Mazerat
Louis, François
(1817-1881)

L'avocat Louis François Mazerat est issu de vieilles familles de notables du Nontronnais, comptant plusieurs robins. Quand il naît dans la petite ville de Nontron, le 22 septembre 1817, il est le troisième enfant de François Marie « aîné » Mazerat (1776-1825), substitut du procureur du roi près du tribunal civil de Nontron (lui-même fils d'un avocat, juge sénéchal de Nontron, décédé en 1791) et de Thérèse Zoë Charles de Peyssard, décédée deux ans après la naissance de son fils, en 1819. Son frère aîné, François Antoine dit Hylas, né en 1809, fit aussi des études de droit et sa sœur, Marie-Antoinette épousa Jean-François Adolphe Sclafert Lagorsse, substitut du roi près du tribunal de Sarlat au moment de son mariage. La famille vit au château de Nontron où l'enfance de Louis François est assombrie par la mort de ses parents qui le fait orphelin à l'âge de huit ans.

Après l'école communale de Nontron, Mazerat fréquente le lycée de la ville puis la faculté de droit de Paris, ce qui lui permet de devenir avocat au barreau de Nontron et d'y être inscrit jusqu'à sa mort, même si cet « avocat-propriétaire » n'a, comme beaucoup de ses contemporains, pas toujours plaidé.

Le goût de la chose publique lui a certainement été transmis par son métier mais aussi par tradition familiale : ses deux oncles paternels ont exercé les fonctions de maire de Nontron, l'un en l'an II, l'autre — son tuteur, Jean-Baptiste Joseph Mazerat d'Azat — en 1827. Aussi, dès juin 1848, Louis François Mazerat exerce-t-il les fonctions de conseiller municipal de Saint-Martial-de-Valette, aux portes de Nontron. Le 30 juillet 1852, il est nommé maire de sa ville natale, et occupe ce fauteuil jusqu'a 13 juillet 1859. L'homme a donc une belle expérience locale quand il est élu sur la liste du Comité libéral représentant de la Dordogne à l'Assemblée nationale, le 8 février 1871. Il siège alors au centre-droit où il se fait remarquer par ses opinions libérales. La même année, le 8 octobre, il est élu conseiller général de Nontron. Le 11 février 1874, il est à nouveau nommé maire de la sous-préfecture du nord de la Dordogne. Mazerat atteint alors l'apogée de sa puissance politique. En 1875, il vote contre l'adoption des lois constitutionnelles. Mais l'affirmation progressive de la République met fin rapidement à la carrière de cet élu : en 1876 s'achève son mandat de parlementaire ; en 1878, il perd la mairie de Nontron et en 1880, il renonce à son dernier mandat, celui de conseiller général, abandonnant ainsi la présidence de l'assemblée départementale, officiellement pour des raisons de santé. Il est vrai que Mazerat meurt un an plus tard à Périgueux : après des obsèques religieuses, ce célibataire est alors enterré à Nontron dans le caveau familial.

Dusolier
François, Alexis, Alcide
(1836-1918)

Alcide Dusolier appartient à une famille de notables du Nontronnais dont plusieurs membres ont siégé dans une assemblée parlementaire au milieu du XIXe siècle : son père, Thomas (1799-1877) fut député de la Dordogne sous la Monarchie de Juillet, de 1839 à 1842, puis de 1846 à 1849 et enfin, sous le Second Empire, de 1852 à 1863 ; son beau-frère, Eugène Barailler, siégea à l'Assemblée constituante de 1848 à 1849 et son cousin, P. Tesnière, fut député de la Charente sous Napoléon III. Alcide est le dernier des cinq enfants de Thomas Dusolier, fils d'Antoine (1768-1838), officier de gendarmerie et de Léonarde Martin, et de Françoise Marie Ribeyrol (1798-1851), fille d'un propriétaire, maître des forges et de la fonderie de Jommelière à Javerlhac, et de Françoise Vallade. La mort prématuré de deux frères, Thomas Armand (1832-1850) et Thomas Léon (1839) réduit très vite la famille. Né à Nontron le 21 septembre 1836, il fait, après des études secondaires dans un établissement privé à Pons, son droit à Paris. Cela ne le conduit pas vers un métier juridique, tel qu'avocat, comme son père, son frère aîné Jean Louis Émile (1829-1865) ou son beau-frère, Barailler, le mari de sa sœur aînée Marie Henriette Angéla (1828-1892) ou juge de paix comme son autre beau-frère Alcide Pontou, époux de son autre sœur, Marie Henriette Clara (1835-1927), mais vers le journalisme et la littérature. Les nombreux articles de critique artistique parus dans la presse parisienne dans les années 1860 et les divers ouvrages littératires publiés à la même époque n'annoncent pas une carrière politique, même si le jeune publiciste, initié à la franc-maçonnerie en Dordogne en 1868, est connu pour ses idées républicaines.

C'est l'année 1870 qui constitue un tournant dans la vie d'Alcide Dusolier : élu conseiller municipal de Nontron en août, dans les dernières semaines de l'Empire il est nommé sous-préfet de la ville, dès la proclamation de la République, le 4 septembre et devient le secrétaire de l'homme plus en vue du nouveau régime, Gambetta, à partir du 17. Pourtant, l'entrée définitive en politique ne s'effectue que dix ansplus tard. Entre temps, Dusolier a consolidé son assise locale en devenant vénérable de la loge « L'Avenir » à Nontron en 1876, en présidant la Société de secours mutuels de Nontron à partir de 1877, en se battant trois fois en duel avec ses adversaires et se faisant nommer chevalier de la légion d'honneur... Élu conseiller général de Nontron, en 1880, puis député de Nontron en 1881, constamment réélu ensuite, Dusolier a abandonné ces mandats volontairement après trente ans dans l'assemblée départementale et trente-et-un de vie parlementaire, d'abord à la Chambre (1881-1885) puis au Sénat. Devenu un des chefs du parti républicain en Dordogne, Dusolier s'impose aussi au Parlement, dans le groupe de l'Union républicaine dont il est, à plusieurs reprises, président, à la Chambre (1881) comme au Sénat (1894). Secrétaire du Sénat de 1891 à 1894, il en devient questeur de 1897 à 1907. Mais la disparition de celle qu'il avait épousée le 26 août 1872 à Maisonnais-sur-Tardoire, Marie Marguerite Roux de Reilhac de Chateaurocher (1850-1899) puis de sa fille Claire Angèle (1880-1906) ramènent de plus en plus Alcide Dusolier vers son Périgord natal et en particulier son château de Bonrecueil, à Saint-Sulpice-de-Mareuil, où il achève sa vie le 10 mai 1918. Il laisse un fils, Maurice (1879-1943) et le souvenir d'un homme qui, s'il consacra une partie de sa vie à la politique, n'en fut pas moins un homme de plume, fin lettré, très engagé dans le mouvement du Félibrige et en particulier, dans le Bournat, l'école félibréenne du Périgord.

Source : Dictionnaire des parlementaires d'Aquitaine sous la Troisième République, de Bernard Lachaise.