisation de ventes de charité, etc.

Le fils de la présidente de la Croix-Rouge de Nontron, Jean-Baptiste-Pierre Agard, né dans cette ville le 27 février 1889, mérite, lui aussi, d'être honoré ici comme un héros et une victime de la guerre.

Après de bonnes études au lycée d'Angoulême, à la Faculté de Droit de Paris et à l'Ecole des Sciences politiques, il prit la licence et le doctorat en droit et se fit inscrire comme stagiaire au tableau des avocats de la Cour d'appel de Paris. Il accomplissait son service militaire au 50e régiment d'infanterie à Périgueux quand s'ouvrirent les hostilités et il partit, le 2 août 1914, comme brancardier. Fait prisonnnier le 23 août à Saint-Médard, en Belgique, il faillit être fusillé en servant courageusement d'interprète à son ambulance. Emmené au camp d'Ordruf (Saxe), il y collabora à la Gazette d'Ordruf, journal des prisonniers ; puis il fut enovyé dans un camp de représailles en Courlande, où, pendant huit mois, il souffit de privation de nourriture, travail excessif, punitions barbares, sous un climat rigoureux. Rendu, avec un corps sanitaire, à la liberté, le 11 octobre 1916, il rejoignait son dépôt douze jours après son retour dans sa famille ; mais, épuisé par les souffrances physiques et morales endrées pendant sa captivité, ses forces trahirent bientôt son courage et il mourut, le 25 du même mois, à l'hôpital mixte de Périgueux.

Source : Dictionnaire national des contemporains, de Curinier.