Le second arrêt, d'une importance capitale pour la sécurité du commerce, déclarait les seigneurs justiciers responsables des vols dont les marchands pouvaient être victimes dans le ressort où les dits justiciers, ès-qualité, percevaient des droits de péage. Cette décision les obligeait à faire, bonne garde et à assurer dans leurs « détroits » une exacte police, dont le péage apparaissait comme la rémunération. Voici à quelle occasion cet arrêt fut rendu. Un an juste « avant le vendredi qui précéda la fête de saint Georges dernièrement passée », c'est-à-dire le 19 avril 1269, deux marchands de Nontron, Guillaume Morel et Etienne Chavard, qui revenaient des foires de Pont-Feraud, se rendaient, par Sully, à Vierzon. Vers la neuvième heure, entre les villages de Ménétréol-sur-SauIdre et du Boulay (paroisse de Nançay), des voleurs leur dérobèrent une somme de 88 livres moins 2 sous tournois, qu'ils portaient sur eux.

Les volés se plaignirent à la Cour du roi, et firent la « montrée » du lieu du vol, lieu situé, croyaient-ils, dans le péage ou près du péage de Vierzon, ou dans celui de Souesme, en la justice de Robert de Sancerre : Robert de Sancerre, fils cadet de Louis I comte de Sancerre, était en effet, depuis 1267, seigneur de Souesme. Les deux marchands demandaient naturellement qu'on leur rendît la somme dérobée. Le roi, pour savoir exactement dans quelle circonscription péagère le vol avait été commis et comment les choses s'étaient passées, fit faire une enquête par le bailli de Berry, Henri de Gaudonvilliers. L'enquête ayant démontré que les marchands avaient été volés dans les limites du péage du seigneur de Vierzon, la Cour du roi condamna ce dernier à leur rendre ce qui leur avait été pris. Le soigneur de Vierzon était alors Hervé III de Vierzon, qui venait de se croiser avec saint Louis et devait bientôt périr comme lui sur les rivages de Tunis. La Cour ne faisait d'ailleurs qu'appliquer à Hervé III une jurisprudence qu'elle avait établie au sujet du comte de Blois, dans des circonstances analogues, au parlement de la Toussaints 1264.

Source : Les Jours de Berry au Parlement de Paris de 1255 à 1328.