21 novembre 2014

Pierre-François Chabaneau, un savant périgourdin et le platine pur

Enfant du pays, Chabaneau naquit à Nontron, le 21 avril 1754, d'une famille d'artisans pauvres. Un de ses oncles, moine à Saint-Antonin (Aveyron), voulut en faire un prêtre et l'éleva près de lui. Il le fit admettre plus tard à l'Oratoire de Paris pour y étudier la théologie. Mais les maîtres de Chabaneau le jugèrent d'esprit trop indépendant et le renvoyèrent. Jeté sans argent sur le pavé de Paris, un certain abbé La Rose le recueillit et le fit charger d'un cours de mathématiques dans une maison d'éducation que les Jésuites avaient à Passy. Il lui fallut alors apprendre ce qu'il avait à enseigner, et il l'apprit si bien qu'il ne tarda pas à acquérir un certain renom de professeur. Bientôt il put ouvrir un cours public. C'est là que vinrent l'entendre les fils du comte de Peña Florida, que leur père avait chargés de recruter des professeurs pour un grand collège de nobles récemment fondé à Bergara. Ils enrôlèrent Chabaneau, qui resta trois ans à Bergara et y fit des leçons si remarquées que le roi Charles III créa pour lui, à Madrid, une chaire publique et gratuite de sciences minéralogiques, chimiques et physiques, le logea dans son palais et lui alloua un traitement de 2,200 piastres (12,000 francs). Dans le laboratoire que le roi lui avait fait construire, Chabaneau, après de longues recherches, arriva à rendre le platine malléable. Le roi ordonna qu'on frappât une médaille commémorative de cette découverte et dota le savant d'une pension de 2,800 piastres en sus de son traitement annuel, à la condition qu'il ne quitterait pas l'Espagne (1783). En 1790, parut un grand ouvrage sur les sciences naturelles que Chabaneau avait rédigé en langue espagnole. Cependant l'excès de travail avait altéré sa santé; on lui conseilla le retour au pays natal, et, malgré les instances du roi, il renonça à sa pension et revint en Périgord. C'est peu après qu'il accepta de professer à l'École centrale de Périgueux. Lorsqu'elle fut supprimée, on lui offrit en vain une chaire de chimie à Paris; en vain on lui demanda l'autorisation de traduire et de publier son grand ouvrage : il ne voulait plus que l'indépendance et le repos. Bien qu'il eût été connu et apprécié par des hommes illustres comme Volney, Cabanis et Lavoisier, il resta indifférent à la renommée et mourut dans une retraite paisible, en 1842, à l'âge de quatre-vingt-huit ans.

Source : La Revolution française, de Alphonse Aulard.

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06 novembre 2014

Le Nontronnais en 1802

Nontron est une ville fort irrégulière, bâtie sur deux collines la plupart ; de ses rues sont très tortueuses et ses édifices généralement mal construits, mais ses dehors sont assez intéressants. Le Bandiat, qui coule au pied de ses coteaux, forme, dans ses contours, des vallons riants et fertiles, quoique un peu resserrés, et les hauteurs, couvertes partout de bois et de prés, font de ce pays un séjour agréable, dans la belle saison. Cette ville a des fontaines abondantes et très pures. Nontron a d'assez bons marchés et des foires célèbres, où l'on est attiré par le plaisir non moins que par les affaires. Les fêtes que l'on y donne sont vives et l'on y trouve du goût et de l'élégance. Les femmes, dans le Nontronnais, ont une mise supérieure aux autres arrondissements et disputent, avec les Bergeracoises, de fraîcheur et de beauté. C'est au chef-lieu que l'on voit ressortir davantage le caractère aimable et bon de l'habitant de cet arrondissement. Le Nontronnais est surtout hospitalier ; il aime l'étranger, il le comble de prévenances, et le jour où il s'en sépare est un jour de chagrin pour toute la famille qui l'a reçu. Le Nontronnais a surtout un caractère de douceur et de modération qui le distingue. Ce caractère s'est manifesté plus particulièrement pendant le cours de la Révolution. On n'a vu, dans cet arrondissement, ni passions exaltées, ni crises violentes, et des dissentiments politiques n'y ont jamais rompu aucunes affections, brisé aucuns noeuds. La douceur et l'aménité que l'on remarque dans le peuple de cet arrondissement se font plus particulièrement sentir dans la classe aisée ; on ne trouve dans aucun ressort ni autant d'affabilité, ni autant de politesse dans les manières. En un mot, de tous les habitans du département, le Nontronnais est le plus aimable.

Source : Annuaire du département de la Dordogne pour l'an XI.

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