Louis-François-Joseph-Bonaventure comte de Tryon de Montalembert
Paris, 18 octobre 1758 — Taverny-Saint-Leu (Val d'Oise), 17 mars 1846.

« Mardi, 20 juin 1815. J'apprends le retour de l'Empereur à l'Élysée, et je vais m'y placer spontanément de service. Je m'y trouve avec messieurs de Montalembert et de Montholon, amenés par le même sentiment. » Le comte de Tryon de Montalembert, chambellan de l'Empereur, a les honneurs des premières lignes du Mémorial de Sainte-Hélène. Il n'y paraîtra plus ensuite. Mais cette citation, qui le distingue dans l'ultime carré de fidèles, cautionne un attachement sincère et presque sans faille à la personne de Bonaparte. Filleul du prince de Conti, fils de « haut et puissant seigneur » Pierre-Claude-François, marquis de Tryon-Montalembert, chevalier seigneur d'Épanvilliers, la Touche-Bouchereau, Légurat, Champagne, la Roche-Trion, la Plaine de Nouallier, le Pré-Millaud, la Garde et autres lieux, lieutenant-colonel au régiment d'Archiac-cavalerie, chevalier de Saint-Louis, et de « haute et puissante dame » Marie-Anne Thibault de Guébriant, il descend d'une ancienne famille limousine signalée dans les alentours de Rochechouart dès le début du XIVe siècle. Par l'extinction des Montalembert de Dessé en la personne de Gabriel de Montalembert, tué à la bataille de Coutras en 1587, les biens et les armes de cette branche étaient entrés dans la maison de Tryon du chef de Gabrielle de Montalembert, sœur de l'illustre capitaine d'Essé, mariée en 1516 avec Pierre de Tryon. Leurs descendants obtenaient ainsi le droit d'ajouter à leur nom celui de la prestigieuse lignée angoumoisine et, en héritant de la terre et du château d'Épanvilliers près de Brux, prenaient pied en Poitou. C'est dans ce beau logis, rebâti en 1773, que le baron de Frénilly rend visite à la marquise de Montalembert peu de temps avant la Révolution. Bien que fille naturelle (reconnue ultérieurement par sa mère Anne Lelay, veuve du marquis de Pleumartin en Poitou), Marie-Anne Thibaud de Guébriant (Poitiers, 1734-1823) avait brillé à la Cour de Louis XV et gardait « sans s'en vanter des souvenirs très distincts de madame de Châteauroux et de la bataille de Fontenoy. Il ne lui restait de ce temps qu'une beauté droite, blanche, antique et majestueuse [...] Elle avait encore deux fils. L'aîné était le comte de Tryon-Montalembert homme de bonnes manières, spirituel, avenant, prévenant, tout à tous et qui s'en trouva depuis fort bien sous Bonaparte ; l'autre faisait son désespoir, c'était le chevalier de Tryon. » Le marquis de Montalembert avait donné à son aîné le goût des armes. Louis-François-Joseph-Bonaventure choisit la cavalerie, à l'exemple de son père. Elève de l'école royale et militaire de la Flèche, il fait ses débuts en février 1775 comme sous-lieutenant au régiment de Conty, avant de gagner en 1778 les épaulettes de capitaine, d'abord dans l'infanterie attaché au régiment de Saintonge puis, en 1784, aux chasseurs à cheval du Gévaudan. Le 8 janvier 1787, Louis de Tryon épouse à Saint-Groux (Charente) Françoise-Jeanne Regnault de la Soudière, seule survivante du mariage de feu Pierre, marquis de la Soudière, seigneur de Goué, et d'Anne-Françoise-Catherine-Marie Arnaud de Boueix. Par son contrat de mariage signé deux jours auparavant, le comte de Montalembert reçoit les terres de Légurat et de Champagné, en Périgord et en Berry, tandis que sa future apporte la seigneurie de Goué, une donation hors-part de 30000 livres ainsi que tous les meubles qui se trouveront garnir la maison de sa mère à Angoulême le jour de son décès. Le couple reste en Angoumois et Tryon, titré marquis depuis la mort de son père en juillet 1787, comparaît à l'assemblée de la noblesse réunie à Angoulême en mars 1789. Il donne la même année sa démission du régiment de Gévaudan où il vient d'être promu chef d'escadron. Mais son expérience du commandement le désigne tout naturellement pour prendre en charge l'organisation de la garde nationale de la petite ville de Mansle dont il devient aussi le premier maire en 1790. En juillet de cette année, il est élu au conseil général de la Charente et entre dans le directoire du département. Représentant le courant libéral de son ordre, il est dans un premier temps favorable aux réformes. Le cataclysme qui secoue la noblesse après Varennes le pousse toutefois à prendre ses distances : il abandonne ses fonctions dans l'administration départementale en août 1791 mais, à la différence de ses semblables et au premier chef de son frère Athénaïs, il n'émigre pas. À l'écart également des intrigues de sa mère qui offre le château d'Épanvilliers en refuge aux prêtres réfractaires pourchassés, il traverse la Terreur sans encombre et se retrouve, du fait de sa modération et de sa prudence, en bonne place pour prétendre bénéficier de la redistribution des cartes après thermidor. Il est ainsi nommé maire d'Angoulême le 25 prairial an III (13 juin 1795), fauteuil qu'il conserve jusqu'au 20 brumaire an IV (11 novembre 1795). Son épouse étant morte le 5 nivôse an III (25 décembre 1794) en le laissant chargé de jeunes enfants, Tryon attend trois ans pour convoler le 29 ventôse an VI (19 mars 1798) à Champagnac-Bel-Air (Dordogne) avec Olive-Élisabeth de Brosse, veuve du marquis de Chapt de Rastignac et fille de Pierre-Michel, comte de Brosse, ancien