Fils de Jacques Valleteau de Chabrefy, écuyer, conseiller du Roi, contrôleur des aides, receveur des tailles en l'élection d'Angoulême, et de Marie Chaban, dans une famille où il y eut huit enfants.

Jean Valleteau exerçait les mêmes charges quand il se maria le 9 août 1768, à Moulidars, avec Jeanne Anne Navarre, la fille d'un président trésorier de France au bureau des finances de La Rochelle. Veuf dès 1770, de son union lui restait un fils unique Thomas Jean 1769-1801, décédé sans postérité.

Électeur de la noblesse d'Angoumois en 1789 Jean Valleteau de Chabrefy prenait une part très active au travail du Comité établi à Angoulême à la fin de juillet 1789, faisant la transition entre l'ancienne et la nouvelle municipalité. Monsieur de Chabrefy, seigneur de Gourville, occupait dans le comité un poste de trésorier, chargé de débloquer les crédits.

En février 1790 il avait une belle élection de maire d'Angoulême par 561 voix sur 1741 votants, dès le premier tour, alors que les autres autorités n'étaient élues qu'après de multiples scrutins. Le 28 février avec une autre grande solennité on installait officiellement le nouveau Conseil Municipal, et le soir les cérémonies se terminaient par la conduite du maire, en cortège à son bel hôtel particulier, rue des Cordeliers, aujourd'hui rue de Beaulieu face à l'hôpital. Son mandat allait durer moins de quatre mois, ne laissant guère le temps de se distinguer, surtout que l'on baignait toujours dans l'unanimisme et l'euphorie des réformes et des nouveautés.

En juillet, Valleteau était porté à la présidence du département. Sa fonction allait consister à présider les sessions du Conseil Général et aussi les séances du directoire départemental, du moins quand il assistait au travail de ce dernier. La fonction de président tend par nature à neutraliser dans ses options personnelles celui qui l'exerce. Valleteau est un représentant typique d'une noblesse libérale et riche, qui collabore aux réformes dans les premiers temps de la Révolution Française, et on est en droit de penser qu'il était plus ouvert aux idées nouvelles et aux changements que son beau-frère Perrier de Gurat avec lequel il était très lié, et qui allait lui succéder à la mairie en août.

La présidence de Valleteau s'achevait à l'ouverture de la session du Conseil Général au 15 novembre 1791 et l'on eut beaucoup de mal à trouver un nouveau président. Valleteau restait l'un des 36 administrateurs et il assistait encore à la session extraordinaire ouverte le 19 juillet 1792, il y intervenait en septembre pour se plaindre de la municipalité de Genac qui avait confisqué dans sa propriété un ensemble d'armes utilisées par ses domestiques.

Durant la Terreur, à la différence de beaucoup de responsables de la première Révolution, Valleteau, semble-t-il, n'a jamais été détenu.

Dans son testament dicté le jour même de sa mort, il donne à sa sœur Françoise, ex religieuse, la jouissance de la petite maison attenante à son hôtel et il fait différents legs à ses six domestiques, trois à la ville et trois à la campagne.

C'est au décès du fils, moins de 3 ans après son père, que l'on saisit mieux la fortune de Valleteau de Chabrefy, qui va être partagée en deux moitiés, l'une s'en va en legs de toutes sortes et l'autre revient aux héritiers collatéraux.

Selon les dernières volontés de Thomas Valleteau de Chabrefy dans son testament du 25 floréal an VIII, la totalité des legs font la somme de 85.100 F ; parmi eux un capital de 24.000 F à l'École centrale du département pour la fondation d'un prix annuel de 1200 F et à la ville d'Angoulême un autre de 12.000 F destiné à venir en aide aux indigents.

La fortune se décompose ainsi :

1°) l'ensemble des mobiliers d'Angoulême et des maisons de campagne (Genac et Gourville) avec les autres ustensiles et le matériel d'exploitation pour les dernières, les effets actifs... le tout estimé provisoirement à 60.000 F par les héritiers collatéraux dans la déclaration de succession du 16 germinal an X, après un inventaire fait par Mathé-Dumaine.

2°) l'hôtel particulier dit de Thomas de Bardines (qui l'avait fait construire face à l'hôpital de Beaulieu) estimé dans sa totalité 24.000 F.

3°) l'immobilier dans la commune de Genac (Gourville n'est plus cité) qui consiste en un vaste domaine dit du Moulin : revenu 4.248 F, capital 84.969 F d'après la déclaration de succession faite à Rouillac le 19 germinal an X.

Ainsi les déclarations de succession rejoignent l'estimation du testateur lui-même, soit une fortune de l'ordre de 170.000 F. À l'échelle charentaise une très belle fortune !

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.