Le général de Bourgon, qui est mort le 30 juin dernier des suites de la blessure qu'il reçut le 24 au moment où il enlevait la barricade de la Chapelle Saint-Denis, était né à Angoulême le 26 novembre 1794.

Au mois de juillet 1813, il partait comme volontaire dans le 3e régiment des gardes d'honneur. Il fit ses premières armes à Leipsick et à Hanau. Le 11 février 1814, il assista à la bataille de Montmirail. Passé rapidement par les premiers grades, le lieutenant de Bourgon figura noblement à la prise de Reims, sous les ordres du général de France, le 13 mars 1814. Chargé d'enlever une batterie, il s'en empare et tombe blessé sur son glorieux butin* L'empereur le fit chevalier de la Légion d'Honneur sur le champ de bataille même. Capitaine au 16e dragons, il assiste à la bataille de Ligny le 16 mars 1815, dans la division du général Subervic.

En 1830, le capitaine de Bourgon fait partie du débarquement d'Alger, et concourt aux expéditions de Blidah et de Médéah.

Chef d'escadron au 12e chasseurs en 1835, il apprend que le duc d'Orléans se rend en Afrique pour conduire une expédition. Aussitôt il demande et obtient une permission de quinze jours, s'embarque à Port-Vendre et rejoint l'expédition prête à entrer en campagne. Le 4 décembre 1835, à l'attaque du bois de l'Habrah, il fait preuve d'une rare intrépidité : suivi de quelques officiers d'ordonnance et d'une poignée de voltigeurs du 17e léger, il se précipite sur l'ennemi qui est bientôt chassé de toutes ses positions.

Revenu en France après cet aventureux coup demain, il en est récompensé par le grade de lieutenant-colonel du 3e chasseurs d'Afrique, l'un des régiments qui ont droit aux plus belles pages dans l'histoire de la guerre africaine.

Nommé colonel du 4e régiment de chasseurs le 20 novembre 1839, il fit partie, l'année suivante, de la colonne chargée de ravitailler Médéah. Il prit une grande part à l'affaire du 3 mai, dans laquelle, à la suite d'une charge brillante, il mit les Arabes en déroute et leur tua quatre cents hommes. Dans les journées du 4 et du 5, le colonel Bourgon commandait en chef la cavalerie française. Il lui fut donné de se mesurer personnellement avec Abd-el-Kader, qu'il défit complétement à l'affaire mémorable de Béni-Zug-Zug. Jusqu'en 1845, il n'est pas un combat sérieux dans lequel le 4e chasseurs et son brave colonel n'aient joué un rôle glorieux.

Fait général de brigade le 20 avril 1845, il obtint le commandement du département de l'Aude. Frappé par le décret du gouvernement provisoire en date du 4 mai 1848, il se trouvait à Paris en disponibilité au moment où éclatèrent les funestes événements de juin.

Le 23 juin M. Raynal , représentant de l'Aude, le rencontra sur le boulevard comme il se rendait au combat un fusil à la main. Il lui demanda où il allait ainsi.

— Vous le voyez, répondit le général, on m'a ôté l'épée du commandement et je reprends le mousquet du soldat.

Le même jour, le général écrivit au ministre de la guerre pour se mettre à sa disposition.

Le lendemain, il obtint le commandement des troupes qui opéraient au faubourg Saint-Denis. Il avait sous ses ordres la 3e légion de la garde nationale, plusieurs bataillons de garde mobile, le 7e léger et des batteries d'artillerie. II enleva à leur tête une barricade dans la rue du faubourg Saint-Denis, et c'est au moment où il s'élançait sur celle de la barrière qu'il tomba frappé d'une balle à la cuisse droite. Etendu à terre et baigné dans son sang, il n'en continua pas moins à donner les ordres nécessaires à l'enlèvement de la barricade.

La mort du général de Bourgon est une perte cruelle pour la France qu'il eût servie longtemps encore avec honneur.

Source : Histoire des généraux morts et blessés dans les combats de l'insurrection du mois de juin, 1848.