maréchal des camps et armées du roi, et d'Angélique de Bizemont. Il se partage dès lors entre ses propriétés charentaises et son hôtel parisien jusqu'à son retour sur ses terres patrimoniales du Poitou qu'il avait sauvées en l'an IV du démembrement en rachetant la portion confisquée à son frère. Châtelain d'Épanvilliers depuis 1805, Tryon intègre très rapidement la notabilité de la Vienne. Le 24 avril 1806, il est nommé par le préfet membre du conseil municipal de sa commune de Brux ; en 1808, le canton de Civray le porte au collège électoral du département, le 2 mai 1809, enfin, le Sénat l'envoie au corps législatif dont il devient le questeur par décret du 22 juin 1811. Le prestige de sa noblesse, l'absence de toute compromission encombrante et ses bonnes dispositions à l'égard du régime lui ont mérité l'attention de Napoléon qui, le 21 décembre 1809, l'élève à la dignité de chambellan, avant de lui offrir le titre de comte de l'Empire par décret du 15 août 1810. Les services de Tryon semblent avoir été aussi discrets que constants. Sa dévotion à la « personne sacrée » de Napoléon est transmise à ses enfants. Chevalier de la Légion d'honneur, il peut le 9 juin 1810 faire admettre ses trois filles en pension dans les maisons impériales. Mais c'est surtout son fils Jules que le comte de Montalembert voue au service du prince : il présente d'abord sans succès sa candidature comme auditeur au conseil d'État puis, avec plus de bonheur, à la garde à cheval de l'Empereur Jules combat les armées d'invasion alliées et, blessé à Soissons en mars 1814, tombe aux mains de l'ennemi. La première Restauration commence donc par balayer les Tryon : le fils est emprisonné, le père est expulsé de la questure. Très vite cependant, les relations se réchauffent : le pouvoir flatte le député en lui accordant le grade d'officier de la Légion d'honneur et Tryon joue le ralliement pour solliciter une préfecture, pressé « par ses amis et la voix publique ». Le retour de l'île d'Elbe coupe court à la dérive monarchiste. Louis de Tryon fait entrer son fils Jules évadé dans l'état-major des généraux Parletti puis Mouton-Duvernet et endosse à nouveau les habits de chambellan... Cent jours plus tard, il accompagne son maître vaincu aux portes de l'exil et se replie pour de bon à Épanvilliers. Inscrit sur la liste des personnalités marquantes de la Vienne en 1813, Tryon de Montalembert est propriétaire de domaines dans d'autres départements comme la Charente, la Dordogne, l'Yonne et Paris. Avec ses rentes sur l'État, ces biensfonds lui assurent en 1808 un revenu de 27000 francs représentant environ 600000 francs de capital.  Mais le dernier tiers de sa vie est humble et silencieux. 1821 est pour lui une année doublement éprouvante : ruiné, il doit quitter le Poitou tandis que sa femme est internée pour démence. En 1825, il loge avec sa famille chez son fils aîné au château de Goué après avoir tenté de vendre sa propriété d'Épanvilliers au beau-père de celui-ci, le notable impérial de Cressac : ainsi échoue une ultime manœuvre pour mettre le château dynastique hors d'atteinte de la rapacité de ses créanciers. Cette débâcle financière explique sans doute l'impasse matrimoniale dont furent victimes ses enfants du second lit : un seul se maria du vivant de son père et eut postérité. À partir de 1840, Tryon vit modestement dans une maison qu'il loue à Taverny. Après sa mort, la vente de ses meubles ne rapporte que 1 610 francs et 25 centimes. Parmi les biens dispersés figuraient 277 volumes et un buste de Napoléon... Sa première femme, Françoise-Jeanne Regnault de la Soudière, lui avait donné deux enfants : Jules-Louis-Pierre-Fortuné, marquis de Montalembert (Angoulême, 8 décembre 1790-Mansle (16), 8 février 1858), officier de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur, député de la Charente (1846-1848), conseiller général de la Charente, marié à Marnay le 3 mai 1819 avec Françoise Céline de Cressac, fille d'Eutrope-Barthélémy, vicomte de Cressac. Clémentine (Angoulême, 30 prairial an II (18 juin 1794)-Cussac (87), 29 novembre 1869), mariée à Brux le 22 octobre 1812 avec Armand-Hippolyte-Astolphe-Renaud de Bermondet, marquis de Cromières, chevalier de Saint-Louis, chef d'escadron aux gardes du corps du roi. Cinq enfants issus de son second lit lui survécurent également : Athénaïs-Marie-Laure-Herminie (24 juin 1799-après 1875), religieuse au couvent de la Visitation de Sainte-Marie de Boulogne (62). Antoinette-Elisabeth-Octavie (15 septembre 1800-après 1875), chanoinesse au chapitre de Sainte-Anne de Bavière à Paris. Françoise-Joséphine-Gabrielle-Aline (Champagnac-Bel-Air (24), 19 prairial an XI (8 juin 1803)-Bégard (22), 19 février 1900), propriétaire morte sans alliance. Elle postula en 1825 pour une place de « dame de deuxième classe » à la maison de la Légion d'honneur de Saint-Denis. Gustave-Athénaïs-Aglaé (Brux, 10 juin 1807-Lanton (33), 11 octobre 1890), propriétaire à Mansle, puis chef de bureau de préfecture, marié à Saint-Pern (35) le 9 juin 1857 avec Antoinette Marie Joséphine Dexmier. Louis-Gaston-Charles, comte de Tryon-Montalembert (vers 1814-Joigny (89), 19 mai 1860), propriétaire, maire de la Ferté-Loupière (89), époux de Valentine-Marie-Louise-Caroline-Adèle de Monnier.

Source : Grands notables du Premier Empire, de Guillaume Lévêque.