Denis Pautier de La Breuille (1722-1807)

Après l'étude très complète faite par MM. Géraud Lavergne et R. Dujarric de la Rivière sur le docteur Jean Bouilhac (1), un autre visage de médecin périgordin apparaît à la cour de Louis XV, faisant suite à cet enfant de Montignac que l'estime du Roi maintenait auprès de la famille de France.

Au déclin de son activité, Jean Bouilhac, qui devait s'éteindre le 29 octobre 1769, avait comme assistant et successeur le docteur Pautier de La Breuille, né en 1722 de Raymond Pautier, sieur de La Breuille, maître de forge à la Mothe de Feuillade (2), et de Marguerite Devars. II était l'aîné de dix enfants et mourut à Paris en 1807, après avoir été premier médecin de Madame la Comtesse de Provence, premier médecin de l'hôpital de la Charité et docteur Régent de la Faculté de Médecine de l'Université de Paris.

Sur l'Almanach Royal de 1779. Denis Pautier de La Breuille est également désigné comme premier médecin de feu Monseigneur le Dauphin, de feue Madame la Dauphine, de Madame et Messieurs.

II habitait alors à Paris, rue des Capucines, chez Monsieur Bertin, ministre. Là devait parfois se trouver un groupe du Périgord qui pouvait évoquer les douces vallées de la Vézère et celles plus sauvages des environs de Nontron.

Des frères et sœurs du docteur de La Breuille étaient restés en ce pays ancestral. Son frère, François, né en 1724, marié à Marie Dereire, eut une fille Marguerite, mariée le 4 avril 1783 à Jean de Labrousse, sieur du Boffrand, de la paroisse de Saint-Sauveur de Nontron, avocat au Parlement. Ce dernier était le fils de Jean de Labrousse du Boffrand également avocat et sénéchal de Nontron, sub-délégué de l'Intendance de Bordeaux. Il fut guillotiné en 1793 sur la place de Nontron, ce qui montre que, malgré le calme relatif de notre région dans la période révolutionnaire, le médecin des princes fut davantage en sécurité dans la capitale où il avait accueilli l'un de ses autres frères, le plus jeune de tous, le dixième, qui après avoir été abbé à la cour était devenu vicaire général de Noyon. Ayant échappé à la tourmente, ce bon abbé mourut chez le docteur le 27 frimaire an Xll (19 décembre 1803).

Dans le livre de Stryenski consacré à Marie-Josèphe de Saxe, il est écrit que la Dauphine semblant perdue, le Roi avait fait appel à Tronchin, le célèbre genevois, malgré l'opposition de certains médecins de la cour qui ne voulaient pas en entendre parler. Il n'y eut pas de noirceurs que l'on inventa pour l'éloigner. Madame Tronchin ayant été malade on faisait courir le bruit que sa maladie était contagieuse et qu'il s'agissait d'une espèce de charbon. Sénac, surtout, voulait empêcher Tronchin d'approcher la malade. Cependant, quand Théodore Tronchin fut reçu par Marie-Josèphe, le docteur de La Breuille était présent. C'est lui qui dit à son confrère suisse que la Dauphine dînait habituellement en sept minutes et Tronxhin déclarant que la Dauphine mangeait trop vite, décida qu'il lui faudrait désormais passer quinze minutes à son repas.

Dans le même volume, après son testament, il est donné la liste de tous ceux qui entouraient la Dauphine. Le nom du premier médecin Bouilhac est suivi de celui de La Breuille, en survivance.

Ainsi, le docteur Denis de La Breuille fut bien le continuateur de Bouilhac et, qui plus est, un continuateur totalement périgordin. Egalement célibataire, il était fort admiré dans sa famille et ailleurs où on lui reconnaissait de grands mérites et des qualités de dévouement et de charité que ce soit à Nontron autant qu'en cette Faculté de Médecine à l'Université de Paris « qui tenait ses assemblées dans l'Ecole supérieure, au premier étage qui est de plein pied avec la chapelle » (3).

Par sa nièce. Madame du Boffrand, un fort joli portrait de ce médecin fut conservé à travers les générations qui suivirent. Il est représenté les épaules couvertes d'hermine, tenant du bout des doigts un volume richement relié. La main est fine, le sourire garde l'expression de préciosité qui était à la mode mais à travers laquelle l'intelligence et la douceur du regard attirent la sympathie.

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Dans le même salon se trouve la toile où fut peint le frère abbé de Noyon, qui l'a suivi dans les mêmes déplacements. Longtemps au château de Nanthiat, avec d'autres portraits de famille, ces deux tableaux sont finalement venus à Montignac dans la demeure d'une descendante directe de Madame du Boffrand (4).

Le docteur de La Breuille, quoique du Nontronnais, a désormais rejoint (par quelle mystérieuse attirance ?) le pays de celui avec lequel il exerça pendant une partie de sa vie el qui, étant son prédécesseur, fut certainement aussi son ami.

E. Soudois de Bord.

Notes :

1. Voir Bull. de la Soc., t. XXXIX, 1960.
2. Décédé en 1761.
3. Almanach royal de 1779.
4. 4. Mme André Damond, née Devars du Mayne.