Nontron, petite ville du Périgord pour le temporel, et du diocèse de Limoges pour le spirituel, à six mortelles lieues de Périgueux. La première couchée du messager sortant de cette ville pour Poitiers a trois portes, les rues étroites, sales et malpropres, par les cochons qui courent dans les rues, assise parmi des rochers, frontière de l'Angoumois, Poitou et Limousin. Ses fabourg sont dans le fond par où passe la petite rivière du Bandiac, qui, après avoir fait tourner quantité de moulins arrose les pieds du château. Cette ville est très ancienne ainsi que son château très fort, autrefois séjour délicieux de la reine Marguerite de Navarre, qui y avoit fait élever un beau palais pour ces temps là. Ce château quasi ruiné est sur une hauteur considérable, entourée de toutes parts de profondes ravines : on y trouve des souterrains dans le roc, et les éminences voisines ne pouvoient lui nuire avant l'usage du canon. De la ville on parvient à ce vieux château par un long et large pavé, qui aboutit à sa seule porte, assez en désordre ; une tour quarée subsiste, et une église, avec son clocher, où l'on célèbre encore le service divin.

La ville, assise, partie entre des rochers, partie dans le fond, est entourée d'anciennes fortifications et de tours quasi ruinées et de trois portes et trois faubourgs, et l'on se rend à ces fauxbourgs par des chemins et rues taillés dans le rocher. Sur une hauteur, en face du vieux château, est le joli couvent des Cordeliers. La voûte de leur église est boisée et peinte en diverses figures et personnages très curieux, ainsi que l'esculture du grand autel et celle des deux costés de cet autel, qui renferment quatre grands tableaux. ON y voit aussi quatre grandes chapelles assez jolies, pratiquées dans des enfoncements, et des orgues. Ces religieux, au nombre de huit, possèdent un grand enclos, de beaux jardins, des terrasses qui ont vue sur le Bandiac. On y trouve aussi des religieuses de Sainte-Claire assez mal bâties, et l'église des pénitens, où l'on célèbre la messe, sous le nom de Nostre-Dame, desservie par les Cordeliers. La ville est fort peuplée : il y a beaucoup de riches marchands de fer et bourgeois aussi ; il y a un maire, un subdélégué et un juge royal.

A cent pas en dehors de Nontron, est une espèce de village ou fauxbourg, sur les bordes d'un ruisseau et voisin de quelques ravines, sous le nom de Maladeries ou Léproseries, que je visitai par ordre du grand maistre de Saint-Lazare, composé d'environ dix familles de ladres ou lépreux. Là ils subsistent de père en fils depuis sept cents ans, s'aliant entre eux, exempts de toutes charges et impositions, taxes ou logements de soldats. Ils ne peuvent commercer, manger, ni s'allier avec les autres sujets du roi ; ils se tiennent aux portes des églises, ont des ruisseaux et fontaines particulières pour laver leur linges ; estoient sujets de l'ordre de Saint-Lazare. Tout le blé qui se vend au minage de Nontron leur doit un poilon par boisseaux, ce qu'on appelle droit de poillonage ; vont quester dans les campagnes avec des bourriques sous le nom de pauvres rebutés ; ils sont néanmoins assez aisés, travaillent à faire et à blanchir des toiles, car ils sont tous tisserands. Ils doivent porter des marques qui les distinguent, mais leurs mines et leurs jaunâtres figures sont des plus extraordinaires. Ainsi ces mêmes familles établies à Bergerac, à Lhoumeau, faubourg d'Angoulesme, à Milhac, à Brusac, à Latourblanche, Saint-Georges de Périgueux, Chalus, Larochebeaucourt et autres lieux, lieux où ils subsistent encore aujourd'hui, quoique ce sang se soit purifié et qu'ils se soyent mariés avec d'autres familles.

De Nontron à Larochefoucaud, on compte cinq grandes lieuses et deux routes différentes. Mon guide me mena par le bourg de Javersac, à deux lieues de distance ; chemin des plus rudes à monter et descendre le long du Bandiac. Javersac est confinds du Périgord et Angoumois. Le château est à trois tours en pierre my quarées et rondes, biens crénelées et entretenues, ayant un bourg et église paroissiale sur les bords de cette rivière, pays peuplé et fort cultivé. Ensuite je passai sur un petit pont d'une arche, qui me mena sur un deuxième pont de pierre de cinq arches d'où je fus à la paroisse de Feuillade, trois lieues de Nontron, appartenant aussi à la famille de Javersac, où est une belle forge que je vis. Là, repassant la rivière, je vis une deuxième grande forge de... avec son château à diverses tours quarées et l'église paroissiale sur une pointe de rocher. Après y avoir diné, marchant par un beau pays je découvris Larochefoucaud.

Source : Voyage en Périgord, de Louis de Lagrange-Chancel.